‹ Les œuvres de Monsieur de VoitureChapitre 73 sur 229 · I.KTTRE XCII · texte numérisé non relu

I.KTTRE XCII

Monsif.vb ,

Lors (|ue i’aiiois des moutons à acheter, et à escrire des poulets en Castillan, et en Portugais; ie n’auois gueres plus d’affaires que i’en ay à cette heure. Il faut que ie prenne congé du Roy, et de Monsieur; que ie sollicite Monsieur de Ruilion pour vne Ordonnance, et que ie me fasse payer à l’Espargne : que ic die adieu à tous mes amis, et que tout cela soit fait dans trois iours. Cependant, ie laisse tout cela, pour prendre le loisir de vous écrire. Car il me semble, qu’il n’y a rien qui me soit si important , et que ce voyage ne me pourroit estre heureux, si ie le commençois si mal que de partir sans vous dire adieu. le ne sçay pas si cette embarcation me sera heureuse. Mais ianiais ie ne sortis de France si volontiers : et ie prens plaisir à aller défier sur la mer Méditeranéc, ces trentedeux vents, que vous syauez que ie défiay aulresfois sur l’Océan. A propos, vous en mettez trente-cinq, vous qui faites tant le grand Marinier, auec voslre lihomb et vostre Detroit de Vegas.

lieu quidnnm tauti turbarunt wthera ventit

Ceux qui ont fait le tour du monde, n’en connoissent que trentedeux. Les trois de surplus, sont de vostre teste, le ne croyois pas qu’il y en eust tant. Mais celny qui me semble le plus insupportable en vous : est le vent Grec, et la suffisance que vous prenez, pour s^-auoir mieux que moy où il faut mettre vn graue, ou vn circonflexe. Il a bien esté dit. Tu n’adjousteras ni esteras vn iota. Mais il n’est pas parlé des accens. Et cependant, pource que j’en ay oublié vn, vous soufllez comme si vous suiez gagné vne grande victoire.^

LETTRES

O venlnm horribilem! Lors que vous accominodastes si mal la pauure Philomele, qu’apres Terée, personne ne l’a iamais traitée si mal que vous, ie n'en fis pas tant de bruit : et cela vous estoit moins pardonnable qu’à moy.

Mais, mon Dieu, que vous m’auez dit à propos vostre Duriter

et tout le reste de ce passage ! Sans mentir, il faut que ie vous aime bien , pour lire sans enuie tout ce que vous m’ecriuez , et pour prendre tant de plaisir, à connoistrc, que vous auez plus d’esprit que moy. Pour vous dire le vray, ce que ic regrette le plus en partant d’icy, c'est que ie n’auray plus de vos nouuelles. 11 me semble, que les ligues, les raisins, et les melons d’Italie, et le présent que me fera le grand Duc, ne me pourroicnt dédommager, de la perte que ie fais de vos lettres. Mais ie croy que vous aimez mieux , que ie vous lotie de vostre poésie, que de vostre prose. Car Aristote dit, que sur tout ouurier le Poète est amoureux de son ouurage. En vérité, vos œuures poétiques sont admirables : et ie veux mourir si vous ne faites des vers comme Cicéron.

A MADEMOISELLE DE RAMBOVILLET.

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