PARIS — ŒUVRE DES TROIS-SEMAINES
Enlever, pendant quelques semaines au moins, les enfants de la classe ouvrière de la ville de Paris à leur milieu étroit et malsain, surtout pendant les chaleurs de Tété; remplacer des vacances sur le bitume brûlant de nos trottoirs par un séjour en pleine campagne, au milieu des champs et des bois; donner à ces poitrines délicates un air pur et fortifiant à respirer; à ces enfants, vivant de privations, une nourriture saine et abondante : tel est le but de l'Œuvre des Trois-Semaines.
C'est en 1881 que M. et Mme Lorriaux, s'inspirant de ce qui se faisait en Suisse depuis quatre ans, envoyèrent au vert trois fillettes à Nanteuil-lez-Meaux (Seine-et-Marne); ces trois enfants constituèrent la première Colonie de vacances de notre pays. (Deux ans plus tard, en 1883, la ville de Paris entra dans le mouvement.)
L'Œuvre qui débutait si modestement ne tarda pas à se développer rapidement, encouragée de toutes parts par de nombreuses marques de sympathie effective. En 1883 le nombre de ses colons montait à 64, en 1885 à 112, en 1887 à 200, en 1889 à 319, et enfin en 1892 à 650!
Les ressources de l'Œuvre suivaient la même progression : tandis que son budget, en 1881, était de 200 fr. provenant de trois dons, il dépasse actuellement 20,000 fr. La pension des enfants payée aux logeurs est de 1 fr. 50 c. par jour; le séjour, voyage compris, revient à 40 fr. environ.
Le choix des enfants qui doivent profiter de la campagne est fait, dans tous les quartiers de Paris, par les pasteurs, les diacres, les diaconesses de paroisse, les instituteurs protestants. Des protecteurs particuliers envoient aussi leurs protégés, des parents jouissant de certaines ressources, mais qui ne peuvent eux-mêmes quitter la cité, sont heureux de confier leurs enfants aux Trôis- Semaines, en payant intégralement leur pension. Les enfants sont placés par petits groupes de 2 à 8 dans des familles de campagnards de moralité éprouvée; de plus, hôtes et enfants sont soigneusement surveillés par des amis dévoués.
ŒUVRES DK CHARITE
Les cillants sont réunis chaque semaine pour l'école du dimanche et pour l'école du jeudi, qu'on rend aussi attrayantes que possible par la variété des sujets et le chant de nombreux cantiques.
C'est a Montjavoult (Oise), tout petit village sur les confins de la Normandie, à Nanteuil-lez-Meaux (Seine-et-Marne), gracieusement situé sur les bords de la Marne, et à Saint-Denis-lez-Rebais (Seine-et-Marne), perdu au milieu des prés de la Brie, que sont établis les enfants dans les familles.
Le bien résultant de cette villégiature de trois semaines est surprenant : l'appétit revient comme par enchantement, les membres et les joues se remplissent, les toux opiniâtres disparaissent. Les enfants augmentent en moyenne de I kil. 1/2 à 2 kil., quelques-uns gagnent jusqu'à \ kil. ; mais ce qui ne peut se peser, c'est la somme de joie amassée, pendant les beaux jours d'été, paf ces petits prisonniers échappés, et l'impression bénie que beaucoup en emportent.
La campagne, si salutaire dans la majorité des cas, ne suffit pas toujours : il est des natures si profondément anémiées, des sangs si pauvres et si viciés, qu'il faut pour produire une réaction indispensable, pour arrêter l'œuvre de mort, l'action énergique de la mer; aussi, en 1889, l'Œuvre des Trois-Semaincs fondait-elle une station maritime à Bernières (Calvados), et depuis ce temps, chaque été, les enfants et les jeunes filles à qui les bains de mer sont indispensables trouvent là un intérieur confortable et des soins éclairés.
A mesure que l'Œuvre se développait, un nouveau besoin se faisait sentir : celui d'une maison où l'on put réunir les jeunes filles qu'il était impossible de refuser lorsque docteurs et protecteurs faisaient de leur admission presque une question de vie ou de mort. Le logement chez le paysan, excellent pour les enfants, était insuffisant pour elles à plusieurs égards, ce qu'il est facile de comprendre, et voilà pourquoi l'Œuvre des Trois-Seniaines est devenue propriétaire d'une jolie maison qu'elle a fait bâtir à Montjavoult et qui porte le nom pittoresque de « la Clé des Champs ». Depuis deux étés déjà, la « Clé des Champs » reçoit des pensionnaires; une mère de famille intelligente et pieuse sert de directrice; une cuisinière s'occupe de la cuisine; les jeune filles aident a tour de rôle dans le ménage.
La maison sert en même temps de maison type; elle est un modèle pour les paysans qui reçoivent des colons, au point de vue des soins à donner aux enfants et du régime (le lait pur et délicieux y tient une grande place), elle est la maison mère où l'on trouve aide et secours dans les petits accidents, un bon