‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 255 sur 326 · INTÉRIEUR DE LA SALLE BONNE-NOUVELLE · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR DE LA SALLE BONNE-NOUVELLE

prédication de l'Évangile qui retentissait ainsi à tant d'oreilles et fécondait les cœurs les plus arides. Deux ans plus tard nouvel essai. L'Exposition universelle de 1878 allait s'ouvrir; avec le concours du Comité de l'Alliance évangélique, un élégant bâtiment en bois fut élevé sur un terrain vague de la place du Trocadéro, près de l'entrée principale de l'Exposition, et là non pas une réunion par jour, mais souvent trois étaient tenues, l'une succédant à l'autre sans autre interruption que la sortie du premier auditoire et l'entrée du deuxième. Le succès, quant au nombre d'assistants, fut indiscutable. Un petit noyau formé des gens du quartier se maintint pendant quelques années encore, mais la grande majorité devait se disperser par toute la France, emportant nous ne

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savons quel germe destiné à éclore dans la solitude ou à préparer le terrain pour recevoir plus tard des semailles plus abondantes. Le même projet de salles d'évangélisation aux portes mêmes de l'Exposition fut repris également en 1889, mais longtemps avant l'expérience acquise dans certaines séries de conférences données dans des salles de bal — Elysée-Montmartre, salle Rivoli, bal de l'Etoile, etc. — avait décidé M. Mac Ail h ouvrir deux nouvelles salles de réunions hebdomadaires, 404, rue Saint-Honoré (actuellement, 23, rue Royale) et boulevard Bonne-Nouvelle, 10. Dans ces deux locaux la persévérance, la fermeté et l'amour des âmes finirent par remporter la victoire ; la réunion du dimanche après midi à la rue Royale, et celle du mercredi soir au boulevard Bonne-Nouvelle sont parmi les plus remarquables qui aient été fondées. Peu à peu toutes les catégories de travailleurs de la capitale avaient ainsi été abordées et partout on avait constaté une fois de plus que l'Evangile est la « puissance de Dieu à salut pour tous ceux qui croient ».

A côté de ce qui était, dans la pensée de M. Mac Ail, l'œuvre principale, la prédication de l'Evangile aux adultes, venaient se rattacher bon nombre d'œuvres auxiliaires, dont quelques-unes prirent un développement auquel on ne s'attendait pas au début. La première école populaire fut ouverte par M. Mac Ail, lui-même, le 1er février 1872, et grâce à l'initiative d'un de ses aides, chaque salle fut bientôt dotée d'une réunion pour les enfants. Cependant ces réunions étaient plutôt des séances d'appel que de vraies écoles, et leur organisation actuelle ne date que de 1880. Le type n'est pas absolument le même partout, la personnalité du directeur y comptant pour beaucoup. A Paris, ce qui frappe un visiteur c'est l'entrain du chant, la précision de la récitation et la rapidité des réponses. Venant à l'école de leur plein gré, ces enfants entendent ne pas s'y ennuyer : la discipline est parfois un peu difficile à établir, mais le désir d'apprendre est réel, et l'opinion publique sera toujours du côté du bon ordre. Ce n'est pas que ces gamins puissent toujours résister à la tentation de le troubler, cet ordre, mais ils respecteront et au besoin soutiendront celui qui saura le leur imposer. L'enseignement par groupes est préféré partout, les rapports d'affection établis ainsi entre le moniteur et son élève évoquant ce qu'il y a de plus pur et de plus fort dans ces petits cœurs prématurément vieillis, et les meilleurs moniteurs sont ceux qui sortis du même milieu que les enfants ont été initiés à leur tâche par le directeur lui-même. D'une école populaire bien dirigée naîtront nécessairement des Réunions de jeunes gens et de jeunes filles, auxquelles du reste il ne faudrait pas accorder une autonomie

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hâtive. Elle esl le vrai germe qui se développera plus tard en Église missionnaire.

Le premier ouvroir, on réunion de travail et d'édification pour femmes, fut installé dans la salle des Ternes en 187a par quelques daines américaines amies de l'œuvre. L'année suivante on en créa encore deux; et trois autres salles furent mises à la disposition de M""' Dalencourl, qui venait de fonder son œuvre bien connue parmi les femmes de la classe ouvrière. L'ouverture due à l'initia— tive privée, en l'automne de I87U. d'une pension de famille pour les collaboratrices de la Mission, attira à Paris bon nombre de dames chrétiennes qui se mirent avec un dévouement au-dessus de tout éloye à l'évanffélisation des faubourgs. Actuellement, dans 18 des salles de Paris, pour ne parler (pie de la capitale, les « mères de familles » ont leur réunion hebdomadaire, précédée ou suivie quelquefois par la vente de légumes secs ou par la distribution de vêtements confectionnés dans la salle. Le seul désir d'étudier la Parole de Dieu suffit cependant pour alimenter ces réunions sans qu'il y ait d'avantage matériel à en retirer. Des écoles industrielles pour fillettes ont été fondées aussi le jeudi après midi, dans certains quartiers, et sont très appréciées par les parents. Pour celles-là aussi le premier essai a été fait à la salle des Ternes.

L'œuvre des Dispensaires gratuits fut inaugurée également aux Ternes le 2 mai 1881, et le 28 septembre de la même année un deuxième dispensaire s'ouvrit à Grenelle. De beaux résultats avaient été déjà obtenus par ce genre d'évàngélisation à Belleville, dans l'œuvre de Miss de Broen, et on pouvait en attendre de semblables ailleurs. De sérieuses difficultés cependant surgirent : les autorités exigèrent pour le médecin un diplôme français et la présence aux consultations d'un pharmacien dûment qualifié et créèrent en un mot mille

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et un ennuis. La persévérance triompha de tout, et l'utilité de l'institution est maintenant universellement reconnue. Si aux yeux de la municipalité le Dispensaire n'est qu'une œuvre philanthropique rendant aux classes laborieuses des services très appréciés, le personnel de la Mission et les pasteurs établis dans ces quartiers déshérités savent qu'il offre une occasion unique de parler du Sauveur aux âmes fatiguées et chargées.

Les Salles militaires sont de création récente, à Paris du moins, et pour la plupart elles ne relèvent pas directement de la Mission populaire. En effet on ne peut pas prêcher l'Evangile ouvertement dans ces salles, sous peine de les voir consignées par l'autorité supérieure, et cependant l'influence religieuse aussi bien que moralisatrice qu'elles exercent est d'une valeur incalculable. Sans doute il en sera question dans une autre partie de ce « Livre d'Or » ; qu'il suffise ici de dire que M. Mac Ail a toujours été heureux d'encourager ces efforts soit par un petit subside, soit en mettant une de ses salles à la disposition d'un Comité local.

Le succès obtenu à Paris par la Mission populaire attira naturellement l'attention des chrétiens de la province ; et plusieurs profitèrent de la Salle évangélique de l'Exposition de 1878 pour faire connaissance personnelle tant avec l'œuvre et ses méthodes qu'avec son vénérable fondateur. Et qui aurait pu voir ces foules « attentives et jamais lassées » sans être ému? D'un bond l'ardeur missionnaire s'élança jusqu'à l'autre bout de la France, et cédant à Marseille M. Saillens, qu'elle avait si soigneusement formé à sa tache, la Mission populaire s'appauvrissait d'un autre côté pour fonder sous sa direction immédiate l'œuvre d'évangélisation de Lyon. La sympathie locale ne manquait pas. A Marseille M. Saillens, appuyé par les Comités de Mission intérieure et de l'Union chrétienne de jeunes gens, se fait fort de pourvoir à tous les frais de l'œuvre, et continuera à le faire jusqu'en 1882; à Lyon, un jeune pasteur suisse, avec une rare générosité, met tout son temps gratuitement à la disposition de la Mission pour fonder et diriger la nouvelle œuvre, et pasteurs et laïques pieux lui prêtent leur concours comme à Paris. L'organisation est la même que dans la capitale : réunions d'appel, écoles du dimanche et du jeudi, ouvroirs, réunions de chant, etc. A Marseille le succès très remarquable des premiers mois encourage M. Saillens à ouvrir une Salle militaire et bientôt à fonder une -Ecole d'évangélistes, institution transférée maintenant à Montpellier et rattachée à la Société Centrale d'évangélisation. La démonstration était faite; les méthodes inaugurées par M. Mac Ail convenaient à n'importe quel milieu popula;re et

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donnaient de bons résultats même en dehors du rayon de son influence personnelle; sous sa direction, ses lieutenants avaient acquis quelque chose de son ardeur et de sa ténacité. De tous côtés des demandes affluèrent, et à la fin de 1881, trois ans après l'Exposition, nous trouvons des réunions populaires, dirigées par un agent relevant directement de Paris, installées à Lyon, à Bordeaux, à Boulogne-sur-Mer, à La Rochelle et Rochefort, à Roubaix, à Saint-

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Etienne, à Saintes et Cognac, à Montauban et Toulouse. Il ne restait qu'un pas à faire et l'avenir de l'œuvre comme moyen d'évangélisation était assuré. M. Mac AU avait montré le chemin, il avait payé de sa personne; il parlait dans les diverses réunions, il surveillait tout lui-même. Bientôt ses collaborateurs suivaient son exemple, et essayant de marcher seuls reconnurent que l'expérience acquise à Paris leur permettait de reproduire en province l'œuvre mère de la capitale. D'ailleurs ce hardi pionnier va former école, et des pasteurs et des évangélistes qui ne lui ont jamais serré la main, qui n'ont peut-être jamais

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assisté à aucune de ses réunions, vont entreprendre sous leur propre responsabilité une œuvre analogue et ne demanderont à l'administration centrale qu'un subside plus ou moins important, le loyer d'une salle, le traitement d'un évangéliste, les frais de voyage occasionnés par le déplacement de l'ouvrier, etc. Les premiers essais de ce genre à Clermont-Ferrand et à Alençon furent inaugurés un peu timidement et avec le concours d'un délégué de Paris, mais ils se multiplièrent rapidement, et sur les 57 localités énumérées dans le rapport de 1892 comme possédant chacune au moins une salle de réunions populaires, 30 sont sous la surveillance directe d'un pasteur ou d'un évangéliste indépendant de la Mission. Resteront toujours les grands centres de population, et quelques endroits, comme Nice, exceptionnellement situés au point de vue de l'intérêt qu'y portent les étrangers; ceux-là sont desservis par des agents spéciaux relevant directement du Comité central et salariés par lui. A la grande réunion tenue à l'Oratoire, le 18 janvier 1892, à l'occasion du vingtième anniversaire de la

fondation de la Mission, M. le pasteur Recolin annonça qu'il y avait actuellement 136 salles ouvertes, réparties dans 37 départements (y compris celui de la Seine) sur les 87 de la France et de l'Algérie, et que l'on en comptait dans Paris seul et sa banlieue 43, dont plusieurs pouvant contenir plus de 300 personnes.

Mais pendant que de nouveaux centres d'évangélisation se créaient ainsi de tous côtés, que faisait-on dans les anciennes salles; l'œuvre gagnait-elle en profondeur? Ici il importe de signaler la différence très marquée qui distingue l'auditoire d'une salle populaire située dans une petite rue d'un quartier excentrique de celui d'une salle placée sur une des grandes artères. Dans cette dernière on verra continuellement de nouvelles figures de passants qui ont été

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attirés pour la première fois par le distributeur de bulletins, et les allocutions, pourvu qu'elles soient sensées et ferventes, peuvent sans inconvénient revenir sans cesse sur les mêmes grandes vérités. Une instruction suivie est peu nécessaire, pour la simple raison que l'auditoire se renouvelle si souvent. Dans les quartiers excentriques, au contraire, une fois le premier mouvement de curiosité passé, chacun prend son parti, et à de rares exceptions près il n'y a guère de nouveaux venus que ceux qui sont amenés par un parent ou un voisin. Tôt ou tard donc quelqu'un, évangéliste, lectrice de La Bible, directeur d'école, sera forcé d'y exercer une influence pastorale et de chercher à édifier les convertis et à les rattacher à quelque centre de vie. Dans les débuts de la .Mission on se figurait que les personnes sérieuses, devenues habituées des salles, iraient tout naturellement se joindre à l'Eglise évangélique la plus voisine de leur demeure : mais ce ne fut que le petit nombre qui prit ainsi le chemin du temple; les autres trouvaient le local trop éloigné, l'heure peu commode, le culte monotone et froid; bref ils restèrent chez eux. Préoccupé de cet état de choses, M. Mac Ail songea de bonne heure à grouper les convertis de chaque salle autour d'un pasteur en leur faisant distribuer par celui-ci dans la salle même la sainte Gène; mais le corps pastoral de Paris, consulté à cet effet, n'admit pas celte solution. On réunit alors en 1881 en Sociétés fraternelles les habitués les plus sérieux des diverses salles avec réunions spéciales pour l'étude systématique de la Bible et la prière, sous la présidence d'une personne compétente s'occupant déjà de l'évangélisation de la salle. Là où la Société fraternelle était présidée par le pasteur d'une Église voisine, elle servit de lien entre la salle et l'Eglise; mais là où aucun lieu de culte ne se trouvait à proximité, la Société devint caduque, ou revêtit le caractère d'une réunion de « Frères ». Il devint évident à tous qu'il fallait faire un pas de plus, et dans le rapport publié au commencement de 1889, M. Mac Ail annonça qu'une base d'action avait été adoptée et avait réuni les suffrages de tous les pasteurs évangéliques de Paris. La nouvelle organisation était double. Les pasteurs qui avaient dans le ressort de leur paroisse une salle populaire avantageusement située étaient invités à la regarder comme une annexe de leur Eglise, et à y célébrer un culte et telles autres cérémonies religieuses qu'ils jugeraient bon. Dans le cas fort rare où plus d'un pasteur pourrait utiliser une même salle, on s'entendrait d'avance pour savoir qui y exercerait une influence pastorale et qui se bornerait à la simple prédication de l'Evangile. Mais dans les quartiers où le pasteur déjà surchargé ne pourrait pas s'occuper de la salle, ou que, pour une raison

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quelconque, il y aurait avantage à constituer un nouveau troupeau, la Mission admit la possibilité de fonder une Eglise dite « Eglise missionnaire » dans sa salle et à la faire desservir par un de ses agents. Elle exigea seulement que la nouvelle Eglise se rattachât à une des dénominations ecclésiastiques déjà reconnues en France, et qu'aucun débours allèrent au culte ne pesât sur la caisse centrale. Les premières salles où un culte régulier fut établi sont celles du boulevard Bonne-Nouvelle, 10, et celle de la rue du Temple, la première comptant comme annexe de l'Église réformée (paroisse de l'Oratoire), la seconde remplaçant le local de la rue Chariot, où MM. Fisch père et fils avaient si longtemps desservi l'Eglise libre du Centre. Vinrent ensuite une Eglise missionnaire baptiste, fondée dans la rue Saint-Denis, par M. Saillens, avec le concours des baptistes américains; une annexe de l'Eglise luthérienne établie dans la salle de Ménilmontant et desservie par un des pasteurs dé Bon-Secours, et la réunion de Bercy, transformée en annexe de la paroisse de Sainte-Marie de l'Eglise réformée, desservie par un des directeurs de la Mission et dotée, grâce à des dons spéciaux, d'un bâtiment adapté à tous les besoins de l'œuvre. D'autres appropriations encore ont été votées, et le principe est maintenant admis que l'Eglise n'attendra pas que la salle vienne à elle, mais ira en prendre possession sur place. Comme exemple du progrès réalisé par la fondation de ces Eglises, on peut citer le cas de celle de Bercy, où 5 personnes seulement s'inscrivirent comme membres lorsque le culte fut inauguré, et où deux ans et demi plus tard le registre contenait 47 noms.

Ces préoccupations ecclésiastiques cependant n'empêchèrent pas M. Mac Ail de faire encore un nouvel essai pour l'évangélisation de la France, et en

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mars 18l.)2 le bateau missionnaire le Bon-Messager quitta le chantier et fut amarré au quai des Tuileries. Depuis quelques années déjà, M. H. Cook avait fait visiter les stations maritimes de la Mission par l'un ou l'autre de ses bateaux missionnaires, et en 1890 le llevahl-of-Mcrcy avait séjourné pendant sept semaines au pont de la Concorde et attiré de grands auditoires. Le même esprit d'initiative qui avait poussé M. Mac Ail à transformer une boutique en chapelle dont la rue toute entière fut le vestibule lui suggéra l'idée d'une péniche meublée en salle de conférences et transportée par les canaux et les rivières de

village en village, de hameau en hameau. La générosité de deux amis lui permit de réaliser son projet, et le succès du premier voyage dépassa toute attente. On avait choisi la vallée de la Marne, de Meaux à Epernay, et dès la première semaine le succès fut assuré. Ici le curé amena tous ses catéchumènes, là le commissaire de police fit apporter par ses agents deux fauteuils pour lui-même et sa femme, et

ne manqua pas une seule réunion tant que le bateau resta dans sa circonscription ; ailleurs tout un village réclama l'ouverture d une salle permanente : partout « la Parole du Seigneur se répandit et fut glorifiée ». Telle fut l'expérience de la Mission populaire sur la Marne; telle on peut dire a été son expérience par toute la France.

Dans le début de son œuvre M. Mac Ail subvenait personnellement à tous les frais de la mission, et les premiers dons lui vinrent de quelques intimes, de quelques Sociétés d'évangélisation ou de personnes ayant visité les stations. En 1877, sous l'impulsion de feu le pasteur Iloratius Bonar, une association se forma à Edimbourg (Ecosse,) qui se chargea de faire faire une collecte annuelle à domicile par les soins de dames collectrices et d'en transmettre le montant

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