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ASSOCIATION ÉVANGÉLIQUE POUR LE PATRONAGE DES ENFANTS ORPHELINS

Ce Patronage, fondé en 1849, est l'œuvre de prédilection des 46 paroisses du Pays de Montbéliard, qui y collaborent unanimement.

C'est donc une œuvre bien ecclésiastique, quoiqu'elle soit hors du contrôle du Synode. Elle est dirigée par une assemblée générale composée des pasteurs de la région et d'un certain nombre de laïques des Conseils presbytéraux ; dans son Comité central sont représentés les cinq Consistoires de l'inspection de Montbéliard. De plus, chaque paroisse a constitué un Comité seetionnaire, présidé par son pasteur.

C'est aussi une œuvre d'un caractère local. Les neuf dixièmes des orphelins assistés sont de la région, et on ne collecte pas un centime au dehors pour eux. Exceptionnellement d'autres enfants peuvent être adoptés, moyennant des subsides étrangers. L'Église luthérienne de Paris, les Eglises réformées de Besançon et de Nancy ont déjà fait admettre un certain nombre de leurs enfants abandonnés. L'Union pour le sauvetage de l'enfance, dont le siège est à Paris et que préside M. Jules Simon, adresse aussi au Patronage, depuis quelque temps, ses orphelins protestants.

Le Patronage place ses pupilles dans des familles villageoises ; cette méthode fait son originalité. A ses débuts, en 1849, la question se posa pour les fondateurs de choisir entre la construction d'un asile ou le système qui a été adopté. La nécessité détermina d'abord le choix : les besoins étaient grands, pressants; il fallait y pourvoir avec des ressources encore modiques; on ne pouvait songer à bâtir. Depuis lors, l'expérience a prouvé les nombreux avantages du système, et l'Association, dans son unanimité, on peut le dire, se iélicite d'être entrée dans cette voie et de l'avoir suivie.

A l'enfant qui n'a plus de famille, le Patronage en donne donc une. On le

ŒUVRES DE CIIAIUTÉ

place chez dos cultivateurs honnêtes et bons en qui il trouve des protecteurs et comme des parents. Le Comité central exerce une surveillance aussi stricte que possible sur les soins tant matériels que moraux donnés par les patrons ou pères nourriciers à leurs pupilles. Ils sont tenus de les envoyer à l'école jusqu'à la limite d'âge fixée par la loi. Il faut écarter toute idée d'une exploitation de l'orphelin par son patron. A mesure que reniant se développe, il devient de plus en plus utile à sa famille d'adoption, il lui rend de menus services, mais en aucun cas il n'est considéré comme un domestique, avant qu'il ait atteint l'âge de l'activité. A quatorze ou quinze ans, il peut être laissé au pair dans la famille où il a grandi; le cas se reproduit souvent.

Autant que possible l'enfant est placé à la campagne, non dans les centres industriels, mais dans les villages agricoles. 11 vit au grand air des champs, il mange la nourriture saine du paysan, on le prépare aux travaux de la terre. Dans quelques villages éloignés des villes, comme Etobon et Chcnebier (Haute- Saône), à la limite du pays protestant, il y a de véritables petites colonies de patronnés. Certaines familles ne cessent d'élever un orphelin; quand il est grand et qu'il les quitte, il est aussitôt remplacé. Elles ne pensent point faire ainsi acte de philanthropie et de charité, et la recherche du bénéfice ne saurait leur être reprochée, à en juger par le taux de la pension : elles agissent simplement d'après leurs convenances personnelles; un certain nombre de patronnés sont placés dans des ménages qui étaient sans enfant.

L'Association n'a pas fixé d'étroites limites à son activité. Elle n'assiste pas seulement les orphelins, les indigents et les abandonnés, mais en général l'enfance qu'il est nécessaire de soustraire à de mauvais exemples, à l'insouciance des parents, à la mendicité, au vagabondage.

Ses bienfaits s'étendent à cinq catégories de patronnés :

1° Aux orphelins de père et de mère, à la charge de l'Assistance publique départementale, mais confiés par elle à l'Association, pour le placement et la surveillance; la pension payée pour eux aux pères nourriciers est en moyenne de 8 fr. par mois. L'Assistance publique verse cette pension jusqu'à ce que l'enfant ait treize ans (département du Doubs) ou quatorze ans (département de la Haute-Saône).

2° Aux orphelins de père seulement, lorsqu'une nombreuse famille reste à la charge de la mère, dont les ressources sont notoirement insuffisantes. Si elle est reconnue capable d'élever et de diriger ses enfants, le Patronage laisse à ses soins ceux d'entre eux qu'il adopte; dans ce cas particulier, que l'on

ORPHELINATS

considère comme une exception — une exception fréquente — la pension mensuelle est de 5 fr.

3° Aux enfants non orphelins qu'il est désirable, pour un motif très sérieux, d'enlever à leur famille, avec le consentement du père. On leur assigne un placement éloigné de la résidence des parents.

4° Aux patronnés ayant atteint l'âge de quatorze ou quinze ans, et placés au pair chez leurs anciens pères nourriciers. Le Patronage continue à exercer sur eux sa tutelle.

5° Aux enfants confiés par des Eglises étrangères à la région, et placés aux frais de ces Eglises.

Les frais d'habillement et d'écolage sont supportés par l'Association. Malgré l'exiguité du chiffre de la pension, les offres de placements sont très nombreuses et ont toujours dépassé les besoins. On n'a jamais songé à augmenter ce chiffre; le Patronage préfère ne pas solliciter les offres par l'appât du gain. La dépense totale annuelle par enfant ne dépasse pas, en moyenne, 100 fr. Avec des frais aussi réduits, il peut étendre largement son activité. Il a élevé 1,538 enfants depuis sa fondation, et il est à noter qu'un grand nombre sont restés dix ans ou plus sous sa tutelle. Chaque année il dépense 12 â 15,000 fr. de pension, 3 à 4,000 fr. de vêtements; quant aux frais généraux, ils dépassent rarement 1,200 fr., et sous cette rubrique sont compris les imprimés, parmi lesquels le rapport annuel tiré à plusieurs milliers d'exemplaires, les médicaments, la correspondance et les déplacements. Le Patronage n'a pas d'agent salarié, il n'accorde aucune indemnité aux personnes qui s'occupent de son administration, soit générale, soit locale. Depuis 1849 — privilège extraordinaire — il a conservé à sa tète le même président et le même secrétaire général, deux hommes dévoués qui, malgré leur âge vénérable, dépensent encore une grande somme d'activité dans ces fonctions, et qui incarnent, aux yeux des protestants montbéliardais, l'œuvre des orphelins : MM. G. -F. Fallot, président, et G. Perdrizet, secrétaire.

Une fête annuelle, au milieu de l'été, réunit patronnés, pères nourriciers, pasteurs, membres des Comités sectionnaires, et en général tous les amis du Patronage. C'est la fête de cette grande famille dispersée dans un rayon de 20 kilomètres environ. De tous côtés arrivent à pied, en charrette ou e.n chemin de fer, près de 200 enfants, qu'aucune uniformité de costume ne désigne, car il ne faut pas que, dans leurs villages respectifs, ils soient reconnus au moindre détail de leur habillement pour des enfants élevés par la charité des

ŒUVRES DE CHARITÉ

Églises. On se réunit alternativement à Montbéliard, Audincourt et Iléricourt, les trois centres du pays. Un service au temple avec chants et allocutions, dont l'une, adressée aux patronnés, constitue la première partie spirituelle de la fête. L'Association a ensuite son assemblée générale, où est examinée la gestion du Comité central. Enfin, deux banquets, plus substantiels que raffinés, réunissent, l'un les membres de la Société, l'autre les enfants et leurs patrons. Le départ suit aussitôt, quoique le jour soit encore loin de son déclin, mais beaucoup qui sont partis de chez eux au point du jour, ont plusieurs lieues à franchir pour regagner le logis. La journée est courte, mais le voyage, la cérémonie au temple, le repas, la réunion avec tous leurs petits frères adoptifs, en font pour ces enfants une belle journée. Cette fête, extrêmement populaire, tient une grande place dans les mœurs religieuses de ce pays.

Que deviennent-ils au sortir du Patronage? La plupart des jeunes filles entrent en service, beaucoup se marient, plusieurs ont épousé d'anciens patronnés. Les jeunes gens, pour le plus grand nombre, trouvent de l'emploi clans les établissements industriels de la région; une variété assez commune est celle de l'ouvrier-paysan, qui cultive son champ en dehors des heures d'établi; il s'agit surtout de l'ouvrier horloger qui fait son travail industriel chez lui. D'autres patronnés, les mieux qualifiés, font un apprentissage d'artisan aux frais du Patronage, et deviennent menuisiers, forgerons, etc. Quelques-uns s'engagent dans l'armée, l'un d'eux a atteint le grade de lieutenant. Il en est qui se sont expatriés en Algérie, en Amérique et ailleurs.

Il en est aussi, en trop grand nombre, qui ont mal tourné, mais ce nombre, pour trop grand qu'il soit, ne représente qu'une petite minorité. Comme toutes les œuvres humaines, le Patronage de Montbéliard est fort imparfait, et il n'ignore point lui-même ses lacunes et ses faiblesses. Il a commis bien des erreurs et a eu bien des mécomptes ; les placements n'ont pas toujours été bons, ses pupilles ne lui ont pas toujours fait honneur. Mais ces déboires et ces échecs ont été trop peu nombreux pour condamner le système de l'adoption par les familles; l'Association s'en loue hautement. Elle cherche à présent le moyen de prolonger son action sur les patronnés jusqu'à leur majorité, et elle ne désespère pas d'y réussir. Malgré les imperfections et les insuffisances de son œuvre, elle peut se rendre le témoignage d'avoir déjà fait, sinon de grandes choses, du moins beaucoup de bien. Les résultats de son activité ne sont pas matériellement visibles, et sans doute aussi on ne les découvrirait pas tout entiers en interrogeant le cœur des 1,500 orphelins secourus, et dont beaucoup

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n'ont pas eu la fidélité de la reconnaissance; les résultats, Dieu seul les connaît. Nous en savons assez, néanmoins, pour affirmer que cette oeuvre de charité atteste la vitalité des Églises du Pays de Montbéliard.

Gédéon Jaulmes fils.

ORPHELINATS DE FILLES

AVALLON (Charente-Inférieure) — ASILE EMILIE

L'Asile Emilie a été fondé, en 1854, à la suite de circonstances particulièrement douloureuses qui méritent d'être brièvement rapportées, par une femme distinguée, de beaucoup de cœur et d'une grande piété, Mmo Bouyer, née Charron, originaire de Marennes, dans la Charente- Inférieure.

Emilie était son unique enfant. D'une santé délicate qui réclamait tous ses soins, cette fille lui fut ravie à l'âge de seize ans.

Elle la quitta lui montrant le ciel et répondant à ses paroles désolées : « Que ferai-je sans toi, ma fille? — Tu t'occuperas des pauvres. » Mais absorbée dans sa douleur, devenue presque indifférente à la sollicitude de ceux qui l'entouraient, la mère en deuil oubliait parfois ses pauvres et ne voulait pas être consolée parce que son enfant n'était plus. Peu après elle perdait subitement son mari.

Sous le coup de ce double deuil, M"10 Bouyer résolut de se créer une famille nouvelle parmi les enfants déshérités, et fonda l'œuvre à laquelle elle voulut attacher le nom de sa fille.

Telles sont les origines touchantes de l'Asile Emilie et l'explication du nom

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