PARIS — ÉCOLE PROFESSIONNELLE DE JEUNES FILLES
Toute Eglise vivante doit avoir sa mission, et, en dehors de son culte, projeter autour d'elle et plus loin encore des rayons de sa foi et de sa charité. En 1878, celle de l'Etoile ouvrait l'Ecole professionnelle de jeunes fille ;s.
Un ami généreux, M. Nathanaël Johnston, fournit la somme nécessaire pour élever cette Ecole.
L'initiative des Ecoles professionnelles avait été prise plusieurs années auparavant par une femme éminente et d'un noble cœur, Mmo Elisa Lemonnier. Les Ecoles qui portent son nom sont grandes et prospères. Le Comité organisateur de celle de l'avenue de la Grande-Armée s'est inspiré de leur programme, en cherchant à profiter de leurs expériences et des modifications successives qui en ont été le fruit. Le but des Ecoles professionnelles est de donner aux élèves un état, tout en leur évitant les inconvénients si graves de l'apprentissage dans les ateliers. Elles peuvent y apprendre leurs diverses vocations sous une influence morale élevée et stricte. Ajoutons, pour ce qui concerne l'Ecole fondée par l'Eglise de l'Etoile, que, tout naturellement, les enfants s'y
ŒUVRES SOCIALES
trouvent placées sous l'influence chrétienne la plus directe. A leur sortie de l'Ecole, à l'âge de dix-sept, dix-huit ou vingt nus, les jeunes filles sont mieux armées contre les tentations qu'on ne peut plus leur éviter. Beaucoup, d'ailleurs, parmi les couturières par exemple, n'ayant plus qu'à se perfectionner dans leur état, peuvent rentrer dans leurs familles et }T travailler pour leur propre compte', ("elles qui ont appris la tenue des livres deviennent quelquefois caissières dans la maison même de leurs parents. Celles cjui ont choisi comme état la peinture sur porcelaine, sur éventails, etc., peuvent aussi travailler chez elles. Ainsi se prolonge dans leur vie la protection bienfaisante de l'institution où elles ont été élevées.
Les enfants entrent dès l'âge de huit ou dix ans à l'École de l'Étoile. Elles v passent toute la journée, de 8 heures et demie du matin à 5 heures et demie de l'après-midi. Les matinées y sont tout entières consacrées aux études générales, les après-midi aux professions.
Ces professions, pour l'Ecole de l'Etoile, sont celles de couturière, de lingère, de comptable. On y prépare aussi les jeunes filles pour les places d'employées aux postes et aux télégraphes. Avec des chances moindres de succès, on y enseigne le dessin et la peinture appliqués à l'industrie. Le programme des vocations dont l'apprentissage se fait à l'Ecole doit suivre les indications fournils par les besoins du quartier qu elle occupe. Dans celui de l'Etoile, pour l'état de fleuriste par exemple les élèves manquaient totalement.
Les études préparatoires aux diplômes d'institutrice se font de même à l'Ecole. Mais cette voie se trouve tellement encombrée à l'heure présente que le Comité directeur n'encourage guère les jeunes fdles à la choisir. Elle leur promet plus de luttes que de sécurité.
Depuis sa fondation, l'Ecole de l'avenue de la Grande-Armée a toujours prospéré. Elle compte actuellement une centaine d'élèves. Les hautes capacités et le dévouement de sa directrice, les noms connus et honorables que portent les dames du Comité, le patronage des pasteurs de l'Eglise, tous ces éléments ont contribué à lui gagner l'estime et la confiance du quartier sur un rayon très étendu.
La grande moitié des élèves est protestante. On n'admet les catholiques que pour les places restées libres. Cette admission des jeunes fdles catholiques a d'ailleurs amené les résultats les plus bénis. Tout d'abord elle a contribué à cette popularité dont jouit l'École dans le quartier de l'Etoile et des Ternes; puis, sans exercer de propagande, l'instruction religieuse donnée régulièrement
PATRONAGE
dans la maison, acceptée d'avance par les parents qui y placent leurs enfants, amène une pénétration dans ces jeunes âmes des vérités évangéliques essentielles, puisées à leur source même. Souvent les jeunes fdles catholiques, sans avoir jamais entendu blâmer la foi de leur Église, se trouvent plus attirées par le culte de la Réforme, qu'elles suivront désormais.
La directrice, à leur sortie de l'Ecole, continue à les suivre avec une grande sollicitude, entretenant des correspondances avec celles qui se trouvent éloignées. Elle les aide souvent dans la recherche d'une position. Une fois par an, les anciennes élèves restées à Paris reçoivent une invitation pour une fête qui les réunit dans la maison où elles ont grandi, où elles se sont senties aimées d'un amour tout chrétien, et guidées vers le bien.
L'Ecole a obtenu jusqu'à ce jour les résultats les plus encourageants au point de vue des vocations enseignées. Il est rare qu'une des jeunes fdles qui y a été élevée se soit trouvée dans l'embarras pour gagner sa vie. En général, la directrice reçoit sur elles, sur leur conduite et sur leurs capacités, de très bons témoignages.
Les finances de l'Ecole sont alimentées par le produit des écolages, qui sont de 12 fr. par mois, puis par une quête annuelle faite dans le cercle du protestantisme par les dames du Comité. Mais une Ecole professionnelle a des frais très élevés. Il y faut, outre le personnel régulier, directrice et maîtresses de classes, des professeurs spéciaux pour chaque état. Le déficit qui se produit inévitablement chaque année rend nécessaire de temps en temps une Vente organisée par le Comité. Souvent une ancienne élève, munie de ses diplômes, reste à l'Ecole comme maîtresse et y trouve ainsi sa carrière.
Les amies de l'Ecole, avec la directrice excellente qu'elles ont choisie, il y a maintenant quinze années, poursuivent cette œuvre en désirant avant tout amener ces jeunes fdles à Celui qui, par ces moyens de grâce et d'influence, leur dit journellement : « Mon enfant, donne-moi ton cœur; » ajoutant, pour elles comme pour ses disciples : « Père, je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. »