‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 125 sur 326 · ŒUVRE DES PRISONS DE FEMMES · texte numérisé non relu

ŒUVRE DES PRISONS DE FEMMES

M. Gabriel Delessert, préfet de police, accorda au Comité, en réponse à sa demande, toutes facilités tant pour l'organisation du culte que pour les visites aux malades; et dès le début le Comité n'eut qu'à se louer de ses rapports soit avec l'Administration, soit avec MM. les directeurs et employés de Saint-Lazare. L'œuvre s'exerçait auprès des détenues proprement dites, prévenues et jugées, aussi bien qu'auprès des femmes de mauvaise vie, internées dans la deuxième section de la prison.

Par suite de diverses réformes apportées par l'administration pénitentiaire dans le régime des prisons, nos détenues sont actuellement réparties, selon la nature des délits et la durée des peines, entre les établissements de Saint-Lazare, de Nanterre, de la Conciergerie, du Dépôt de la préfecture de police, à la nomenclature desquels il faut ajouter la Maison centrale de Clermont (Oise), où l'administration affecte un quartier spécial aux détenues de notre culte (1).

A Saint-Lazare le culte est célébré chaque dimanche matin par un pasteur, dans une petite salle, dite « Oratoire protestant », et à 2 heures de l'après-midi par une des dames du Comité. Celles-ci réunissent en outre les détenues dans la semaine, par catégories (jugées, prévenues, femmes de mauvaise vie) ou peuvent les faire appeler isolément, et visitent les malades. Toutes les détenues peuvent profiter, dans leurs moments de loisir, de notre petite bibliothèque.

Le Comité, composé de vingt daines, se réunit une fois par mois chez la présidente, Mme Henri Mallet, 49, rue de Lisbonne.

Le nombre des détenues protestantes visitées depuis l'origine a été approximativement de 5,400. Les récidives dans ce nombre sont fréquentes. Pour les délits pour mœurs elles le sont tellement qu'il est difficile d'en tenir compte. Sur ces 5,400 détenues la moitié presque sont étrangères, ce qui s'explique par le fait que nous nous occupons exclusivement de nos coreligionnaires. Xous

(1) Ce quartier, fondé à Doulleus le i" janvier 1880, fut transféré à Clermont eu 1888.

p.io

ŒUVRES DE CHARITÉ

relevons dans nos statistiques des détenues de nationalité anglaise, suisse, allemande, hollandaise, belge, américaine, espagnole, italienne, etc.

A côté de l'œuvre du Refuge, où bon nombre de détenues ont trouvé un asile, nous aurions à signaler plusieurs tentatives individuelles ou collectives laites à diverses époques en vue du patronage des détenues libérées. Parmi ces tentatives, dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer ici, mentionnons seulement la fondation, par notre Comité même, en 1882, d'un modeste Atelier- Asile, où toute détenue libérée peut être reçue gratuitement jusqu'à ce qu'elle trouvé un gagne-pain. Depuis lors, il y a deux ans, l'œuvre du Patronage, <|iii, des le début et jusqu'alors avait été une branche de l'œuvre du Comité des Prisons, s'est développée et transformée en une œuvre spéciale, ayant son existence et son Comité distincts : la Société de Patronage des détenues et libérées. L'Atelier-Asile a été sensiblement agrandi, afin de pouvoir répondre aux besoins de l'œuvre nouvelle aussi bien que de l'ancienne.

Le budget annuel de l'Œuvre protestante des prisons est bien modeste, et ne dépasse guère 5 à 6,000 fr. Les premières années il était de 740 fr. en moyenne. Outre certains frais généraux inévitables et des dépenses nécessaires pour les détenues au moment de leur libération (vêtements, rapatriement, etc.), leurs enfants retombent souvent à la charge du Comité, pendant la détention et souvent au delà. Ces enfants ne peuvent être abandonnés; il faut s'y intéresser, pourvoir à leur placement, etc. Trop de cas encore restent en souffrance, dont nous pourrions nous occuper dans la proportion où nos ressources s'accroîtraient.

Quant aux résultats obtenus pour le relèvement des détenues, il est difficile de les apprécier d'une manière exacte. Il faudrait les suivre pour cela un temps assez long. Cependant on est frappé, en lisant les rapports annuels de l'Œuvre, de constater qu'il en est bien peu qui ne mentionnent quelques cas de relèvement bien carac térisés et intéressants. Bon nombre de détenues restent après leur libération en rapport avec les membres du Comité, sures de pouvoir toujours compter sur leur affectueux intérêt et leur appui. Disons aussi, avec reconnaissance envers Dieu, que nous en avons vu beaucoup reprendre une place honorable dans la société, ou quitter ce monde dans des sentiments bien propres à nous réjouir et à nous encourager.

Nous n'avons pas à discuter ici les régimes plus ou moins satisfaisants des prisons. L'expérience ne montre que trop, d'ailleurs, que ce n'est pas sur tel régime ou tel autre que nous avons à compter pour le relèvement moral de

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