‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 118 sur 162 · REMONSTRANCES DES TROIS ESTATS · texte numérisé non relu

REMONSTRANCES DES TROIS ESTATS

féconds ny plus heureux en hommes sçavans ; qu'il a reconnu tous les excellens ouvriers par des pensions ou par des caresses glorieuses, et qu'il n'est point d'artisan fameux qui ne luy soit redevable de quelque avantage. Mais dans le gouvernement du Cardinal d'aujourd'huy, les Muses n'auroient pas esté ny plus ridicules, ny plus descriées, quand on auroit basty les Petites Maisons pour les renfermer, et quand le Parnasse n'auroit esté qu'un hospital de fous et de folles. Les plus illustres ouvriers meurent de faim sur leurs chefs-d'œuvres ; les Poètes, les Orateurs et les Philosophes ne comptent que le Cardinal Mazarin et la fortune entre leurs ennemis irréconciliables, et se voyent bannis d'où l'on n'appelle que les joueurs de Hoc et de Trie-Trac, qne des farceurs et des saltimbanques.

Il ne faut donc plus s'estonner que le Parlement ait eu des arrests contre un Ministre qui, hors la peste, nous envoyé tous les fléaux de Dieu, qui veut que la famine succède à la guerre et que la rage soit le dernier de ses dons et de nos supplices. Véritablement, une si auguste compagnie ne pouvoit plus glorieusement travailler ànostre salut, puisque c'est estre Dieu à l'homme que d'aider à l'homme, comme dit Pline, que c'est estre comme le fils du Très-Haut, au rapport de Salomon, que de délivrer celuy qui souffre quelque injustice, et que c'est pour cette raison que les Juges sont appelez Dieux dedans l'Escriture.

Ne te lasse pas cependant, pauvre peuple persécuté, de peur que tu n'adjoustes le désespoir à ton malheur, et que tu ne fasses naufrage après la tempeste. Comme les Cantarides ont dans leurs corps une certaine partie qui sert de contre-poison à leur poison mesme, et qu'on fait des Antidotes des plus grands venins, on tirera ton salut de ta souffrance, et ta consolation de tes regrets et de tes plaintes. Cesse de murmurer contre ceux qui te protègent et qui te soustiennent, de peur que ton murmure et tadeffiancene les rebutent ou ne les irritent, et qu'ils ne se repentent ou ne s'ennuyent de procurer du repos à ceux qui pourroient bien s'en rendre indignes. Après leur avoir fait pitié par tes pertes et par tes misères, eflbrcetoy de les gagner par ta patience, puisque c'est elle enfin qui conduit tous les grands desseins et qui les achève, qui donne le prix à chaque vertu, qui perfectionne la sagesse, qui donne toutes les victoires et qui couronne le Martyre. — D. B.

V. — REMONSTRANCES DES TROIS ESTATS, A LA REYNE RÉGENTE, POUR LA PAIX (1).

REMON'STRANCE DU CLERGÉ A LA REYN'E RÉGENTE

Madame. S'il est vray qu'il n'y ait que la conscience du meschant qui tremble tousjours, comme le Sage nous l'enseigne dans ses Proverbes, les très humbles Remonstrances que nous faisons à vostre Majesté nous

(1) Cette mazarinade : A Paris, chez Jean Bru.net... MDC.XL1X {iCk9), in-4 de 24 pp., est divisée en trois parties, les deux dernières avec titre particulier.

Page 1