‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 50 sur 229 · I.ETTnF · texte numérisé non relu

I.ETTnF

Mademoiselle ,

l'ay leu à toutes les heures du ioiir la Lettre que vous m’auez cscrite à minuit ; et quoy que ie n’aye pas accoustumé de trouuer fort agréables les biens que l’on me fait à ces heures-là , i’ay receu ccluy-cy auec pins de contentement que ie ne le puis dire. Apres l'auoir bien considérée , ie n’ay pas Irouué qu’elle fust d’vne personne endormie : et j’ay confirmé le jugement que j’auois fait de vous autresfois, que ce tcmps-là est celuy où vostre esprit est le I. i3

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plus esueillé , el le plus clair, et qu’il rcpreml <ln nouuelles forces. En chercliaiit la cause de cela, ie ne veux pas, Mademoiselle, soupçonner de vous, rien de mauuais; ni remarquer que cela est assez esirange, que l’heure des Lutins soit la vosire. l’ay me mieux croire. (|ue c’est qu’il ne peut y auoir de nuit dans vostre esprit, et qu’estant comme il est, vne source de clarté, les tenebres qui appesantissent les autres, ne luy peuiient nuire. Lors qu’elles couurent toute autre chose , on le voit briller auec plus d’éclat : et l’ombre de la terre ne peut monter jus<iues aux Astres, ni jusqu’à luy. Quand j’en parlcrois auec des termes beaucoup plus magnifiques, ie vous supplie , tres-humblement, de croire, que ie ne dirois pas encore de luy autant de bien que j’en ay reeeii. Le choix qu’il vous a fait faire de trois ou quatre paroles , auec lesquelles vostre derniere Lettre m’a semblé plus obligeante que les autres : a produit en moy des contentemens inesperez, et m’a donné vne joye que ie fais scrupule d’auoir, et dont ie ne deurois estre capable, qu’en vosire presence. Mais voyez, s’il vous plaist, Mademoiselle, jusques où s’estend vostre pouuoir. .Au moment que vous eiistes escrit que vous souhaitiez la fin de nos malheurs , les Elbenes partirent , pour y chercher du remede. Le Ciel commença à se débroüiller, et nous fit voir de plus belles apparences que iamais. Puisque cela est ainsi, et (|ue c’est en vous quasi la mesme chose de desirer du bien , el d’en faire : continuez , ie vous supplie tres-humblement , à auoir de bons désirs |)Our nous, le m’imagine que cela suffira à faire naistre quelque heureux effet. Vosire bonne fortune vaincra la malignité de la nostre : et vous pourrez contribuer plus que personne, à cet accommodement, auquel tant de gens trauailicnt. Mais, s’il vous plaist , Mademoiselle , que ce soit bien-tost. Car en vérité ie meurs d’enuie de voir les merueilles qui sont à Paris, le ne crois pas que ce soit la Demoiselle , dont vous parlez à Monsieur de Chaude-bonne , qui montre les plus rares; quand le Singe à qui on a appris à jouer de la guiterre sçauroit encor chanter auec cela. le sçay où il y a des choses plus extraordinaires, et où ie pourray voir de plus beaux miracles, l’cspere aussi que de mon costé ie vous on feray voir vn merucilleux dans le changement de mon humeur : qui sera, ie vous promets, sinon aussi belle , au moins aussi égale que la vostre. Ne craignez donc point. Mademoiselle, qu’vn chagrin que vous dissipez de si loin ; puisse arriuer jusques à vous : et n’ayez point de regret de perdre mes Lettres en me retrounant moy-mesme. le vous feray aiioiicr, (jue ie vaux mieux qu’elles: et vous verrez que ie n’ay pas écrit mes meilleures |M»nsées. Enfin , ie vnus asseure, i|ue hors vne

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grande t|uaiUitii de cheueux blancs qui me sont venus , ii n’est point arriuéen inoy de changement qui ne soit en mieux. Encore j’espere que ceux-là tomberont auec les soins qui les ont fait naistre : et ie deuiendray, sans doute , tout autre que ie ne suis . quand ie vous pourray dire moy-mesme , auec quelle passion ie vous honore , et combien ie suis,

Mademoisf.llr , Voslre, elr.

A Bruxelles le 15 Oclobre 1034.

A LA MF.SME

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