‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 135 sur 326 · DIACONAT DE L'ÉGLISE LUTHÉRIENNE DE PARIS · texte numérisé non relu

DIACONAT DE L'ÉGLISE LUTHÉRIENNE DE PARIS

Dès rétablissement public de son culte à Paris (1809), l'Église luthérienne s'occupa de venir en aide à ses pauvres. Les deux pasteurs d'alors, MM. Boissard et Gœpp, étudièrent cette question qui leur parut à hou droit de première importance. Ils furent aidés dans cette tache de la façon la plus efficace par les membres du Consistoire. A cette époque, et jusqu'en 1843, nous ne trouvons ni Diaconat ni corps spécial chargé du soin des pauv res. C'étaient les membres du Consistoire eux-mêmes qui remplissaient les fonctions de diacres. Quand on parcourt les délibérations de ces premiers Consistoires luthériens qui se sont succédé jusqu'en 1843, on est étonné du dévouement, de l'activité, de la sollicitude que ces représentants de l'Église apportaient pour soulager les misères qui leur étaient signalées. Ils allaient eux-mêmes aux informations, s'entouraient de tous les renseignements possibles, discutaient longuement, patiemment et se prononçaient toujours à bon escient. Et ces laïques s'appelaient le général comte Walther, le général comte Rapp, Kieffer, professeur au Collège de France, Wurtz, de Billing, Bartholdi, Fr. Cuvier. El non contents d'administrer les aumônes confiées au Consistoire par les fidèles, ils étaient, cela va sans dire, les premiers et non les moindres d'entre les donateurs.

En IS'iS, la population luthérienne de Paris ayant considérablement augmenté, une église nouvelle fut accordée par le gouvernement à celte Confession et le nombre de ses pasteurs fut porté de deux à quatre. Les séances du Consistoire étant devenues plus remplies, on fut amené à constituer un Comité de charité qui, sous l'autorité du Consistoire, devait le remplacer pour tout ce qui regarde le soin des pauvres. Ce Comité, qui a fonctionné jusqu'en 18,57, était composé de 62 membres que le Consistoire avait choisis dans tous les quartiers du Paris d'alors. Il se réunissait régulièrement une fois par mois sous la présidence alternative de l'un des pasteurs et votait les secours aux indigents qui avaient sollicité l'appui de l'Église. La plupart du temps il entendait les pauvres eux-mêmes. Tous les trois mois il tenait une séance spécialement consacrée au vote des secours réguliers à attribuer au profit des orphelins ou des vieillards. Ce Comité a rendu à l'Église les plus précieux services par le zèle et le consciencieux dévouement de ceux qui le composaient.

En 1857, on fit un pas de plus. Le nombre des pauvres était devenu si grand qu'il n'était plus possible au Comité de secours de les entendre tous et de discuter ce qui concernait chacun. On sentit le besoin d'avoir dans chaque

ŒUVRES DE CHARITÉ

quartier de Paris une sorte de petil diaconat qui |>ùt s'occuper d une circonscription uettemeni délimitée et suivre ainsi de plus près les familles ou les individus indigents; Au mois de juillet de celle année 1857, après une sérieuse étude du mode d action que Ton devait adopter, on convint d'organiser le Diaconat tel que nous le voyons aujourd'hui fonctionner dans l'Eglise luthérienne de Pari-..

Paris ne forme, au point de vue administratif, qu'une seule paroisse luthérienne, mais cette vaste paroisse est sectionnée en plusieurs circonscriptions. Chacune de ces circonscriptions a un pasteur et forme ce qu'on appelle une Diaconie. Présidée par le pasteur, cette diaconie comprend un certain nombre de membres. Ceux-ci sont de deux catégories : les diacres titulaires et les stagiaires. Les premiers font réellement partie du Diaconat : ils y sont entrés par l'élection. Les seconds font leur stage en attendant cette élection. Dans le sein même de la diaconie il n'y a aucune différence entre eux. Les uns et les autres ont les mêmes prérogatives et les mêmes devoirs. Chaque diaconie se réunit en général une fois par mois : elle a tout le loisir pour discuter à fond la situalion de chaque famille et de chaque pauvre et pour se rendre compte de la légitimité de leurs requêtes. Un secrétaire, nommé librement par la diaconie, note exactement les secours accordés, il en transmet copie au Diaconat et met chaque mois celui-ci au courant de la situation financière de la diaconie.

Au-dessus de la diaconie est le Diaconat. Il se compose de tous les pasteurs titulaires et auxiliaires de Paris et d'un nombre variable de membres représentant les diverses diaconies. Pour en faire partie il faut avoir fait, comme nous l'avons dit, un stage d'un an dans une diaconie et avoir passé par l'élection. Le Diaconat se réunit lui aussi, sauf juillet, août et septembre, une lois par mois sous la présidence ordinaire du président du Consistoire. Il entend le résumé sommaire des comptes rendus des diaconies; il vole en bloc la somme à mettre à la disposition des diaconies (elles sont aujourd'hui au nombre de 12, comprenant 18 pasteurs, dont 10 titulaires, et 52 diacres, dont 46 titulaires); il s'occupe, quand il y a lieu, du placement des vieillards et des orphelins; il examine les demandes formulées pour des cas spéciaux, particulièrement difficiles; enfin, il écoute des rapports sur Lune ou l'autre des questions si complexes que soulève l'exercice de la charité ou sur des œuvres qui ont pour but le soulagement de ceux qui souffrent soit dans l'Eglise, soit ailleurs et les discute.

Chaque année le Diaconat établit son budgel comme le Consistoire lui en

DIACONATS

laisse la liberté. Ses ressources sont de diverses natures : les legs en constituent un des principaux cléments. En 1892, le revenu de ces legs a été de 9,710 fr. 15 c. A cette somme s'ajoute le produit des quêtes faites à la suite d'actes pastoraux (baptêmes, mariages, enterrements); en 1892, ce chapitre s'est élevé à 4,539 fr. 12 c. Les quêtes faites aux solennités de Pâques, de Pentecôte, de Noël et à la fête annuelle du Diaconat ont fourni une ressource de 3,521 fr. 17 c, dans le dernier exercice : les quêtes à la porte des églises et le produit des troncs ont accru, en 1892, de 1,004 fr. 65 c. les recettes du Diaconat. A cela, il convient d'ajouter des dons spéciaux. En tout, c'est donc d'une somme variant entre 25 et 28,000 fr. que se compose le budget des recettes propres au Diaconat. Mais, de leur côté, les diaconies font des collectes et reçoivent directement des dons qu'elles sont autorisées à consacrer aux pauvres qu'elles secourent. En 1892, le montant de ces collectes et de ces dons, propres aux diaconies, a été de 28,000 fr., ce qui est un peu au-dessus de la moyenne, de sorte que les recettes totales du Diaconat et des diaconies, en 1892, ont atteint plus de 54,000 fr. Dans les vingt dernières années, le Diaconat, y compris les diaconies, a reçu 1,038,475 fr. 75 c, ce qui donne une moyenne par an de 51,923 fr. environ. Les dépenses ont à peu près égalé les recettes.

Le Diaconat est actuellement présidé par M. le pasteur Kuhn, président du Consistoire et inspecteur ecclésiastique; le secrétaire en est M. Schreiber, membre de la 6e diaconie; le trésorier est M. F. Claude, agent du Consistoire.

Alfred Mettetal.

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