A MONSIEVR U; PRÉSIDENT DE MAISONS (1). I.ETTRE CXXIX
MoiVSIEVK^
C'est vue trop grande bonté à vous, de prendre la peine de m esrrire : et de me traitter aussi ciuilement que si ie ne vous auois pas les infinies obligations que ie vous ay. Je vous supplie tres-humblement, et tres-serieusement, de ne vous en plus donner la peine. La pluspart du temps, vous n’auez rien à me mander. Pour moy, outre que mon deuoir m’oblige à vous escrire ; les nouuellcs qu'il y a icy de temps en temps, me fournissent dequoy le pouuoir faire. le vous auoüe, pourtant. Monsieur, que i’ay eu vn extrême plaisir à lire la demiere lettre qu’il vous a plft de m’escrire ; et toutes les fois que vous aurez à me dire d'aussi agréables nouuelles, ie ne refuse pas, que vous me fassiez l’honneur de me les faire sçauoir. le suis raiiy de la grande amitié, que ie vois que vous auez faite depuis mon départ, auec Mademoiselle de Ramboüillet. le ne le connois pas plus par vos lettres, que parles siennes. Elle ne m’escrit ianiais sans me parler de vous, et auec toute l’affection et toute l’estime qui vous est deuô. Ce m'est, sans mentir, Monsieur, une extrême eonsolation, de ce que vous et Madame de Ramboüillet, me plaignez de la folie que i’ay faite ; et ce me sera vne raison, pour n'en plus faire à l’auenir : outre que i’en ay fait de nouueau vne protestation solennelle entre les mains de Monsieur de Chauigny. l’ay aussi beaucoup de joye, que vous ayez eu le crédit de tenir quinze jours Madame de Sablé, et, ce qui est dauantage, de faire deffenses aux autres d’y aller. Il me déplaist seulement, de ce que vous n’en <lisposez, que quand elle se veut reformer, et qu’elle est en estât de peuitence. le vous exhorte, néantmoins, à ne vous point rendre. Car le temps, la fortune, et l’adresse d’vn honnestc homme, peuuenl changer beaucoup de choses. Apres auoir parlé de ces choseslà ; il me semble. Monsieur, que vous n’aurez pas grand plaisir, que ie vous entretienne des nouuelles de deçà. Aussi pour ne vous pas
{!) René de Longuril, marquis de .Maisons, second président nu parlement de Paris, fut successivement : surintendant des finances, niinlstie d'Etat et ctianrelicrde la reine régente Anne d’Autriche. Il mourut le 1" déeemhrc ir.r.7.
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DE MONSIEVR DE VOITVRE. 2«>T
ennuyer, ie vous les diray le plus succinctement que ie pourray
A Narbonne le lo Maj' lOü.
Yoslre, etc.
AV MESME
LETTRE eXXX.
Mosievb ,
C’est un excès de vostre bonté , de me remercier de quelque chose : moy qui ne sçaurois iamais assez faire pour vous , et qui vous en deurois encore de reste, quand j’aurois cent fois hazardé ma vie pour vostre tres-humble seruice. De celte bonté. Monsieur, et de l’offre qu’il vous plaist me faire, ie vous rends mille grâces treshumbles : et j'ay vne extrême joye de voir, que dans les plus grandes, et les plus petites choses, vous ne cessez de me rendre des lesmuignages de l’amitié que vous me faites l’honneur d’auoir pour moy. Quoy que i’aye joiié fort estourdiment, ie ne me suis pas pourtant si fort emporté, que ie ne me sois réserué assez d’argent pour me tirer d’icy : et suis seulement bien fasché de vous auoir mis en main vne si mauuaise assignation ; et de vous auoir donné vn créancier, qui n’est guère meilleur que moy. Au reste, Monsieur, ie ne vous puis dire l’extrême joye que i’ay, de voir la grande amitié que vous auez faite auec tout l’hostel de Rambouillet. Mademoiselle de Ramboiiillet ne m’eserit iamais, sans me dire quelque chose de vous ; par où elle marque l’extrémo cas qu’elle en fait : et afin que vous connoissiez mieux les sentiments qu’a pour vous Monsieur le Marquis de Pisany, ie vous enuoye vn morceau de la derniere lettre qu'il m’a escrite. Pour Monsieur de Chauigny, vous estes sans mentir obligé de l’aimer de tout vostre cœur. A toutes les occasions qui s’en présentent, il parle de vous auec toute l’estime, et toute l’affection imaginable. Il se vante de votre amitié ù tous ses amis ; et la promet à ceux qui luy sont les plus chers, et qu’il veut obliger lo plus. 11 me dist l’autre iour que vous luy auiez eserit vne lettre la plus iolie, et la plus obligeante du monde. Mais pource qu’il esloit en compagnie, il n’eut pas le temps de me la monstrer. Il partit il y a trois iours pour aller à l’armée, et assister à la- ceremonie de l’ordœ, que le Roy donna hier au Prince de Mourgues; et renient demain. Pour CP qui est du retour du Roy, on n’en sçail rien, l’auray
LIHTRES
en cela, Monsieur, tout le soin que ie dois auoir, des choses que vous me commandez. On commence à r’alenlir l'esperance que l’on auoit, d’auoir Perpignan si-tost. On dit à cette heure, vers le quinziéme du mois qui vient. Monsieur de Turenne m’a dit, qu’il gageroit bien deux cens pistolles, que l’on l’aura dans tout le mois de luin. Toutes les fois que Monsieur de Chauigny va à l’armée, il loge chez Monsieur des Noyers. C’est à cette heure la plus grande amitié du monde, mais vraye, et sincere tout de bon. le suis,
Monsievb, Vûslre,elc.
A Nartx>one le 3'i May 1649.