LA TEMPÉRANCE EN NORMANDIE
La Normandie est la province de France où l'alcoolisme est le plus répandu. Les statistiques dé la consommation de l'alcool par département placent au premier rang la Seine-Inférieure; au second, la Somme (en Picardie, voisine de la Normandie) et le Calvados; puis, l'Eure. Parmi les grandes villes de France, Rouen et le Havre sont celles où il est bu le plus d'alcool par tète d'habitant. L'intempérance produit dans cette riche contrée tous ses fruits habituels : maladies, excessive mortalité infantile, dégénérescence de la race, aliénai ion mentale, crimes, désunion dans les ménages, pauvreté de la classe ouvrière malgré des salaires élevés.
Ce n'est guère que depuis dix-huit mois que quelques chrétiens normands se soûl préoccupés sérieusement, de réagir contre ce fléau. A la suite d'une \ i>itede MM. Rochat et Tanniger, de Genève, des Sociétés de tempérance se sont fondées sur divers points. Elles sont affiliées à la Fédération internationale «les Sociétés de tempérance de la Croix-Bleue; cependant elles tolèrent pour leurs membres l'usage de la « boisson de cidre », breuvage très étendu d'eau, faiblement alcoolique et considéré comme inoffensif.
Rouen. — La Société rouennaise de tempérance a pour président M. Jean Bianquis, pasteur de l'Eglise réformée. Réunion de tempérance tous les mardis, depuis le mois d'octobre 1891. Fondation définitive de la Société le 16 février 1892. Plus de 400 engagements d'abstinence; 59 membres actifs, c'est-à-dire persévérant fidèlement depuis plus de trois mois, — la plupart anciens buveurs relevés.
Section à Sotteville-les-Rouen, avec réunion tous les jeudis. — Plusieurs adhérents à Petit-Quevilly, commune industrielle de 11,000 habitants, celle de tontes les communes de France où il est bu proportionnellement le plus d'alcool.
Le Havre. — Société havraise de tempérance, fondée le 17 octobre 1892; président, M. Whelpton, pasteur de l'Eglise évangélique méthodiste. Réunion de tempérance tous les jeudis; 114 membres adhérents; 31 membres actifs, 7 cadets.
Ilonfleur (Calvados). Section fondée le 20 septembre 1892. Président,
RELÈVEMENT .MO MAI
M. Eug. Boquet, directeur du « Foyer de l'Ouvrier ». Présidente d'honneur : Lady Beauchamp. Il a été recueilli prés de 100 signatures; mais la plupart des adhérents sont retombés ou se sont contentés de se modérer. Tous sont d'anciens buveurs, portefaix du port d'IIonfleur et très misérables.
Condé-sur-Noireau (Calvados), — Section en voie de fondation, dirigée par M. Wiltred Monod, pasteur de l'Eglise réformée, chez qui ont lieu les réunions, tous les quinze jours. Première conférence le 29 juillet 1892. Ces réunions groupent exclusivement des jeunes gens, presque tous ouvriers de fabrique et catholiques, sauf 6 ; — 31 signatures, dont 4 de jeunes filles. A côté de la Société de tempérance, il a été fondé une Ligue antialcoolique, qui interdit seulement l'alcool et les liqueurs fortes, mais tolère le vin, le cidre, la bière : 14 membres.
Fleury-sur-Andelle et Charleval (Eure). — Plusieurs réunions de tempérance, tenues par les abstinents de Rouen ; quelques signatures.
Dives et Beuzeval (Calvados). — Plusieurs réunions de tempérance sur le bateau missionnaire Herald of Mercy, en septembre 1891 et juillet 1892; 3 abstinents.
L'œuvre de la tempérance est encore à ses débuts en Normandie. Mais ces débuts sont encourageants. La tempérance est le meilleur auxiliaire de l'évangélisation. Beaucoup d'abstinents, nés catholiques romains, et autrefois indifférents ou incrédules, sont devenus aujourd'hui des chrétiens évangéliques vivants. Jean Bunquis.