REGRET D'UN ESLOIGNEMENT
Madame. Dois-je pleurer, dois-je escrire, dois-je mourir ? Il vaut mieux que j'escrive, mon cornet me prestera plus d'encre que mes yeux ne me fourniront de larmes, et quand je penserois guérir de la tristesse de vostre absence par ma mort, ce ne seroit pas me rapprocher de vous puisque Paris est plus près de Saumur, que Saumur des Champs-Elysées. Mais que vous escriray-je, bons Dieux ? Rien, sinon que j'espère bien tost faire voyage pour le Poitou, ou pour l'Enfer, que je vous prie de consoler mes Amis de la perte qu'ils font à cause de vous, et que si vous souhaitez me mander quelque chose, vous adressiez vos lettres au Cymetière de Saint-Jacques \ c'est là que vostre Messager aura de mes nouvelles. Le Fossoyeur ou mon Epitaphe luy apprendront mon logis et luy feront lire
(1) Ms. f. 147. — Publiée pour la première fois dans les Xouvelles Œuvret, 16G2, p. 23.
que ne sachant où vous rencontrer dans ce Monde, je suis party pour l'Autre, estant bien asseuré que vous y viendrez. Ce ne vous sera pas peu de consolation quand vous trouverez pour vous garantir des insolences du Diable, ce Diable, Madame, vostre serviteur, De Bergerac.