‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 231 sur 326 · P ROT E S TA N T I S M E · texte numérisé non relu

P ROT E S TA N T I S M E

la Bible vénérable où Duplessis-Mornay inscrivait les naissances et les deuils de famille; en 1880, c'est un Recueil des Synodes du Désert; en 1882, le président achète en Angleterre les 1,117 pièces (les papiers Duplessis-Mornay, complétées plus tard par les actes originaux des Assemblées de Saumur, de Loudun et de Chàtellcrault. Il obtenait en même temps, des représentants des Églises wallonnes des Pays-Bas, la cession de tous les documents conservés dans leurs archives qui provenaient d'Eglises françaises d'avant la Révocation. En 1884 , les autographes de M. Labouchcre nous étaient légués par sa veuve, et Mmo Houel, grâce à l'intervention de M. N. Weiss, faisait don du manuscrit original du Journal de Jean Migault, le confesseur poitevin (1).

La date de 1885, qui ramenait avec elle les plus émouvants souvenirs, a marqué d'incidents mémorables une nouvelle étape dans les annales de la Société. M. Jules Bonnet étant forcé de quitter Paris pour cause de santé, le Comité offrit la direction du Bulletin à M. le pasteur N. Weiss, qui présidait depuis 1880 aux séances de lecture de la Bibliothèque. En acceptant ce double fardeau, M. Weiss se promit d'enrichir notre recueil de richesses documentaires de premier ordre, et, tout en éclairant les origines de la Réforme, sur lesquelles ses trouvailles ont été singulièrement heureuses, de ne laisser passer aucun des anniversaires des dernières années du siècle sans l'élucider par des témoignages inédits et irrécusables. En 1885 tout gravite autour de la Révocation; chaque livraison renferme, avec les Ephêmé rides de M. Frank Puaux, quelques pièces sur l'année douloureuse ; le fac similé du funeste Edit de Louis XIV figure dans le Bulletin-Mémorial adressé à tous les pasteurs de France et du Refuge et qu'on a appelé « une prédication puissante, une semence féconde qui lèvera dans bien des cœurs ».

Par une circulaire du 3 février, le Comité invitait les Eglises à célébrer en octobre un Service solennel dont il précisait ainsi le caractère : « Point de récriminations ni d'anathèmes, mais des actions de grâces, de sérieux retours, une sincère humiliation... Que le Su/H lacrymse rerum du passé soit pour nous le Sursum corda de l'avenir. » L'appel fut compris et le bicentenaire réunit le peuple protestant dans une commune pensée. Même au delà des frontières des milliers de cœurs se tournèrent vers la France et saluèrent avec attendrissement et gratitude le berceau de leurs ancêtres.

(1) Nous ne saurions oublier de mentionner ici, entre autres bienfaiteurs de la Bibliothèque, M,nc Henri Thuret, depuis la fondation jusqu'à son décès en 1 882. et Mmc la baronne de Neuflize, dont les libéralités n'ont jamais discontinué

SOCIETES D'IXSTKUCTIOX

A Paris, le 22 octobre au soir, le vaste temple de l'Oratoire se trouva beaucoup trop petil pour contenir l'innombrable foule accourue sur l'invitation du Comité, et toute vibrante aux paroles vraiment inspirées des pasteurs Bersier, de Pressensé, Viguié et à la Complainte de l'Eglise affligée (« Notre cœur, (') Dieu, te réclame »), écho des souffrances de nos pères, transformée par. M. le pasteur El. Bost en une de nos plus belles pages de musique religieuse.

Cet anniversaire avait provoqué, en France et à l'étranger, une véritable éclosion de travaux apportant à notre histoire des lumières souvent inattendues (1). Ainsi que l'a dit notre président à la xxxiii9 Assemblée annuelle, « jamais il ne nous avait été donné de constater dans la science protestante un mouvement aussi multiple, aussi fécond ». Le moment n'était-il pas venu pour la Société de le faciliter autant qu'il était en elle, en ouvrant plus largement l'accès aux matériaux imprimés et manuscrits qu'elle avait accumulés depuis près d'un quart de siècle et de substituer enfin, « à un provisoire incertain et défectueux, une installation définitive? » Ce progrès, nous le rattacherons encore à la date de 1885.

Le 29 décembre, le Comité se réunissait pour la première fois dans l'immeuble que lui offrait son président, rue des Saints-Pères, 54, près de l'emplacement où se trouvait un des cimetières des huguenots au xvne siècle, entre l'abbaye Saint-Germain-des-Près, où Lefèvre et Farel passèrent des ténèbres à la lumière, et le Pré-aux-Clercs où retentit le chant des psaumes. La Bibliothèque, ouverte au public les quatre premiers jours de chaque semaine,

(1) Voir la Revue de ces publications [Bulletin de 1886). A citer notamment : Les Plaintes de Claude, rééditées par M. Frank Puaux, pour les Classiques du Protestantisme; le Recueil des Edils, déclarations et arrêts, publié par M. Pilatte; les Actes des Synodes du Désert, imprimés par M. Edm. Hucues ; l'Histoire de la colonie de Berlin, du D1' Muret; Y Histoire du Refuge en Amérique , du Rev Ch. Baird; la Sortie de France de Daniel Brousson. par M. ?S*. Weiss ; la Réforme en Blaisois, par M. Paul de Féi.ice, etc., etc.

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