‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 109 sur 162 · EFFETS AMOUREUX D'UNE ABSENCE · texte numérisé non relu

EFFETS AMOUREUX D'UNE ABSENCE

Madame, Suis-je condamné à pleurer encore longtemps pour vostre absence, mes yeux ne sont plus que deux alambics par où distillent mon humide et ma vie. En vérité, je soupçonnerois (si ma mort vous estoit utile) que vous taschez d'osier toute l'eau de chez moy, de peur que je n'eschappe au feu. Cependant vostre entreprise n'auroit pas de succès : plus je mouille mon sein, plus il brusle, et sans doute que ce Dieu qui composa d'argile le corps du premier homme a taillé le mien * d'une pierre de chaux, puisque je m'allume dans l'eau. Je n'oserois plus marcher dans les rues, embrasé comme je suis, que les enfans ne m'environnent de fusées parce que je leur semble une figure d'artifice échapée de la Grève ; ny à la campagne, qu'on ne me prenne pour un de ses Ardens qui traisnent les gens à la rivière, et si vous ne revenez bientost, on vous répondra quelque jour, quand vous demanderez à me voir, que je suis la beste à feu qu'on montre aux Thuilleries ; alors vous aurez la bonté d'avoir un amant Salemandre, et le regret de voir brusler dès ce Monde, vostre Serviteur, De B...

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