‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 173 sur 326 · C. Rabaud · texte numérisé non relu

C. Rabaud

ALGÉRIE — ORPHELINAT PROTESTANT DE DÉLY-IRRAHIM

L'Orphelinat protestant de l'Algérie fut fondé, à Alger, par le Consistoire protestant en 1844. Pendant cinq années, l'œuvre n'eut pas même un local à elle : les orphelins furent disséminés dans quelques familles. Mais, leur nombre

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augmentant avec la population même de la colonie, ils furent placés dans une maison domaniale, située dans le vieil Alger (rue Kegnard, 20), et mise à la disposition du Consistoire par l'Administration.

Une décision du ministre de la guerre, en date du 4 février 1852, autorisa l'affectation à l'Orphelinat des garçons de l'ancien camp de Dély-Ibrahim, qui se coin posait de quelques baraquements élevés pendant la période de la complète pour servir de logement aux troupes.

Une décision du gouverneur général, en date du 1er mars 1855, autorisa l'affectation à l'Orphelinat des filles, d'une vieille maison mauresque, ancienne résidence du dey d'Alger, située à proximité de l'ancien camp de Dély-Ibrahim, et qui avait servi successivement de pavillon des officiers pendant la période de la conquête, et de casernement à la brigade de gendarmerie de Dély- Ibrahim. D'où le nom de « Gendarmerie » qui lui est resté.

Enfin, une décision du ministre de la guerre, en date du 3 novembre 1856, prescrivit l'acquisition par l'Etat, et la cession provisoire à l'Orphelinat des garçons, d'un immeuble d'environ 150 hectares, connu sous le nom de « Ferme Mazères », et situé à proximité du camp de Dély-Ibrahim. Cette cession permit à l'Orphelinat de prendre le caractère d'une Ecole élémentaire d'agriculture, qu'il a conservé jusqu'à ce jour.

Un décret présidentiel, en date du 19 avril 1879, a reconnu l'Orphelinat de Dély-Ibrahim comme établissement d'utilité publique et lui a donné une existence autonome, indépendante de la tutelle que le Consistoire protestant d'Alger avait, jusqu'à cette date, exercée sur son administration.

Un second décret présidentiel, en date du 4 janvier 1883, a accordé à l'Orphelinat, devenu personne civile, la concession définitive des immeubles dont il n'avait eu jusqu'alors que la jouissance à titre provisoire.

Depuis 1882, l'Orphelinat agricole de Dély-Ibrahim est subventionné par le ministre de l'agriculture, d'après les propositions de l'inspecteur de l'agriculture en Algérie, qui a bien voulu, à plusieurs reprises, exprimer sa satisfaction pour les services rendus par l'établissement comme pépinière d'ouvriers agricoles et de domestiques de ferme.

D'importantes améliorations en constructions, défrichements, plantations de vignes et d'essences forestières, etc., ont été réalisées par l'Orphelinat sur l'immeuble qui lui a été concédé. Il a obtenu les récompenses suivantes, pour ses produits agricoles, aux Expositions de : Vienne, 1873, médaille de bronze; Alger, 1870, médaille de bronze; Amsterdam, 1883, médaille de bronze; Blida,

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1884, médaille d'argent; Constantine, 1885, médaille de bronze; Paris, 1889, mention honorable; Tours, 1892, médaille de vermeil; Tours, 1892, médaille de bronze; Mostaganem, 1892, médaille d'argent; Douera, 1892, médaille d'or.

Les trois départements de l'Algérie entretiennent à l'Orphelinat de Dély- Ibrahim des enfants assistés appartenant au culte protestant.

L'Orphelinat de Dély-Ibrahim joue un rôle important en Algérie au point de vue de la protection et de la conservation du protestantisme dans la Colonie. Il ne se borne pas à recueillir les enfants indigents appartenant au protestantisme : il ouvre aussi ses portes, pour le temps de leur instruction religieuse préparatoire à la première communion, aux enfants de nos coreligionnaires disséminés et trop éloignés de la résidence d'un pasteur.

Au Ier novembre 1892, l'Orphelinat abritait 33 orphelins et 24 orphelines.

Ch. MoXOD, Président, pasteur à Alger.

LEMÉ — ASILE ÉVANGÉLIQUE

Dans le courant de l'année 1839, on amena au pasteur Charles Cailliatte, qui desservait l'Eglise d'Arras, deux pauvres enfants orphelins; il n'hésita pas, les reçut d'abord dans sa propre demeure, puis les plaça dans une famille de cultivateurs à Achicourt, aux portes de la ville qu'il habitait, et surveilla leur éducation. Mais lorsque dans le nord de la France protestante fut connue la touchante conduite de ce pasteur au cœur si généreux, il reçut la nouvelle de l'envoi d'autres orphelins. Telles furent les touchantes origines de l'Asile évangélique qui, créé à Achicourt en 1839, fut transféré, grâce à l'énergie et au dévouement de son fondateur, en 1849, à Lemé. Il en avait pris la direction comme il en avait assumé toutes les charges; mais en 1855, M. Cailliatte comprenant les services toujours plus grands que l'Asile était appelé à rendre aux Eglises du Nord, voulut que de si graves intérêts fussent placés entre les mains d'un Comité dont M. F. Walbaum fut le président et M. A. Seydoux le trésorier. Il assurait ainsi l'avenir d'une œuvre à laquelle il avait donné les plus belles années de sa vie et à laquelle il s'intéressa jusqu'à sa dernière heure.

Le nombre des enfants recueillis est toujours allé grandissant, et ils viennent de toutes les parties de la France, quelques-uns même de l'Étranger, mais le plus grand nombre appartient aux départements de la Seine, de l'Aisne, du Nord, de la Seine-Inférieure, de la Marne et du Pas-de-Calais.

Ce n'est qu'en 1880 que l'Asile fut reconnu par l'État comme établissement

d'utilité publique. Depuis cette époque l'œuvre s'est de plus en plus affermie et développée. L'Asile a pu acquérir quelques hectares de bonnes terres et la culture est devenue, en dehors des heures de classe, l'occupation des jeunes garçons. Nous lisons dans le rapport de l'exercice 1890, présenté par M. le pasteur Quiévreux : « Depuis sa fondation notre Asile a reçu environ 1,450 orphelins ou cillants abandonnés. Nous sommes en correspondance avec un certain nombre de

ceux qui nous ont quittés; tous ont fait honorablement leur chemin.

Actuellement, 9 sont dans T instruction, un est pasteur, quelques-uns sont placés dans diverses administrations. Depuis 1878 nous avons présenté des élèves aux examens du certificat d'études primaires, et à ce jour nous avons obtenu 178 diplômes. »

L'état sanitaire est toujours excellent et bien des années se passent sans qu'il y ait à enregistrer aucune dépense de médecin ou de pharmacien, fait particulièrement remarquable dans un établissement renfermant annuellement 100 à 110 enfants dont les parents sont la plupart morts jeunes. On doit surtout ce résultat, pendant ces dernières années, au directeur actuel, M. Brouillard, dont l'autorité est à la fois sage, douce et ferme.

Les dépenses du dernier exercice se sont élevées à 33,374 fr., couvertes par un chiffre de recettes de 33,970 fr. Le secrétaire du Comité est M. Quiévreux.

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