ETTRF. I.IX
Mademoisellk,
le suis extrêmement marri que vous ne me puissiez donner de meilleurs signes de Paix : et que vostre esprit ne vous manque , que pour me faire du bien. Le ronnoissant, comme ie fais, capable
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DK MONSiEVU DE VOITVUE.
(le toutes choses , ie dois penser que le deiïaut est plustost en vostre volonté : et tant qu’elle ne nne sera pas plus fauorable , j'auray sujet de croire que vous n’estes pas aussi bonne que vous dites. le crains, que 1e témoignage que Monsieur vostre Frererend de vostre justice , ne soit plustost vne preuue de vostre tyrannie : laquelle s’estant accrue ne laisse pas la liberté de s’en plaindre. Pcut-estre que s’il estoit aussi loin de vous que moy, il en parleroit comme ie fais, et que j'en parlerais comme luy, si j'estois en sa place. Cependant , Mademoiselle , que ce soit tréue ou paix , que vous me donniez : ie ne refuse pas d’en jouir. l’ay desia exécuté vne des conditions ausquelles vous me l’accordez. M. D. m’ayant fait offrir vn autre moyen de luy escrire , ie n'ay pù ne m’en point seruir : quoy que j’eusse bien désiré, que ma lettre eust passé par vos mains. Car j’esperois qu’elle en sortirait meilleure : et j’auois résolu de vous supplier tres-humblement de la corriger. Il n’y a que quatre iours qu’elle est enuoyée : et Monsieur Frotté (1 ) qui est icy, s’en est chargé , apres l’auoir sollicité plus d'vne fois. Pour Alcidalis , ie ne le quitteray point, iusqu’à ce que ie Paye mis en Afrique. l’espere que ce sera bien-tost : et nous voyons desia terre ; mais. Mademoiselle, ie ne sçaurois le rendre heureux, que premièrement, ie ne le deuienne moy-mesme. le ne puis luy faire voir Zelide , deuant que ie voye Monsieur Mandat ; et il faut vn autre esprit que celuy que j’ay à cette heure , pour cscrire sa joye et sa bonne fortune. Sans mentir, apres son histoire, celle que vous me racontez de Marthe, m’a donné autant de plaisir qu’aucune que j’aye jamais oùye. Mais ce n’en est que le commencement. Sa fortune n’en demeurera pas Ui. Et ie ne voudrais pas jurer, que nous ne la vissions aussi quelque iour Reyne de Mauritanie. Toutesfois auec cela , ie ne desespere pas qu'elle ne puisse estre penduë. Mais ce ne sera pas si-tost. le suis extrêmement aise de ce qu’elle vous a procuré auprès de Madame de Sauoye , et de ce qu’il vous vient des honneurs de tous les costez du monde. l’eusse bien pù aussi vous faire auoir vne moustache du Roy de Marroc , et vne poignée de la barbe , et deux dents machelieres du Roy de Fez. Mais depuis la mort de celuy de Suede , j’auois crû que vous ne vouliez plus mettre vostre amitié en cette sorte de gens. Et puis ie suis plus retenu à cette heure. Car il me souuient que vous m’auez reproché beaucoup de fois , que ie vous engage tousiours auec des Amans, dont vous ne voulez pas.
( I ) Secrétaire de M. de Marillac, qui ne «e laiwa jamais aller aux promesses du rardin.ll de Richelieu.
LETTRES
Si ic suis considéré pour vous, Mademoiselle, ie ne le suis pas moins pour ce qui est de moy. Quelque belle occasion que la fortune me présenté , ie me garderay bien de me laisser attraper ; et ie viuray plus long- temps que ie ne pensois, si la prophétie de la Sage enchanteresse est véritable. le la supplie tres-humblement de croire , qu’elle ne peut prendre ce titre auec personne, si iustement qu’auecque moy. Sans mentir, tout ce qu’elle fait m’enchante : et j’ay passé vn iour entier à lire les quatre lignes qu’elle m’aescrites. le suiuray son conseil : et ic me garderay de Gradasilée , comme de Scille et de Caribde. Permettez-moy, s’il vous plaist , de remercier tres-humblement Monseigneur le Cardinal de la Valette, de l’honneur qu’il m’a fait de se souuenir de moy dans vne lettre qu’il a escrite à Monsieur le Comte de Brion , et de témoigner ici la peine où ie suis du mal de Mademoiselle Paulet. Sa fièvre que vous dites ne deuoir durer que vingt-quatre heures, sera de plusieurs iours pour moy, et ie n’en sortiray point que ie n’en aye eu d’autres nouuelles. Mademoiselle d’Attichy ne me pardonneroit point cette liberté que vous me pardonnez, si elle voyoit , que ic ne me corrige point pour ses auis ; et que ie ne ro’empesche pas de parler encore d’autres personnes que de vous dans vos lettres. Elle perdroit espérance de faire iamais rien de bon de moy; et iugeroit auec plus de raison que iamais que ie ne suis pas assez galant. Mais quoy qu’elle vous mette au dessus de toutes les choses du monde : si elle sçauoit de quelle sorte vous estes dans mon esprit , ie vous assenre , Mademoiselle, qu’elle trouueroit que ie suis a.s.sez,
Vostre, rte.
Le 3 dr lf*n.