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LAZARET DE CETTE

Appelé au mois de juillet 1862 à desservir l'Église réformée de Celle, le pasteur actuel, arrivé en pleine saison de bains de mer, fut frappé des misères particulièrement douloureuses qui, dès l'abord, s'imposèrent à son ministère. De pauvres et malheureux protestants, venus des montagnes du Tarn ou des Cévennes et de tous les départements de la région, s'entassaient dans de misérables logements où ils payaient très cher le droit de dormir et de préparer une nourriture toujours insuffisante et souvent contraire au traitement qu'ils venaienl suivre. Le premier mois de son arrivée il eut à constater de la sorte la mort de plusieurs enfants et de deux adultes, victimes de cette mauvaise installation.

A dater de ce moment, sa pensée constante fut de trouver pour ses frères indigents un asile où il pût les recueillir lui-même et leur offrir une hospitalité moins coûteuse et dans des conditions d'hygiène et de salubrité meilleures. Après s'être livré à de nombreuses recherches et s'être entouré d'un Comilé, il obtint du ministre de la guerre la concession de quelques-uns des baraquements de l'hôpital provisoire dit « du Lazaret », construit pour les troupes revenant de Crimée, et, avec les quelques fonds qu'il put recueillir autour de lui, il y jeta les bases de l'œuvre actuelle.

Cette œuvre, dont les débuts, le 1er juillet 1865, furent des plus modestes, subsista dans ces conditions jusqu'en 1871, où elle fut transformée en une ambulance qui rendit de réels services à cette administration de la guerre à laquelle elle devait en partie son existence. A la suite d'une épidémie cholérique, qui sévit cruellement à Cette pendant la saison d'été de 1885, l'administration de l'hôpital réclama du gouvernement la cession du Lazaret, dont l'œuvre eût été complètement dépossédée sans la bienveillante impartialité de M. le général commandant le corps d'armée qui lui conserva la plus grande partie des locaux dont elle disposait et où elle recevait déjà près de 400 indigents. Le Comité n'en était pas moins convaincu qu'il finirait par être dépossédé d'un moment à l'autre, d'autant plus que l'administration de l'hôpital s'installait à côté d'une manière définitive et, sous prétexte d'ambulance en temps d'épidémie, constituait tout simplement un établissement sanitaire.

A la suite d'un appel pressant qu'il adressa à ses coreligionnaires de la région et de Genève, dont le Bureau de bienfaisance lui envoyait depuis 1882 un convoi considérable de ses enfants assistés, le Comité « du Lazaret » se constitua en Société anonyme civile et provoqua une émission d'actions à 200 fr. pour créer à côté de l'établissement primitif et dans une situation tout aussi favorable que celle de l'ancien Lazaret un nouvel établissement qui deviendrait

ŒUVRES DE CIIAIUTK

sa propriété et offrirait toute sécurité pour l'avenir à la nombreuse population de malades cl de déshérités qui venait annuellement faire appel à son hospitalité.

Le nouvel établissement, commencé avec un capital d'actions et d'obligations de 110,000 fr., est loin encore d'être suffisant, mais tout fait espérer que d'ici à peu d'années, en ajoutant deux ou trois pavillons à ceux déjà construits sur la falaise, il pourra abriter toutes les misères qui ont pris l'habitude de compter sur lui, cl, muni de tout le confortable qui lui manquait dans l'ancien Lazaret militaire, pourra rester ouvert toute l'année.

L'établissement possède actuellement 300 lits répartis dans 23 chambres et 7 dortoirs. Provisoirement il s'ouvre chaque année du 2.") juin au 31 août, avec trois saisons de 21 jours chacune, ce qui lui permet de recevoir S00 à 900 personnes, au prix de I fr. 25 c. par personne et par jour payé par elles, et autant (pie possible par leur Église, quand elles sont indigentes. 11 offre aussi ses chambres, très simples, plus particulièrement aux familles de pasteurs, d'instituteurs ou de condition modeste, à des prix aussi modérés que possible.

Il a débuté en 1865 avec 30 lits et 79 baigneurs et une première mise de fonds de 7,000 fr. provenant de dons extraordinaires, avec laquelle il a dû pourvoir à sa modeste installation. En 1802, la saison la plus récente, il a reçu 813 personnes, avec un budget de 19,842 fr. 85 c., fourni en grande partie par les baigneurs payants, leurs Eglises et par 4,000 fr. de collectes annuelles.

L'œuvre a reçu de la sorte, depuis sa fondation, soit en pensions, soit en collectes, 268,067 fr. 30 c, sans compter les 110,000 fr. de la nouvelle installation, et elle a dépensé 241,640 fr. 70 c. pour la marche annuelle de ses services: le surplus a été employé en achat et en augmentation de matériel de literie et d'exploitation.

Sur les 12,000 baigneurs que l'établissement a déjà abrités et dont la plus grande partie se compose d'enfants rachitiques et scrofuleux ou d'enfants à la santé compromise, il n'y a jamais eu au Lazaret (pie deux décès, tandis que 90 "/„ des baigneurs ont retrouvé complètement, ou à peu près complètement, la santé; aussi, à mesure que les résultats ont été connus et appréciés, les demandes d'admission ont-elles afflué, et si, dès le début, elle ne provenaient guère (pie des malades de la région, elles affluent aujourd'hui de toutes les contrées du midi, du centre de la France et de la Suisse. La plupart de nos orphelinats protestants figurent chaque année au nombre de ses baigneurs et le Comité a le sentiment bien doux d'avoir pu rendre la force et la santé, et avec elles la

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