‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 229 sur 326 · JULES BO.NN'ET · texte numérisé non relu

JULES BO.NN'ET

HISTOIRE DU PROTESTANT! S M E

Listes des forçats pour la foi; que M. Camille Rabaud, le futur chroniqueur du Protestantisme dans l'Albigeois et le Lauraguais, racontait le Procès de Sirven, que M. Vaurigaud accumulait les matériaux do son Histoire des Eglises réformées de Bretagne, et M. Arnaud ceux des monographies provinciales qu'il a retracées depuis. Pour encourager ces études, le Comité, par sa circulaire du 15 décembre 1866, ouvrit des Concours, laissant pour la première fois toute latitude pour le choix des sujets à traiter: biographies, histoires d'Eglises, épisodes importants, à condition que les œuvres fussent originales et puisées aux sources. Le prix de 1,000 fr. fut partagé ex sequo, sur onze mémoires envoyés, entre M. Adolphe Michel, à Paris, Louvois et la Révocation, et M. Jules Chavannes, à Vevey, les Réfugiés dans le pays de Vaud. En 1870, M. Edm. Hugues présentait sur le sujet proposé {Antoine Court et la Restauration du Protestantisme en France) un mémoire récompensé par la Société et qui est devenu le bel ouvrage couronné par l'Académie française. D'autres médailles furent décernées en 1877 (1), 1880 (2), et 1883 (3).

Mais suffisait-il de favoriser ainsi le mouvement scientifique réformé ? Etait-ce à une élite forcément restreinte qu'il fallait réserver les grands souvenirs du passé? Le Comité sentit qu'un devoir encore s'imposait à lui : réunir le peuple protestant tout entier autour des fortifiants enseignements de son histoire. Le 10 avril 1866 il proposait aux pasteurs et anciens de nos Eglises d'instituer une « Fête annuelle de la Réformation ». Son vœu fut entendu. La première commémoration produisit des fruits abondants d'édification et de charité. L'année suivante l'impulsion était donnée : « Le but est trop beau, écrivait-on, l'élan trop prononcé, pour que nous nous arrêtions. » Aujourd'hui la Fête de la. Réformation est entrée dans les traditions de nos Eglises. Préparée par l'envoi gratuit à tous les pasteurs du Bulletin exceptionnel du 15 octobre, célébrée d'ordinaire le premier dimanche de novembre, parfois — dans les Cévennes, par exemple — avec une telle affluence de fidèles que le service doit se tenir en plein air, comme aux jours du Désert, elle a répondu pleinement, par la grâce de Dieu, aux espérances que nous en avions conçues et justifierait à elle seule déjà le vote unanime du Synode général de 1872, témoignant « sa vive sympathie à la Société de l'Histoire du protestantisme français pour l'œuvre filiale qu'elle

(1) Ouvrages couronnés : Arnaud, Histoire des Protestants du Dauphiné : Berthault, Thèses de doctorat sur Saurin et sur Mathurin Cordier: Bo.n.nefon. Biographie de Duplan.

(2) Réaume, Agrippa d'Aubigné considéré comme historien.

(3) Arnaud, Histoire des Protestants de Provence: Benoit, Marie Durand ; Chenot : Introduction de la Réforme à Héricourt.

S 0 C I É T É S O INS T RUCTIO N

poursuit et qui lui donne de si justes titres à la reconnaissance des Églises de notre patrie ».

Les Assemblées générales annuelles prenaient aussi à Paris une importance nouvelle. A partir de 1879, sur l'incitation de M. Douen, qui venait de publier son Clément Marot et le Psautier huguenot, on y introduisit le chant des psaumes d'après les harmonies anciennes, tels que les chantaient au xvi'' siècle les martyrs, les promeneurs du Pré-aux-Clercs, ou les combattants avant la bataille, essai de restitution musicale et huguenote qui a rendu plus sensible la pénétrante beauté de l'œuvre de Marot, de Bourgeois et de Goudimel. Bientôt le Comité eut à cœur de faire participer à ses assises solennelles ses amis et collaborateurs des départements. Les réunions historiques du Gard, en 1883, les deux séances dans les temples de Nimes, le pèlerinage à Aigues-Mortes et à la sombre tour de Constance ont laissé d'ineffaçables souvenirs à tous ceux qui eurent le privilège d'y assister. On s'était réuni au Mas Soubeyran, au lieu de naissance d'un héros camisard, « la maison de Roland », qu'une souscription lancée par le président et le secrétaire avait sauvée d'une destruction imminente et rendue propriété de la Société. Ouvrant la vieille Bible qu'on y conserve encore, le pasteur Viguié répétait l'exhortation de l'Apôtre : « O peuple! n'oublie pas ce que tes yeux ont vu, » à la foule qui le soir allait remplir le vaste temple d'Anduze et entendre M. Bersier parler de l'amiral de Coligny.

Entré l'année précédente, en même temps que M. Viguié, dans les rangs du Comité, M. Bersier lui avait demandé aussitôt son hospitalité et son concours pour un projet conçu avec une véritable passion : faire dresser en plein Paris la statue du grand patriote si longtemps méconnu. II réussissait à grouper un noyau de bonnes volontés, catholiques et protestantes, désireuses « d'honorer la France elle-même dans l'un de ses plus nobles fils », et allait plaider avec une infatigable ardeur la cause du monument de Coligny (I) de ville en ville et jusqu'au delà des frontières, où il faisait appel aux descendants des proscrits pour la foi. Il s'agissait de réunir au moins 100,000 fr. Cette mission souvent pénible dura neuf ans. La Société aida de tout son pouvoir une œuvre dont l'initiative ne venait pas d'elle, mais qui répondait à ses meilleures aspirations et semblait une conséquence de son action persévérante. Elle en avait parlé dès 1878. M. Bonnet en devint le secrétaire; la magistrale biographie de

(1) Nous devons à l'obligeance de M. Jouvet, l'éminent éditeur du Magasin pittoresque, de pouvoir reproduire la belle gravure du monument de Coligny.

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