SOI
(|u'il m'est süuucim que ic leur eu auuis promis, le ne vous mande rien de vostre amie. La panure fille comme ie croy est en vu déplorable estât. Son mary ne part iamais vn moment d’auprès d'elle. Il l'estouffe à toute heure ; et sa mere ne l’estouffe pas moins. Enfin iamais personne ne fut si peu marit-c, et ne le fui tant. Madame, venez visteinent voir cela, le suis ,
Vostre, etc.
le m’en vais faire vn petit voyage à Dluis, mais ie seray à l’aris . dés que ie sçaiiray que vous y serez, ou que qiielqu'vn des voslres y sera.
A MADAME I.KTTHE CIX.
Quoy que ie n’espere pas me pouuoir iamais ac(|uittei' tics obligations où me mettent vos ciuilitez , ie scrois bien marry de vous estre moins oblige : et bien que ie me trouue indigne de tous les honneurs que vous me faites , ils ne laissent pas de me donner vne extrénie joyc. Quand ie ne sçaurois rien de vous que vostre condition et vostre naissance , tousiours tiendrois-je à grand honneur, d’auoir receu de vos lettres, et de me voir honnorc de vos commaudemens. Mais la fortune ayant fait , ie ne sçay par quelles rencontres, qu’estant fort éloigne de vous, j’ay l’honneur de vous connoisti-e aussi particulièrement, que ceux qui en sont le plus prés : ie vous auoüe. Madame, que j’ay vn contentement qui ne se jteut exprimer, et que ie sens mesme quelque vanité d'auoir receu tant de grâces d’vne personne, que ie tiens il y a desia quelque temps, lu plus accomplie de son siecle , et en laquelle ie sçais que se trouuent toutes les qualitez, qui pcuuent donner de l’affection, et de restime. Si j’estois .si peu du monde, que ie ii'cusse iamais rien oüy dire de cela, encore jugerois-je par vos lettres, qu’il n’y a rien en France qui égale vostre ciuililé et vostre esprit : et de si belles et si obligeantes paroles que celles que vous me faites l’iionncur de m’écrire, me feroient imaginer de vous quelque chose d'extraordinaire. Elles sont telles en vérité, Madame, que de quelque part qu'elles me viiusseul.
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LETIRES
Jii'2
jeu servis extrêmement tuuché. Mais il est my, que la personne dont elles partent me les rend encore beaucoup plus considérables , et que la main qui les a écrites , leur donne vne force et vne vertu, qu’elles ne pourroient auoir d'ailleurs. Si apres cela ic sers de tout mon cœur, et auecque tous mes soins A***, ce ne sera pas vne grande merueille. Vous m’y auez obligé de sorte, qu’il ne m’est pas possible de faire autrement : et vous ne m’auez pas laissé de moyen d’y acquérir aucun mérité. le voudrois, Madame, qu’au lieu de me recommander vne personne que j’ayme, et que j’estime desia beaucoup , vous m’eussiez commandé en trois mots , quelque chose de bien difficile, et à laquelle j’eusse eu quelque répugnance : afin que vous eussiez pû connoistre en quelque sorte, ce que vous pouuez sur moy, et que ce ne sont point vos extrêmes bontez, ny cette façon d’escrire dont vous gagnez d’abord le cœur de ceux qui lisent vos lettres, qui m’obligent à vous obéir , mais le respect que j’ay pour tant de merueilleuses qualitez qui sont en vous, et l’inclination auec laquelle ie suis,
Vostre, etc.
A MADEMOISELLE DE HAMBOVJLLEÏ.
LETTRE ex.
Mauemüiselle,
l’creonne n’est encore mort de votre absence, liorsrais moy : et ic ne crains point do vous le dire ainsi cruëment , pource que ie crois ((UC vous ne vous en soucierez gueres. Neantmoins, si vous en voulez parler franchement, à cette heure que cela ne tire plus à conséquence, j’estois vn assez joly garçon : et hors que ie disputois quel- (]iiefois volontiers, et que j’estois aussi opiniastre que vous, ie n’auois pas de grands defauts. Vous sçaurez donc. Mademoiselle, que depuis Mercredy dernier, qui fut le iour de vostre parlement , ie ne mange plus, ie ne parle plus, et ie ne vois plus : et enfin il n’y manque rien, sinon que ie ne suis pas enterré. le ne l’ay pas voulu csire si-tost, pource premièrement que j’ay eu tousiours auersion à cela : et puis, ie suis bien-aise que le bruit de ma mort ne coure pas si-tost , et ie fais la meilleure raine que ie puis, afin que l’on ne s’en doute pas. Car si on s’auise que cela m’est arriué iustement sur le point que vous estes partie , l’on ne s’empeschera iamais de
1»E MONSIEVH UE VOITVHE. 46J
nous mettre ensemble dans les couplets de Lamée est bonne, tjui courent maintenant par tout. En vérité, si j’estois encore dans le inonde, vne des choses qui m’y feroit autant de dépit, seroit le peu de discrétion qu'ont certaines gens, à faire courre toutes sortes de choses. Les viuans ne font rien , à mon auis , de plus impertinent que cela , et n’est pas jusques à nous autres morts, à qui cela ne déplaise. le vous supplie, au reste, Mademoiselle, de ne point rire en lisant cecy. Car sans mentir, c’est fort mal-fait de se mocquer des trépassez, et si vous estiez en ma place, vous ne seriez pas bienaise qu’on en vsast de la sorte. le vous conjure donc de me plaindre, et puis que vous ne pouuez plus faire autre chose pourmoy, d'auoir soin de mon ame. Car ie vous asseure, qu’elle souffre extrêmement. Lors qu’elle se sépara de moy, elle s’en alla sur le grand chemin de Chartres, et de là droit à la Mothe : et mesme à l’heure où vous lisez cecy, ic vous donne auis, qu’elle est auprès de vous : et elle ira cette nuit en vostre chambre , faire cinq ou six grands cris , si cela lie vous tourne point à importunité, le crois que vous y aurez du plaisir, car elle fait vn bruit de Dia'ble , et se tourmente, et fait vne tempeste si estrange, qu’il vous semblera que le logis sera prest à se renuerser. l'auois dessein de vous enuoyer le corps par le Messager, aussi-bien que celuy de la Mareschale de Feruaque. Mais il est en vn si pitoyable estât, qu’il eust esté en pièces, deuant que d’estre auprès de vous : et puis j’ay eu peur que par le chaud, il ne se gastast. Vous me ferez vn extrême honneur, s’il vous plaist de dire aux deux belles Princesses auprès de qui vous estes : que ie les supplie tres-humblement de se souuenir, que tant que j’ay vécu, j’ay eu vne affection sans pareille pour leur seruice tres-humble , et que celte passion me dure encore apres ma mort. Car en l’estât où ie suis, ie vous iure, que ie les respecte et les honore autant que j’ay iamais fait. le n’oserois dire, qu’il n’y a point de mort, qui soit tant leur scruiteur que moy. Mais j’asseureray bien, qu’il n’y a point de vivant , qui soit plus à elles que j’y suis. Ny qui soit plus que moy,
Mvdemuiselle, Vostre, elr.
LKn'RFS
A MONSIEVR CHAPEI.Ainf.
LETTRE CXI
Monsievh ,
Quand ce ne seroit que pour vostre honneur, et sans dessein de in’en faire, vous me deuriez souuent escrire. Car vostre esprit, qui est tousiours admirable, ne réussit , ce me semble , iamais si bien , que dans les lettres que ie reçois de vous. Si vous en vouliez faire vne pour chacun de vos juges, comme celle que l’on me vient de donner, il ne vous faudroit point d’autre recommandation : et ils connoistroient au moins, que dans ce procez, il s’agit de rendre iustice au plus honnesle homme du monde. !e feray ce que vous m’ordonnez, auec toute la passion que ie vous dois: et ne craignez point que ie l’oublie. Ma volonté ne se fie pas en ma mémoire des choses de cette importancc-là : et elle me représentera à toute heure, que i’ay cela à faire, iusques ft ce qu’il soit fait. Quelque affaire que ie puisse auoir, ie mets la vostre au premier rang dans mon agenda. Sed lu inter acta refer, et pro certo habe, me in hac re, et in omnibus, omne offieium, studium , curam, et diligenliam, tibi semper prxstiturum. le suis,
le vous supplie tres-humblement de rendre grâces pour moy à Monsieur de la Mote ; mais auec vne éloquence digne de vous et de luy,
MonsiEVB, Vostre, etc.