‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 130 sur 162 · SERMON DU CURÉ DE COLIGNAC · texte numérisé non relu

SERMON DU CURÉ DE COLIGNAC

meau par le trou d'une aiguille. Là, là, là, moquez-vous-en, c'est l'Ecriture qui vous le dit : ce n'est pas moi encore un coup. Je vous le dis, faites refaire le Maîtrê-Autel : Dieu ne dit mot, mais il n'en pense pas moins. Et, en effet, quelle vilainie n'est-ce point de voir dans notre Eglise tous les Saints qui ne valent pas le Diable ?

Vraiment je suis bien aise que l'occasion se soit présentée de vous parler de notre S. Michel; dame, écoutez, il en faut acheter un neuf: ditesen deux mots à votre bourse, car pour la mienne il y a longtemps et vous savez que ce n'est pas d'aujourd'hui qu'un Sorcier de ce Bourg lui a noué l'éguillette, et ne me faites point sortir de mon terme. Je vous avertis donc que pour le Diable il n'est pas encore tant sot, mais pour Saint- Michel il ne vaut rien ; depuis les pieds jusqu'à la tête, vous l'avez tout brûlé à force d'y attacher des bougies. Cependant vous en devez offrir tantôt au Saint et tantôt au Dragon et cela seroit mieux. Car encore que Lucifer soit un vrai Diable, il est bon d'avoir des Amis en Paradis et en Enfer ; on ne sait pas où on se rencontre. Or bien, je supplie Dieu de tout mon cœur qu'il supplie la Sainte Vierge de supplier Monsieur Saint- Pierre, notre Patron, de vous faire tous gens de bien : mais c'est assez parlé de tout cela.

Revenons à nos Rois, si vous vous en moquez, à votre dam : la voye de perdition est large et spacieuse, et plusieurs se perdent en icelle. Encore un coup, mes Parroissiens, je vous l'ai déjà dit pour décharger ma conscience, que le plus grand signe de réprobation auquel un malheureux puisse être sujet en cette vie, c'est de ne pas donner de bonnes dîmes à son Curé. Regardez Caïn : qu'est-ce qui le fit damner ? Ce ne fut pas pour avoir tué son frère, ce fut bien pour autre chose. Ce fut, mes chers Parroissiens, pour avoir escorniffé les gerbes des Dîmes qu'il devoit à Dieu : Dieu y prit garde, il ne voulut pas le lui reprocher à son nez, car cela eût été vilain ; mais il permit que son frère Abel lui vint faire une querelle d'Alleman. Caïn qui avoit la tête près du bonnet lui donna sur la gueule. Abel le lui rend : les voilà aux mains, et le petit Abel, qui n'étoit encore qu'un jeune morveux, reçut un coup d'une mâchoire d'âne, mes chers Auditeurs, par derrière l'oreille, dont il fut échigné. Mais où sommes-nous donc maintenant ? Je ne sai, non certes, je ne sai. Jésus-Maria. Quel Coq à l'Ane ! au lieu de parler des Rois, je parle de mes Dîmes, c'est aussi Jean le Gris qui en est cause, car quand il m'apporte les siennes ce n'est qu'en rechignant, aussi bien que Louise Moinot, qui ne remplit les burettes de mon Neveu que de vin poussé, encore n'est-ce qu'à lèche doigt ; mais laissons tout ceci et revenons à nos Rois.

Ecoutez l'Ecriture, elle nous dit en termes exprès, que le premier apporta, attendez, je vais vous le dire en Latin, Aurrum, Mirrham et T/ius. Voilà comme parle l'Ecriture ; le premier apporta de l'Ormirrhe, le second apporta de l'Encens, et le troisième apporta, il apporta, Chrétiens... je voudrois bien savoir pourquoi attend le Compère Niquet, mon Boulanger,

à m'apporter le gâteau des Rois. J'ai pris du pain chez lui tout le long de l'année, est-ce la raison qu'il ne m'apporte pas un gâteau ? Où êtes-vous, mon Compère Niquet, où êtes-vous? Il n'est assurément pas à mon Sermon. Viens, viens Dimanche au Prône, chien de Galefretier que tu es, je parlerai bien à ta rouge barbe : ô Pardy, tu peux bien le croire, jamais gâteau ne te coûta si cher. Hé bien, regardez Chrétien troupeau, si les riches €e soucient de Dieu et de la Messe.

Mais parlons de nos Rois, le premier apporta de l'Ormirrhe, le second de l'Encens, et cet autre qui m'a diffamé la mémoire apporta, da, da, du ; je pense pourtant ne m'être point trompé : le troisième apporta... Hé, Pierre Brochet, puisque tu sors, dis un peu à Jacqueline, notre Servante, qu'elle prenne bien garde à ses allouettes qu'elles ne brûlent, car foi de Prêtre, si elle les laisse brûler elle les mangera. Et nos Rois donc ? Mais c'est trop longtems lanterner: Tiens, toi Massé qui me regarde, jette les yeux sur cet Autel où les voilà nichez. Tiens, ce petit Vieillard qui porte une longue barbe razée, c'est celui qui donna l'Ormirrhe, ce bonnet à main gauche donna l'Encens, et ce gras Mauricot qui marche derrière lui donna, lui donna... Ah ! par ma foi, mes Enfans, il ne lui donna rien : à cause de cela Dieu l'excommunia, et il devint noir comme vous le voyez.

Venez donc, Messieurs les Vilains, à l'Offrande sans rien apporter : Venez-y maintenant pour voir, car je vous promets que je mettrai devant l'Autel un pot de noir à noircir dont je vous servirai comme Dieu servit le Mauricot. Toutefois notre Seigneur est bon, et moi aussi. Venez seulement baiser la paix et cracher au bassin de bonne sorte, et du reste, quand vous manquerez aux autres choses, j'enfoncerai si avant mon bonnet qu'il me bouchera les yeux. Car, voyez-vous, la tempérance est une belle vertu, la Virginité fait fleurir, le jeûne est miraculeux quoique jamais saoul : Et cependant de toutes ces Vertus sans l'Offrande, il voudroit autant se coigner la tête contre une paroi ; mais cet orgueil, cette superbe vous entraînera dans l'abîme ; vous ne vonlez pas aller au bassin parce que d'autres y ont été devant vous. Eh que cela ne vous fasse point mal au cœur : allez, je vous promets que qniconque voudra passer devant celui qui anra juré de m'offrander un cart d'écu, je lui démantibulerai la gueule avec ma platine. Sans mentir, je lisois l'autre jour un beau trait de la Genèse.

C'est à propos de l'orgueil qui vous perdra tous, si vous n'y prenez garde. Lucibal qui étoit le plus beau de tous les Anges devint si outrecuidé... mais ma foi, il ne me souvient plus du reste, tant y a qu'il y arriva là-dessus de belles choses. Or c'est pour vous montrer que par conséquent la superbe est ordinairement accompagnée d'orgueil. Or bien, Dieu vous donne à tous son Paradis, car croyez-moi nous en avons tous besoin : Défunte ma bonne mère, à qui Dieu donne bonne vie et longue, ne nous prêchoit autre chose à ma sœur et à moi ; mais j'avois un éveillé frère, méchant comme un Juif, il s'appelait Tiebaut. Vous parlez d'orgueil, il n'y en avoit pas un dans la Paroisse comme lui, il n'y avoit donc que pour

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