‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 110 sur 162 · SUR DES BRACELETS DE CHEVEUX · texte numérisé non relu

SUR DES BRACELETS DE CHEVEUX

Mademoiselle. J'ay reçu vos brasselets marqués de vos chiffres, ne craignez donc plus b qu'un prisonnier arreslé par les bras et par le cœur vous eschappe. Je vous confesseray cependant [si vous ne me sembliez trop belle pour estre sorcière) que vostre don m'eust esté suspect, à cause qu'il entre quasi c tousjours des cheveux et des caractères dans la composition

a) 1654 : Il faut Lieu dire que mou père ne forma pas mon corps du mesme argile dont celuy du premier homme fut composé, mais qu'il le tailla sans doute. — b) magnifiques bracelets qui m'ont semblé tous glorieux de porter vos chiffres ; ne craignez plus après cela. — c) presque.

(1) Ms. f. 149'. — Œuvres diverses, lG5b. Lettres amoureuses, V, p. 282. Cette lettre, au point de vue du style, a été complètement refaite par Cyrano ; nous n'en indiquons pas les variantes, sauf celle du passage libertin. — (2) Ms. f. 171'. Œuvres diverses, 165b : Lettres amoureuses, VI, p. 285.

des charmes. Mais comme vous estes en possession de massacrer impunément, le venin vous est inutile, et quoy que je vous puisse convaincre avec ces brassclets d'avoir usé sur moy sinon de sortilège, au moins di- ligature', j'aurois tort de me dérober aux secrets de vostre magie, puisqu ayant à choir sous vos coups, mon trespas sera plus glorieux s'il b arrive par des moyens surnaturels et s'il faut un miracle pour me tuer''. Je m'imagine, Mademoiselle, nue vous prenez tout ceci pour une matamorade d . Hé ! bien ! parlons sérieusement, dites-moy donc en conscience, n'est-ce pas un cœur à bon marché qui ne vous cousle que trois ' coups de brosse. [Par] ma foy, si vous en trouvez plusieurs à ce prix-là, je vous conseille de les prendre, vous risquez peu de chose et pouvez gagner beaucoup, car il revient tousjours [plus facilement] des cheveux à la teste et non des cœurs à la poitrine ; peut-estre que, mesurant mon jnérite aia hardiesse deslever mes désirs jusqu'à vous, vous m'offrez vostre chevelure pour me traiter en Dieu. Mais peut-estre aussi (petite moqueuse) que me voulant donner à connoistre (comme vous estiez vivement touchée de mon amour , vous ni' avez envoie de vostre personne la partie la plus insensible. Quelques malicieuses cependant que soient vos intentions du bien ou du mal que vous me faites5, je confonds tellement la simpathie avec l'antipathie ,l, que les mains qui me frappent \ ou qui me caressent, me paroissent également souhaitables lors qu'elles sont à vous'. Celte lettre est une preuve assezconvaincante, puisqu'elle ne tend qu'à vous remercier de m avoir tiré par les cheveux, de m'avoir lié les bras, et par toutes ces violences m avoir fait, Mademoiselle, vostre esclave.

Page 1