FONDATION LÉO
C'est à un jeune théologien saxon, du nom de Léo, qu'est due en réalité la fondation de la première Société biblique en France. Lorsqu'il vint à Paris en 1811, il fut frappé de l'ignorance profonde des Livres saints dans laquelle se trouvaient ses auditeurs des Billcttes, où il prêchait en allemand. Il fit venir de Baie, à plusieurs reprises, de nombreux exemplaires de la Bible, qu'il offrit au Consistoire luthérien et au Consistoire réformé, pour être distribués gratuitement dans des conditions particulières, ces Bibles devant être marquées du sceau de l'Église et prêtées seulement, pour la vie durant, aux fidèles jugés dignes de ce bienfait.
Ces distributions réitérées du saint Livre ne suffisaient pas. Le désir de le posséder était devenu si général dans les deux Eglises de Paris, que des demandes nombreuses étaient chaque jour adressées dans ce sens, soit au Consistoire luthérien, soit à M. Léo lui-même. Mais les ressources de celui-ci étaient limitées et il avait consacré déjà tout ce dont il pouvait disposer à répandre généreusement la Parole de Dieu. D'autre part, il ne rentrait guère dans les attributions du Consistoire de tenir lui-même un dépôt de Livres' saints. C'est alors que M. Léo conçut le projet d'organiser une vaste souscription, non seulement à Paris, mais dans la France entière, et même en plusieurs pays d'Europe, pour créer un fonds avec lequel il fût possible de faire imprimer la Bible, et de préférence le Nouveau Testament seul. Le 1er mai 1812, il publia, en français et en allemand, une circulaire pour annoncer ce projet.
Il y déclarait que « son but était de pouvoir distribuer gratuitement le Nouveau Testament à des écoliers pauvres et à des chrétiens peu fortunés, ou
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de le céder à d'autres personnes, au prix le plus modique». Le 12 août 1812, le ministre des cultes, comte Bigot de Préameneu, autorisait et même encourageait l'entreprise : avec la recommandation des pasteurs Gœpp, Boissard, Marron, Rabaud-Pommier et Jean Monod, M. Léo lança ses circulaires, non sans avoir affirmé, dans une lettre du L5 octobre 1812, que son intention était « de rendre les deux Consistoires dépositaires des exemplaires ainsi que des planches stéréotypées ». Le 16 juin 1813 fut rédigé, entre M. Léo et les commissaires nommés par les deux Consistoires, un acte de cession formelle à ces deux Consistoires. Cet acte fut signé le 20 juin suivant au nom des deux corps ecclésiastiques, et une Commission dite « de la Bible » fut organisée avec mission d'exécuter le traité conclu. Il y était dit :
« L'objet et le but de l'entreprise est de répandre l'Evangile le plus possible, surtout parmi la jeunesse et la classe indigente. Les moyens de l ai teindre sont : de continuer à provoquer et à recueillir des dons volontaires pour faire de fréquents tirages, de distribuer abondamment les exemplaires qui en seront imprimés, soit à titre gratuit, soit à un prix tellement modique, cpie le Livre puisse être à ta portée de toutes les classes de la société; le tout d'après les principes les plus libéraux et dans les seules vues d'un intérêt religieux. Enfin les deux Consistoires s'engagent à remplir l'obligation sacrée de veiller à ce que les dits objet et but restent toujours les mômes : ils félicitent sincèrement M. Léo d'avoir conçu et réalisé pour la France une entreprise aussi louable et aussi utile et le nomment membre ordinaire et perpétuel de la Commission de la Bible qui sera créée par les deux Consistoires. »
La Commission devait se composer de six membres : un pasteur et deux laïques pour chaque Consistoire : tous les six mois, elle devait produire un rapport détaillé de sa gestion. Un local devait être exclusivement consacré à l'Etablissement biblique.
Le 31 août 1814, M. Léo fit connaître au public le résultat de sa collecte. Llle avait rapporté 15,353 fr. 09 c. Des princes n'avaient pas refusé de contribuer au succès de l'œuvre. Les frais du premier tirage s'étaient montés à 12,684 fr. 57 c.
Huit tirages successifs furent exécutés de 1814 à 1820. Ils avaient coûté 52, 430 fr. 54 c. Le nombre total des exemplaires tirés jusqu'en 1820 avait été de 34,011. Sur ce nombre, 991 seulement avaient été distribués gratuitement; les autres avaient été vendus au prix de revient.
La création de la Société biblique de Paris ralentit forcément l'activité
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de la Fondation Léo. Le 31 juillet 1830, elle résolut de placer à intérêts le capital quelle possédait et qui provenait de la vente des exemplaires, de capitaliser ces intérêts d'année en année, de manière à pouvoir exécuter des tirages du Nouveau Testament avec leur seul produit. De nombreuses éditions ont été faites de 1830 à nos jours. Les premières planches étant usées, on en fit établir d'autres d'un plus petit format, qui ont à leur t(mr subi le sort des premières. Mais c'est la Fondation Léo qui a presque toujours fourni à nos catéchumènes de Paris, luthériens et réformés, les Nouveaux Testaments qui leur sont remis au moment de leur confirmation ou de leur première communion.
Le Comité de la Fondation, renouvelé dans ces dernières années, et qui a pour président M. le pasteur L. Vernes, et pour secrétaire M. le pasteur Alfred Mettetal, a tenu à offrir aux jeunes gens de Paris — les seuls dont elle ait à se préoccuper — un Nouveau Testament digne d'elle-même et de nos Eglises. Elle a fait paraître en 1891 une des plus belles éditions du Nouveau Testament (version Ostervaldj qui existent. La maison Berger-Levrault y a apporté ses meilleurs soins : papier, caractères fondus exprès pour l'édition, format, filets rouges encadrant le texte de chaque page, tout dans ce dernier tirage fait honneur à la Fondation dont le nom rappelle celui d'un vrai ami de la Bible, qui a consacré ses efforts à la répandre parmi nous, et à la maison dont les presses ont servi pour cette récente publication.
Alfked Mettetal.