‹ Les œuvres du protestantisme français au XIXe siècleChapitre 282 sur 326 · PARIS — ATELIER-ÉCOLE · texte numérisé non relu

PARIS — ATELIER-ÉCOLE

L'Atelier-Ecole de l'avenue du Maine a été ouvert au mois de janvier 1878, boulevard de Vaugirard, 161, sous la direction de M"e Chalon, qui était alors à la tête de l'Œuvre de la Chaussée-du-Maine. Cette Œuvre, fondée par Mme de Pressensé après la guerre, comprenait déjà un groupe d'oeuvres importantes se complétant les unes les autres : l'école de la rue des Fourneaux, l'assistance par le travail, l'œuvre de secours avec dispensaire et consultations gratuites et un Ouvroir de jeunes filles, où quelques-unes des élèves de l'école étaient admises, mais où elles restaient trop peu de temps pour faire un apprentissage réel.

L'Atelier-Ecole semblait donc avoir sa place toute marquée dans ce groupe d'oeuvres, et l'on ne saurait mieux indiquer quelle fut la pensée mère qui lui donna naissance qu'en citant quelques lignes d'une brochure publiée par sa fondatrice, Mmc Suchard de Pressensé, en mars 1877 :

« Nous voudrions former une association de dames, écrivait-elle, pour protéger les jeunes filles de la classe ouvrière et leur faire traverser le temps de leur apprentissage en diminuant autant que possible les périls qui les entourent, et en continuant leur éducation de manière à les rendre capables de fournir une carrière honorable dans le milieu où Dieu les a placées. Avant tout nous chercherons, par cette éducation morale et religieuse, à développer en elles le sentiment du devoir et de leur propre responsabilité. Nous voulons former des femmes dignes d'être respectées, sachant choisir entre le bien et le

ŒUVRES SOCIALES

mal, capables de lutter vaillamment avec l'aide de Dieu, lorsqu'elles seront aux prises avec la tentation et ne pouvant pas dire qu'elles ont été entraînées par ignorance. Nous voulons, à côté de cette éducation chrétienne et morale, développer toutes 1rs facultés que Dieu a données à la femme, pour que nos jeunes lilles puissent l'aire preuve de capacités véritables dans les carrières qui leur seront accessibles, de façon à réaliser un gain suffisant pour subvenir à leur entretien sans avoir besoin de compter sur autrui. »

Apres deux années d'existence l'Atelier-Lcolc, qui répondait à des besoins réels et qui avait rapidement grandi, a dû se détacher de l'Œuvre générale pour avoir sa vie particulière, sa maison, sa directrice, son budget. Dès le mois de mai 1880, il a été transféré dans la maison actuelle, 220, avenue du Maine, et, grâce à des agrandissements successifs, on a pu créer dans le nouvel établissement des ateliers spacieux, bien aérés et en pleine lumière et y multiplier les places pour les apprenties internes. A la même époque la direction a été confiée à M"c Levray, que Dieu semblait avoir préparée pour la tâche à laquelle elle s'est vouée avec tout son cœur et tout son dévouement.

L'Atelier-Ecole reçoit des élèves internes et des externes à partir de l'âge de treize ans; l'apprentissage est entièrement gratuit et doit durer trois ans; pour les internes on exige une pension mensuelle de 30 fr., qui diminue graduellement pendant la troisième année d'après le travail fourni parla jeune fille. Les deux ateliers de couture sont assez spacieux pour admettre 38 apprenties. Le personnel de la maison se compose de la directrice et de son aide, d'une première et d une seconde maîtresses couturières et de la cuisinière. Les jeunes fil 1rs doivent à tour de rôle aider au ménage de la maison, ce qui est très nécessaire pour celles qui se destinent au service de femme de chambre ; elles apprennent aussi â blanchir et à repasser. — Le matin, de 8 â 10 heures elles reçoivent, d'une institutrice, des leçons faisant suite â celles de l'école primaire, et sont ainsi préparées à l'examen du certificat d'études; puis le reste de la journée est consacré à l'apprentissage proprement dit, apprentissage de couturière très complet, avec leçons de coupe. Les élèves les plus avancées sous le rapport de l'instruction, et possédant le certificat d'études primaires, sont conduites aux coins commerciaux du soir de la A ille, afin de se perfectionner dans la comptabilité et de pouvoir obtenir le diplôme spécial.

Cette année, pour compléter l'œuvre d'apprentissage, le Comité a décidé de garder quelques-unes des élèves les plus capables comme ouvrières, afin de les perfectionner encore et de les mettre en état de s'établir à leur compte ou

PATRONAGE

d'occuper plus tard des places importantes dans des maisons de couturières. A l'heure actuelle un grand nombre d'élèves ont terminé leur apprentissage et ont pu être placées comme ouvrières couturières ou comme femmes de chambre.

Les chiffres sont éloquents. Aussi, en comparant ceux des premières années à ceux des dernières, pourra-t-on juger du progrès du travail dans les ateliers de couture : En 1880, le compte des robes avait rapporté 3,984 fr. 15 c, et en 1891, 11,860 fr. 60 c. Malgré l'augmentation graduelle' de la clientèle et du produit du travail des ateliers, on ne peut espérer couvrir par là les dépenses de la maison : loyer, personnel, ménage d'environ 45 personnes, etc. Pour instruire et développer les jeunes apprenties et pour les initier aux diverses parties de leur état, il faut au moins deux années pendant lesquelles elles sont à la charge de l'œuvre, et ce n'est que pendant la troisième et dernière année de leur apprentissage qu'elles viennent réellement en aide au travail des ateliers. La pension des internes est aussi trop minime pour payer entièrement leurs dépenses.

L'œuvre, en dehors de ses ressources propres, est soutenue par le produit d une Vente annuelle et par des dons et des souscriptions. La présidente de l'œuvre est Mme Suchard de Pressensé.

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