SCÈNE III
GRANGER, seul.
Donc sejongant ' de nos Lares ce vorace absorbeur de biens, chaque sol de rente que je soulois avoir deviendra parisis ! et le marteau de la jalousie ne sonnera plus les longues heures du désespoir dans le clocher de mon âme. D'un autre costé me puis-je résoudre au mariage, moy que les Livres ont instruit des accidens qu'il tire à sa cordelle ? Que je me marie ou que je ne me marie pas, je suis asseuré de me repentir. N'importe, ma femme prétendue n'est pas grande ; ayant à vestir une hère, je ne la puis prendre trop courte. On dit cependant qu'elle veut plastroner sa virginité contre les estocades de mes perfections. Hé ! à d'autres, un pucelage est plus difficile à porter qu'une cuirasse. Toutes les femmes ne sont-elles pas semblables aux arbres a « ac primo » ; comme les arbres, elles ont plusieurs testes ; comme les arbres, elles aiment cl'estre arrousées ; comme les arbres, si elles sont ou trop ou trop peu humectées, elles ne portent point ; comme les arbres, elles ont les fleurs auparavant que les fruits ; comme les arbres, elles déchargent quand on les secoue. Enfin, Jean Despantère 2 le confirme, quand il dit « Arboris est nomen muliebre » 3. Mais je croy que Paquier a beu de l'eau du fleuve « Léthé », ou que mon fils s'approche à pas d'Escrevisse ; je m'en vais « obviam » * droit à luy.