‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 230 sur 326 · HISTOIRE DU · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU

l'amiral, entreprise par le comte J. Delaborde, notre vice-président, en avait préparé l'exécution.

Deux Comités de plus s'étaient constitués sous les auspices de la Société : l'un pour la continuation de la France protestante (voir la notice spéciale ci-après), l'autre formé sur la proposition de l'éditeur G. Fischbachcr pour la réimpression des Classiques du Protestantisme. Le premier ouvrage choisi était depuis longtemps presque introuvable et réclamé par tous ceux qui s'occupent de la Réforme, Y Histoire ecclésiastique, de Théodore de Bèze : collationnée et annotée depuis vingt ans par M. Baum, revisée et complétée par MM. Cunitz et Reuss, revue par M. Bonnet, commissaire responsable, cette publication, qui a nécessité dix années de travaux, restera le plus beau produit de la science et de la librairie protestantes françaises du xixe siècle.

Les livres protestaxts. — L'implacable persécution ne s'est pas, en effet, attaquée seulement aux hommes; étouffant leur voix, elle poursuivit systématiquement les produits de leur pensée, l'expression de leur foi, lacérant et brûlant leurs écrits. Le livre huguenot est devenu en France une rareté; notre littérature si abondante, si variée, est à peine représentée aujourd'hui dans les grandes bibliothèques publiques et dans quelques collections particulières et fermées. Dans les nombreuses familles devenues catholiques on a plutôt détruit ros reliques des ancêtres « hérétiques ». Où aurait-on pu, d'ailleurs, à travers tant de révolutions successives, les recueillir et nous les conserver? De là une seconde branche d'activité pour notre Société, et non la moins féconde; réunir et mettre à la disposition des générations actuelles et futures tout ce qui a trait à l'histoire du Protestantisme français — livres anciens et nouveaux d'histoire, de sermons et de controverses, la critique aussi bien que l'éloge, manuscrits entiers ou simples feuilles volantes, gravures, médailles — en un mot, créer à la fois le dépôt des archives et le sanctuaire d'études ouvert à tous. Des pierres d'attente avaient été posées le jour où l'amiral Baudin se dessaisissait en faveur de la Société naissante d'un fragment du registre d ecrou des galères de Marseille où sont enregistrés 23 forçats pour cause « d'assemblées religieuses », et celui où M. Bouverie Pusey, de Londres, nous avait adressé sept volumes de pièces originales provenant du fils du célèbre jurisconsulte Hotman. Au lendemain de sa réorganisation le Comité se mit à l'œuvre. « Nous voulons fonder une Bibliothèque (disait M. Guizot à l'Assemblée de 1886) où ceux qui désirent connaître ou retracer notre passé puissent trouver les aliments de leur curiosité pieuse ou les éléments de notre histoire. Elle esta peine commencée.

S OC I É T É S D ' I N S rP IUJ C TIO N

niais avec du temps, avec du zèle, avec voire concours elle doit prospérer. » Elle ne comptait pas alors deux cents volumes : avec une rapidité qui en a souvenl étonné les créateurs, elle allait devenir une des institutions fondamentales du protestantisme français.

La première réponse à la circulaire du II juillet I <S(>7 lut le don par M. le pasteur Th. Monod, au nom du Presbytère de l'Eglise évangélique, de la collection des journaux et rapports rassemblés par feu M. le pasteur Frédéric Monod, avec la condition de veiller à ce qu'elle fût complétée et continuée. En 1868, d'anciens catéchumènes de feu M. Goquerel père offraient, « comme fonds inaliénable, en signe de leur respectueuse reconnaissance », les volumes rassemblés par lui. En deux ans le nombre des livres s'était élevé à 7,000 : un modeste cabinet de travail et (Unix petites chambres, place Vendôme, 21, furent ouverts au public une fois par semaine à partir du 5 février 1 8(i9 . La Bibliothèque entrait en relations avec ses aînées et recevait de celles d'Amérique, d'Allemagne, de Hollande de cordiales félicitations. Fermée pendant l'année terrible, elle demeura intacte, bien qu'un éclat d'obus pénétrant à l'intérieur, fût venu écorner le cadre d'un de ses tableaux portant l'inscription : « En la crainte de l'Eternel est une ferme assurance. » L'accroissement de ses richesses obligeait à les transporter, en 1874, dans un local plus vaste (16, place Vendôme), et à doubler les jours de lecture (1).

Deux ans plus tard la mort de M. le pasteur Ath. Coquerel fils plaçait sur nos rayons, avec une partie des papiers Ferry, les manuscrits Rabaut, qui, des mains de Rabaut-Pommier avaient passé successivement entre celles de M. Ch. Coquerel et de son neveu, notre regretté collègue, un des plus ardents promoteurs de la Bibliothèque. Ces 56 volumes renferment 4,500 pièces, classées et analysées par un des membres du Comité, M. William Martin, et sont d'une importance majeure1 pour l'époque du Désert. Chaque année, d'ailleurs, apporte son précieux contingent : en 1877, c'est la collection Montandon et un beau portrait ancien de Coligny ; en 1878, des plaquettes achetées en Hollande; en 1879, M. Charles Read offre

(1) Principaux dons delà première période : Collection Baynes de Londres sur le Refuge; éditions originales de Calvin, présents du pasteur Maulvault ; collection Scheler, 10,000 rapports d'oeuvres religieuses; collection Sclierer (Ô'JO volumes de théologie); les Calendars of State Papas, de la par) «lu gouvernement britannique; le manuscrit original des Synodes du Désert dans le Haut-Languedoc . avec la signature de Rochctte, ledernier martyr, don de M. Durand-Dassier ; Traités et Moralités (en caractères gothiques) dont un encore inconnu, don de M. le pasteur Valette de Jussy; la collection réunie sur Port- Royal par Sainte-Beuve; les bibliothèques Martin-Paschoud et Eug. Lombard; les médailles cl livres de M. F. -A. Labouchère légués par lui avec son dernier tableau, Jeanne d'Àlbret et Henri IV au siège de La Rochelle: les Arles <•! Procès-verbaux des Synodes wallons, oll'erls par M. le pasteur Mounier, d'Amsterdam.

Page 1