‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 276 sur 326 · LYON — OEUVRE DE L'OUVROIR · texte numérisé non relu

LYON — OEUVRE DE L'OUVROIR

Fondée vers 1860 par Mmeq Henry Morin-Pons, Arlès, Raoul de Cazenove, Charles Steiner-Pons et Maurice Chabrièrcs, l'Œuvre de l'Ouvroir est une première application du principe de l'assistance par le travail. L'Ouvroir distribue

ASSISTANCE PAR LE TRAVAIL

des travaux de couture aux femmes protestantes qui désirent travailler chez elles, et qui, après avoir été visitées par les dames du Comité, ont été reconnues dignes d'intérêt.

Un magasin de vente est établi, 2, rue des Bouquetiers. Il est confié à une directrice salariée. L'Ouvroir s'efforce de livrer sa marchandise au public dans les meilleures conditions possibles, et ne prélève sur la vente que le strict nécessaire pour subvenir aux frais de magasin et d'entretien. Pendant les cinq dernières années, l'Œuvre a, annuellement, occupé une moyenne de 100 ouvrières et payé plus de 5,000 fr. de salaires.

Présidente de l'Œuvre : M'ue Emile Schulz.

LA PÉPINIÈRE DE CHATEL-CENSOIR (Yonne)

La Pépinière de Chatel-Censoir n'est pas un orphelinat, mais une famille qui accueille les enfants abandonnés que des personnes charitables veulent bien lui confier. Moyennant une modique pension, elle les élève, les munit d'un état et cherche à faire de ces pauvres enfants des hommes honnêtes et utiles.

Les personnes qui désirent placer un enfant en bas âge à la Pépinière s'entendent avec le directeur, qui choisit, à Chatel ou dans les environs, une famille honnête où l'enfant est élevé pendant ses premières années. Le climat est excellent. Le directeur reste en contact avec les familles où sont placés les nourrissons, surveille les enfants, qui, en se développant, prennent l'habitude de venir chez lui, reçoivent ses leçons et subissent son influence.

La Société de sauvetage de l'enfance fixe à treize ans la limite d'âge jusqu'à laquelle elle pourvoit à l'entretien de ses protégés. S'ils ne sont pas rappelés par leurs protecteurs, la Pépinière s'occupe alors de leur faire faire un apprentissage. Les fillettes apprennent les soins du ménage et se préparent à devenir d'honnêtes domestiques. Les garçons sont, dans la mesure du possible, placés chez des maître d'état dans le pays.

Cependant les places ne sont pas nombreuses, et les directeurs ont songé à créer une industrie qui, produisant quelques bénéfices, permette de retenir les enfants comme ouvriers dans le milieu où ils ont été élevés. Ils ont ainsi monté une savonnerie et constitué une Société industrielle philanthropique anonyme, avec un capital de 40,000 fr. Après une période de tâtonnements, d'autant plus nécessaire que les directeurs de l'œuvre étaient dans l'industrie

ŒUVRES SOCIALES

des hommes nouveaux, l'usine a commencé à fonctionner régulièrement en oetobre 181)2.

A côlé de la gare, la Pépinière a aequis un terrain où les enfants apprennent la culture îles légumes. Elle y a eonslruit un hangar où se fabrique le savon de ménage. Le conlre-maitre préside à ce travail, assisté des apprentis. Sous leurs soins, les bennes de savon s'amoncellent, soigneusement découpées et munies de la marque La Pépinière. A midi tous se dispersent. Chacun regagne sa famille pour le déjeuner. A une heure on se retrouve dans l'usine, située au milieu du village. Là se trouvent les machines, la parfumerie, l'empaquetage et le bureau, et c'est un joli spectacle que celui de cette jeunesse affairée, maniant les savonnettes aux couleurs et aux parfums variés. Ce sont encore les enfants qui fabriquent les caisses d'emballage, préparent les expéditions et les portent à la gare. Le soir ils se retrouvent chez le directeur. Plusieurs logent chez lui. Il leur donne quelques livres, les conduit à la promenade et cherche à agir sur eux.

La Pépinière, qui a vu passer plus de 150 enfants, mérite donc bien son nom : elle veut être une pépinière d'honnêtes ouvriers. Pour atteindre son but elle doit se développer rapidement. Son usine doit grandir, c'est-à-dire ses débouchés doivent augmenter. Elle entend vivre de ses propres ressources, avec le capital qui lui a été confié et sans collecte. Dès que ses affaires seront suffisamment prospères, elle installera de nouveaux ateliers; elle fabriquera les cartonnages dont elle a besoin, elle imprimera ses prospectus; d'autres branches encore viendront se greffer sur l'industrie mère et permettront de faire faire aux enfants des apprentissages sérieux et variés.

Ce développement dépend du public et de l'accueil qu'il voudra bien faire aux produits de la savonnerie. Si la pensée première de cette œuvre si utile appartient à M. Bouillat père, sa continuation et sa prospérité sont dues à M. le pasteur Maury, du Raincy, qui en a assumé la responsabilité comme la direction.

Louise Decoppet.

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