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SOCIÉTÉ D'ÉVANGÉLISATION DES COLONIES FRA>ÇAISES

La Société d'évangélisation des Colonies françaises est une œuvre encore très restreinte, appelée, s'il plaît à Dieu, à un grand avenir. C'est une section de la Société Centrale protestante d'évangélisation. Fondée en 180:2 par M. le pasteur Ch. Frossard, elle s'est bornée jusqu'ici à soutenir en partie ou en totalité quelques postes en Algérie et en Tunisie. Auparavant, dès 1850, la Société Centrale avait eu à voter des subventions pour Saint-Martin et pour la Guadeloupe (Antilles françaises).

Les postes de la Société des Colonies sont à l'heure actuelle : Sidi-bel- Abbès (département d'Oran), où se trouve le dépôt de la légion étrangère et où l'œuvre se poursuit, importante, difficile, intéressante, au milieu des légionnaires

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protestants tics nombreux et de la population civile; Relizane (départemenl d'Oran); Birkadem (département d'Alger); Oran, station entretenue par la Société des Colonies parmi les Espagnols qui se comptent par milliers dans cette ville, dont beaucoup retournent ensuite dans leur pays et y rapportent les principes de la foi évangélique; Tunis, Eglise qui dépend également de La Société algérienne et tunisienne et qui n'a pas cessé de grandir, à tel point que deux pasteurs lui seraient aujourd'hui nécessaires; Sfax, poste avancé de l'Evangile au sud de la Tunisie, et d'où le pasteur visite Sousse, Gabès et jusqu'à la ville sainte de la Tunisie, Kairouan. Le devoir de la Société d'évangélisation des Colonies est à l'heure actuelle de fonder de nouveaux postes pour veiller aux intérêts religieux des colons protestants, des soldats et des détenus, au Tonkin et en Coehinehine, à la Guyane, dans les Antilles, eu Algérie surtout, où la population européenne augmente rapidement.

Le budget de la Société s'est élevé pour LS9I-92 à 10,000 IV. environ, somme absolument insuffisante, en présence des besoins auxquels il faut répondre. Si cette somme était quadruplée, ce qui est indispensable à l'heure actuelle pourrait être fait.

Jean Moxnier.

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En 1856, deux amis de l'Evangile, le Révérend William-R. Eremantle, aujourd'hui doyen de Ripon (Angleterre), et M. Ed. Milsom, négociant anglais établi à Lyon, après avoir fait, dès LSÔ^, plusieurs excursions dans les vallées françaises des Alpes illustrées par le souvenir de Eélix Neff, formèrent à Lyon le « Comité protestant ». Depuis trente-huit ans, ce Comité s'occupe, avec sollicitude, de l'évangélisation, de l'instruction el de l'assistance matérielle de nos coreligionnaires disséminés des Alpes.

Très humble et modeste à son origine, cette œuvre a pris, avec la bénédiction de Dieu, un développement satisfaisant et une consistance assurée1.

Les doctrines évangéliques, longtemps avant la Réforme, ont été pratiquées par ces protestants dits « Vaudois » et ont produit des fruits bénis durant

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de longs siècles, dans ces replis profonds et sauvages des hautes Alpes. L'altitude de la plupart des villages du Val de Freissinières, de la Vallouise, du Val Queyras, varie entre 1,000 et plus de 2,000 mètres; il y a tels hameaux, perchés sur les abîmes, où La neige qui les avoisinc ne fond jamais entièrement. Presque partout, au Val Freissinières surtout, la température moyenne s'abaisse graduellement d'année en année; les maigres récoltes gèlent, et la misère est si grande, le manque de ressources si absolu que, réduits à mourir de froid ou de faim, les habitants de l'un des villages de cette vallée ont préféré s'expatrier et aller coloniser en Algérie. De 120 familles que comptait Dormilhouse en 184."), la population en est tombée à 00. <( Neuf mois d'hiver et trois mois d'enfer, » tel est le proverbe populaire. Ce qui signifie que les trois quarts de l'année les habitants sont entassés dans leurs écuries avec leurs bestiaux dont la chaleur les réchauffe, et ne peuvent rien faire au dehors. Ils sont ensevelis parfois sous deux mètres de neige, alors que pendant l'été, de juin à septembre, il faut tout faire à la fois, lever et rentrer les récolles, préparer les terres, les ensemencer, couper et transporter les bois pour l'hiver, ce qui les oblige durant La belle saison à se livrer à un travail acharné et épuisant. La propriété y est extrêmement divisée : il n'est pas rare de voir un arbre fruitier appartenant à deux propriétaires différents. Le pays en lui-même est admirable au point de vue pittoresque. Les cascades du Val Freissinières, aux environs de Dormilhouse, sont aussi belles que les plus belles de la Suisse; des montagnes inaccessibles, aux neiges éternelles, hérissées de pics, dominent toutes les vallées, des précipices dont les pentes gazonnées sont couvertes de mélèzes et de sapins, une flore extraordinaire de richesse et de variété, tout ce qui peut attirer des amis de la nature, touristes et alpinistes, se trouve réuni dans les deux principales vallées, Freissinières et le Queyras. L'une est bornée à l'ouest par le Peloux français, à l'est par le Viso italien. Il n'y manque, pour y attirer les voyageurs, que des auberges passables, mais on trouve une cordiale hospitalité chez les pasteurs, et chaque année des touristes anglais, de plus en plus nombreux, viennent visiter ces belles et curieuses vallées.

Le pasteur de Freissinières (seul poste officiel) réside à Pallons, pittoresque hameau jeté sur les cascades bondissantes de la Bvaisse. L'évangéliste du Queyras est établi à Pierre-Grosse; le troisième presbytère, le plus accessible des trois, est situé à Guillestre, jolie petite ville des Alpes, importante par ses marchés et ses foires. Les annexes de Guillestre sont : Briancon, Embrun, les Grottes,

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Vars, où il y a un certain nombre de familles protestantes, et où Ton parvient par une route pittoresque et accidentée.

Les annexes de Freissinières sont : Dormilhouse, le plus reculé et le plus pauvre des villages protestants des Alpes, habite par les descendants des Yaudois refoulés jadis par les Lombards dans ces hautes solitudes, pauvres infortunés, décimés par les privations, le froid, les maladies; Les Minsals et Les Violins, misérables hameaux ensevelis dans la profondeur de la combe, qui ne voient le soleil que quelques heures par jour. Dans le Queyras, Fontgillarde, Saint- Véran, le lieu le plus élevé de l'Europe qui soit habité (à 2,040 mètres d'altitude), Molines, La Rua, sont les annexes du presbytère de Pierre-Grosse. Tout près de la frontière italienne sont encore Abriès et Aiguilles, où nous comptons quelques coreligionnaires, fréquemment recrutés parmi les protestants des Vallées vaudoises italiennes, avec lesquelles nous avons de cordiales relations.

Ce n'est guère qu'au commencement de ce siècle que l'on se préoccupa du sort et de l'avenir religieux des montagnards des Alpes françaises.

Gardant le souvenir de leurs barbes (pasteurs des Vaudois), et ayant conservé leurs vieilles Bibles de famille, ayant résisté aux atroces persécutions dont ils furent victimes depuis le xive siècle jusqu'au xvme, traqués, brûlés, tourmentés, emprisonnés, massacrés, ils ont gardé, de plus en plus réduits, le dépôt sacré de leur foi séculaire; et quand, de 1823 à 1828, Félix Neff, cet apôtre et ce héros chrétien, vint leur apporter de nouveau le Pain de vie, l'œuvre étonnante de relèvement moral et d'évangélisation qu'il accomplit dans ces vallées désolées eut des fruits abondants, inespérés et bénis. Pendant quatre années, à travers la neige, les avalanches, le froid, les orages, ou sous les brûlantes chaleurs de l'été alpin, Neff ne cessa de proclamer le salut par Christ et d'amener à Dieu des âmes troublées par les misères de la terre, éloignées du ciel par les douleurs et les souffrances de la vie.

Son œuvre, après qu'il eut succombé prématurément à trente et un ans, épuisé par des travaux au-dessus des forces humaines, fut reprise quelques années plus tard par des pasteurs weslevens; puis, dès 185G, le Comité protestant de Lyon prit cette tâche en main, et grâce à l'aide d'amis anglais, français et suisses, et â l'appui effectif de la Foreign aid Society, de YEvangelical continental Society, du Vaudois Fund, en Angleterre; de la Table vaudoise, en Italie r de la Société genevoise pour révangélisation des protestants disséminés, en Suisse; de la Société pour l'encouragement de l'Instruction primaire; de la

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Société Centrale d'évangélisation ; de la Société du Sou protestant, en France, l'œuvre s'est poursuivie, constituée, agrandie. Voici la liste des postes du Comité :

Freissinières : Dormilhouse, Les Violins, Pallons. — Environ 800 protestants disséminés.

Guillestrc : Vars, Briancon. — Environ 1)00 protestants disséminés.

Le Queyras : Pierre-Grosse, Fontgillarde, Saint-Véran, Molines. — Environ G00 protestants disséminés.

Plus, à Oraison (Basses-Alpes), un colporteur-évangéliste, en participation avec la Société évangélique de Genève.

Le Comité de Lyon subventionne en tout ou en partie : une école à Dormilhouse, une école à Pallons, une école à Fontgillarde, une école à Saint-Véran (ces écoles comptent de 100 à 120 enfants); deux pasteurs, un évangéliste, un instituteur-évangéliste, avec la coopération de la Société genevoise de secours aux protestants disséminés.

Un magasin de consommation (installé par les soins du Comité de Lvon), dirigé par un ancien instituteur-évangéliste et sa femme, est établi à Pallonsen-Freissinières, et rend, depuis dix ans, de grands services à toute la population de la vallée, en donnant à ses clients des marchandises de tout genre de bonne qualité, le plus souvent payées par voie d'échange, foin, grains, laines, cuirs.

Une bibliothèque pastorale est installée au presbytère de Guillestre ; d'autres, en grande partie dues à la générosité de la Société des Livres religieux de Toulouse, existent à Pallons, à Guillestre, à Saint-Véran, à Saint-Laurentdu-Cros.

Des services religieux sont célébrés chaque dimanche dans les trois postes principaux; des réunions d'édification, des écoles du dimanche, sont, aussi fréquemment que possible, tenues par les pasteurs et évangélistes dans les diverses annexes.

Les mariages mixtes profitent généralement à l'Eglise protestante, et les rapports entre les catholiques et les protestants sont empreints de cordialité. Les souvenirs des anciennes luttes s'effacent devant l'appui mutuel que les habitants des vallées ont coutume de se prêter entre voisins et amis, dans leur détresse commune.

Émigration. Il y a onze ans, quelques habitants de Dormilhouse demandèrent, et obtinrent de l'Etat, des concessions de 27 hectares chacune, au village

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en formation des Trois-Marabouts, pies Aïn-Temouchent, département. d'Oran (Algérie). Les conditions de leur départ, de leur installation, les appels adressés en France et au dehors pour leur venir en aide, appels auxquels plus de 65,000 fr. de souscriptions ont répondu, les premiers résultats de leurs efforts après deux ans de luttes et de souffrances, toui cela a été raconté et exposé dans une brochure intitulée : Emigration des Vaudois français en Algérie i I S 8 - î . in-8", chez Georg à Lyon, Grassart à Paris, 39 pages, plans et gravures, 1 fr. 50). Les 12 familles qui émigrèrent en 1881 sont maintenant réduites à 9, mais elles sont acclimatées, et pour la plupart en bonne voie de prospérité.

La dernière récolte, en 1891, accusait environ 37,000 fr. de produits, ce qui représente un peu plus de 3,000 fr. par famille, résultat certainement encourageant.

Les ressources de l'Œuvre consistent uniquement dans les allocations des Sociétés citées plus haut, ainsi que dans les souscriptions reçues de diverses Eglises, et consignées dans ses rapports publiés en janvier de chaque année. Le budget des dépenses d'évangélisation et de secours matériels est d'environ 15,000 fr.

Recettes totales (1892). . . . 18,098 Ir. 20 c. Dépenses totales — .... 17,582 fr. 20 c. Ces chiffres comprennent le compte d'émigration.

Tous les deux ans, une collecte est faite en Hollande par un ancien pasteur des Alpes (1), et nous recevons de nos amis hollandais de généreux encouragements.

L'Œuvre des Hautes-Alpes est administrée par un Comité de vingt membres, pasteurs etlaïques; Président : M. Ed. Vernet, consul suisse à Lyon ; Secrétaire : M. R. de Cazenove. 8, rue Sala, Lyon.

R. DK Cv/.ENOYE.

|l| M. le pasteur Brunei, notre collecteur cl ami, a publié, en 1890, un ouvrage intitulé: Les Vaudois des Alpes françaises, leur passé, leur présent, leur avenir, deuxième édition, avec planches et carte, in-8°, Paris, Fischbacher, qui renferme un abrégé intéressant des ouvrages des nombreux auteurs qui ont écrit sur les Alpes françaises.

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