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PARIS — MAISON PROTESTANTE D'APPRENTIS

La Maison protestante d'apprentis et de jeunes ouvriers, dite Maison ouvrière, est une création du Comité de patronage luthérien.

En 1857, ce Comité, frappé des inconvénients que présentaient la plupart des placements d'apprentis nourris et logés chez leurs patrons, résolut d'ouvrir une Maison pour héberger les garçons sans famille. Il loua à cet effet une maison de la rue Fontaine-au-Roi.

Les inconvénients signalés en 1857 ont plutôt augmenté depuis cette époque : presque toujours l'apprenti placé à demeure devient le domestique du patron et de la patronne; ou bien il travaille trop, il n'a pas son repos complet du dimanche, il est exploité; ou bien il est abandonné à lui-même, il a trop de liberté, il se corrompt. Bien plus : les patrons qui prennent chez eux leurs apprentis deviennent de plus en plus rares; les uns n'ont pas de place, les autres — ce sont les plus sérieux — redoutent la responsabilité. Les raisons peuvent varier ; le fait est incontestable. Dès lors, que faire des orphelins qui sortent à quatorze ans de nos divers établissements? Comment s'y prendre pour qu'ils apprennent un état et deviennent ainsi capables de gagner leur vie? Si la Maison ouvrière n'existait pas, combien de ces garçons auraient été grossir l'armée des misérables! Et une fois dans la misère, sans occupation et sans ressources, avec quelle facilité un jeune homme de la classe ouvrière en arrive de chute en chute à la dégradation la plus répugnante!

En 1863 la Maison des apprentis fut transférée rue de Charonne, 99, dans

ŒUVRES SOCIALES

l'ancien couvenl de Bon-Secours, qui appartenait alors à M""' VTS Ledru-Rollin. L'installation était défectueuse sous plusieurs rapports, mais le quartier était très bien choisi : dans les ateliers d'ébénisterie du faubourg Saint-Antoine on devait trouver de précieuses facilités pour le placement des apprentis ; de la rue de Charonne on se rend aisément d'une part à la rue Saint-Maur où vivent les industries du 1er et du cuivre, d'autre part au quartier du Marais, où se fabrique l'article de Paris. Cette situation a été un élément de succès.

La Maison contient deux catégories de pensionnaires soumis à des règlements distincts : les apprentis et les jeunes ouvriers.

Elle peut recevoir 30 apprentis. Le matin, après la prière et la soupe, les apprentis se rendent chez leurs patrons respectifs. Ceux qui travaillent dans le quartier reviennent déjeuner. Le soir, tous rentrent pour dîner; ils se couchent peu après le culte de famille. Ils ne sont jamais occupés le dimanche; c'est un point sur lequel le directeur ne cède à aucun prix. Ils sont conduits au culte de l'église île Bon-Secours. Tous apprennent de vrais métiers, surtout les métiers du bois et du fer que l'on peut exercer partout. En général ils sont appréciés et recherchés par les patrons.

Quand ils ont achevé leur apprentissage, nos garçons ne sont pas forcés de quitter la Maison : obligés de se loger dans un hôtel garni et de manger chez le marchand de vin, ils se perdraient presque fatalement. Voilà pourquoi la Maison a des chambres pour les jeunes ouvriers. Elle peut en héberger 10; ils mangent à la table du directeur. Des jeunes gens du dehors, des employés, même des étudiants français et étrangers ont profité de cet arrangement et s'en sont bien trouvés.

Calculant d'après les chiffres des treize dernières années on trouve que le nombre moyen des pensionnaires a été de 56 par an, dont 35 apprentis et 21 ouvriers. Pour les apprentis nous demandons 40 fr. par mois tout compris; en général les patrons se chargent de payer cette somme ; s'ils y perdent la première année, ils se rattrapent dans les deux dernières. Les aînés paient une pension qui équivaut à leurs dépenses réelles de 73 à 80 fr. suivant la chambre qu'ils occupent. Grâce à ces arrangements, la Maison ouvrière, dont profitent 40 jeunes gens, ne coûte que 5 à 6,000 fr. par an à la libéralité protestante.

Cette Maison dont l'idée est à la fois si simple et si juste, qui résout d'une façon si heureuse le problème de l'apprentissage des orphelins, est unique dans Paris. Elle fait donc honneur au protestantisme parisien.

Elle aurait rendu de plus grands services encore si elle eût été mieux

PATRONAGE

installée, et plus attrayante d'aspect. Heureusement, cette année même, une transformation va se produire. Une Société civile, composée de membres luthériens, et aussi, puisque l'établissement est ouvert à tous les protestants, de membres réformés, s'est constituée en 1892; un terrain a été acheté dans le même quartier : rue Titon, 4. Les deux tiers des 150,000 fr. nécessaires pour construire sont trouvés. Dieu voulant, avant l'été, nous pourrons contempler la nouvelle Maison. Ce sera non plus une location, mais une Maison à nous, disposée en vue de ceux qui doivent l'habiter et capable d'abriter une cinquantaine de jeunes gens. Elle sera très simple, construite avec la plus stricte économie, mais on y sera bien, chez soi et entre soi ; on y aura beaucoup d'air et de lumière.

Que Dieu y maintienne l'esprit de foi et de prière qui caractérisait les fondateurs il y a trente-six ans!

F. Dumas.

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