‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 270 sur 326 · PARIS — SOCIÉTÉ PROTESTANTE DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

PARIS — SOCIÉTÉ PROTESTANTE DU TRAVAIL

La question du placement gratuit, grave problème dont la France laborieuse se préoccupe vivement à l'heure présente, avait déjà frappé il y a vingtcinq ans l'attention de quelques hommes actifs et généreux, soucieux de la recherche du bien et désireux d'étudier et de faire avancer les questions pratiques qui intéressent l'avenir et les progrès de l'humanité.

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M. Ferdinand Rossignol eut le premier l'idée de la tâche à entreprendre, il se mit activement à l'œuvre et, entouré de collaborateurs qui avaient facilement compris sa pensée, MM. Paul Coquerel, Ernest Le Grand, Paul Schmidt, Georges Wickham, Perrelet, Edet, Karth, Letrosne, etc., il fonda la Société protestante du travail le 6 mai 18G8.

Cette Société, qui fut la première Société du travail fondée en France, rencontra un accueil sympathique auprès des financiers, des industriels et des commerçants dont elle sollicita et obtint rapidement le concours et l'appui. Le premier président de la Société nouvelle fut M. Jacques Dubochet. Dès le début M. Ferdinand Rossignol présida le Comité et il fut nommé président de la Société après la mort de M. Jacques Dubochet en 1869. Il n'a cessé de mettre au service de l'œuvre qui lui était chère son activité et son expérience jusqu'à la fin de sa vie si bien remplie, qui s'est terminée le 10 septembre 1889. La prodigieuse activité de M. Ferdinand Rossignol ne s'est pas ralentie un seul jour; soutenu par une volonté inébranlable il répondit à un ami qui, voyant sa santé s'altérer, lui conseillait de prendre quelque repos : « Mon cher ami, il ne faut s'arrêter que pour mourir. »

La Société protestante du travail a pour but de servir d'intermédiaire entre les industriels et les commerçants qui ont besoin de comptables, employés, correspondants, caissiers, gérants, institutrices, demoiselles et garçons de magasin, ouvriers, etc., et les personnes qui cherchent un emploi ou du travail.

L'action de la Société est fraternelle et gratuite; dès l'origine elle a été ouverte à tous, sans distinction de nationalité et de culte, quoique les membres composant le Comité soient tous protestants (article 4 des statuts). Ses efforts tendent particulièrement à procurer aux patrons un personnel honorable et laborieux. Pour atteindre ce résultat, le Comité exige de tous les candidats la justification d'une bonne conduite depuis leur entrée dans la carrière du travail. Tous ceux qui se présentent sont inscrits sur les registres, mais ils ne sont admis que quand les renseignements recueillis sur leur compte sont favorables, et c'est seulement après leur admission que les emplois vacants dont la Société a connaissance sont indiqués aux candidats.

Les renseignements recherchés auprès des patrons sur chacun des» travailleurs, avant leur inscription sur les livres de la Société, portent tout à la fois sur la probité, la conduite et les aptitudes.

Le Comité s'efforce de poursuivre un double but : procurer un bon employé

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à La personne qui offre un emploi et indiquer une bonne plaee au candidat qui cherche du travail. Ce contrôle sérieux fait nécessairement que les candidats placés sont beaucoup moins nombreux que si la Société se contentait de remplir le rôle de simple intermédiaire entre l'offre et la demande, mais elle doit à ce système prudent la satisfaction d'avoir reçu fort peu de reproches graves, quatre ou cinq à peine, pendant une période de vingt-cinq années.

La Société se compose des personnes qui approuvent son but et versent une cotisation annuelle de 12 fr. Un agent rétribué est chargé du placement.

Pour trouver du travail La Société s'adresse tout d'abord à ses membres et ensuite à toutes les personnes qui veulent bien recourir à ses services.

La première circulaire faisant connaître la fondation de la Société disait :

« Le travail est un maître austère, il enseigne le respect des lois, le culte des affections de famille. Il élève l'âme à Dieu, par les peines du combat, par la reconnaissance de la victoire.

« La Société protestante du travail se propose de contribuera ce que tout homme laborieux trouve l'emploi de ses forces et de son intelligence. »

Le bureau de l'Agence, rue du Château-d'Eau, 55, à Paris, est ouvert chaque jour pendant deux heures pour recevoir les candidats. Différents membres du Comité assistent à tour de rôle à ces réceptions.

Dès la première année la Société a placé 207 candidats et elle a dépensé 3,342 fr. 40 c. L'année suivante elle a placé 418 candidats et ses dépenses se sont élevées à 5,389 fr. 30 c. Depuis sa fondation jusqu'à la fin de l'année 1892 le nombre des candidats placés s'est élevé à 15,486 et les dépenses ont atteint une somme totale de 183,344 fr. 36 c.

Chaque année la Société rend compte de ses travaux dans une assemblée générale à laquelle sont convoqués tous les sociétaires. Elle fait connaître l'état de ses recettes et de ses dépenses, pendant l'exercice qu'elle vient de clore, elle établit son budget pour l'exercice suivant, elle résume le mouvement de son Agence. Il est procédé dans ces assemblées générales aux élections et aux réélections des membres du Comité. Un rapport est publié chaque année et il est adressé à tous les sociétaires.

La Société protestante du travail ne s'est pas contentée de fournir des emplois à ceux qui lui en demandaient, elle a donné un exemple; elle a contribué largement au développement d une idée. Son premier vice-président, M. Paul Schmidt, a fondé le 10 juillet 1871 la Société du travail dont il est le

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président depuis cette époque et à laquelle il a donné rapidement un large développement. La Société du travail a eu pour premier président d'honneur M. E. Laboulaye, membre de l'Institut, qui a eu pour successeur M. Frédéric Passy, de l'Institut.

La Société du travail pour le personnel des travaux publics et du bâtiment a été fondée le 23 novembre 1871 sous la présidence de M. Viollet-le-Duc, réminent architecte qui a relevé le château de Pierrefonds et la cité de Carcassonne et qui a si considérablement enrichi le trésor architectural de la France.

Ces trois Sociétés se sont réunies pour tenir deux Assemblées solennelles au palais du Trocadéro pendant les dernières Expositions universelles, en 1878 sous la présidence de M. E. Laboulaye, en 1889 sous la présidence de M. Dietz- Monnin, sénateur, président d'honneur de la Société protestante du travail. En ouvrant la séance en 1889, M. Dietz-Monnin a rappelé dans son discours les paroles prononcées par M. Laboulaye en 1878 : « Là où l'ouvrier seul, sans recommandations, a une peine extrême à trouver une place, on a pensé qu'il serait bon d'établir des bureaux locaux qui, après une enquête fraternelle sur la personne qui se présente, pourraient lui procurer économiquement et promptement du travail. D'une part, l'ouvrier peut obtenir une place sans qu'il lui en coûte rien; de l'autre, le patron y trouve une garantie morale que ne peuvent en général lui offrir les bureaux de placement. »

A la grande Assemblée de 1878, M. Charles Robert a fait une conférence sur « Leclaire, peintre en bâtiments, biographie d'un homme utile » et à l'Assemblée de 1889 M. Frédéric Passy en a fait une sur « La Paix sociale ».

La Société protestante du travail a en outre organisé pendant plusieurs années des conférences dont les orateurs ont été, après MM. Charles Robert et Frédéric Passy, MM. Gaufrés, de Pressensé, Jules Lermina, Alfred Gary, Ernest Brelay, Ed. Laboulaye, Albert Reville, Clamageran, Bersier, Ferdinand Buisson.

Ces conférences ont fait connaître la Société protestante du travail et l'œuvre qu'elle accomplit.

A Paris des services de placement gratuit ont été installés dans plusieurs mairies et tout d'abord dans les Ier, II0, IIP, XIe, XIVe, XVe et XVIIIe arrondissements.

Plusieurs chambres syndicales ont suivi le mouvement et ont tenu à s'occuper du placement gratuit.

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De Paris le mouvement s'est étendu à plusieurs villes de France; de Lyon et de Nimes en particulier on a fait appel à l'expérience de la Société protestante du travail.

En 1878 la Société a pris part à l'Exposition universelle de Paris, en 1885 à l'Exposition universelle d'Anvers et à l'Exposition du Travail à Paris, en 1889 à l'Exposition universelle de Paris. Elle a obtenu des récompenses à ces différents concours. Par décret du président de la République en date du 16 avril 188.'}, la Société protestante du travail a été reconnue d'utilité publique.

En 1878 M. Ferdinand Rossignol a été nommé président honoraire et la Société a élu président M. Georges Wickham, adjoint au maire du IIe arrondissement de Paris, membre de nombreuses Sociétés utiles comme président ou secrétaire, ce qui ne l'empêche pas de diriger et de surveiller les travaux de la Société protestante du travail avec une activité et un zèle que rien ne lasse.

La Société protestante du travail s'applique à diminuer de plus en plus le nombre des bras inoccupés; elle sait que le travail est l'adversaire implacable de la misère, elle veut que les mains soient fermes et fortes pour tenir un instrument ou un outil et non tendues pour implorer la pitié. Elle a un vaste champ à cultiver, un but élevé à atteindre et elle fait appel au concours de toutes les bonnes volontés qui veulent bien marcher avec elle dans la voie où elle s'est engagée pour soutenir et fortifier ceux qui ont besoin de son aide et les guider dans la vie.

Le président de la Société est M. Georges Wickham, et le secrétaire M. Georges- J. Boissard.

Georges-J. Boissard.

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