‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 131 sur 162 · SERMON DU CURÉ DE COLIGNAC · texte numérisé non relu

SERMON DU CURÉ DE COLIGNAC

lui à carillonner le jour de la Dédicace, et comme si c'eut été à cette heure, il me souvient encore que l'on l'eut plutôt pendu que de lui ôter les sonnettes à la Procession. Regardez cependant, je croi que je tiens de race, car j'aime bien les Saints à cause qu'ils sont bons Frères, et je les aimerois vingt fois davantage s'ils n'étoient point glorieux.

Mais à propos des Rois. Il y a premièrement Sainte-Raine, c'est cette sainte qui guérit de la gale, vous l'aurez Lundi; vous aurez aussi, ah ! c'est Saint-Simon... Oh ! oh ! et qui a mis là cette bonne bête ? Dame, mes enfans, c'est Judas, et je ne sai pas ce que nous devons faire là-dessus. Je vous le dirai pourtant : si vous le trouvez à propos, nous ne fêterons que jusqu'à midi S. Simon, et pour Saint-Judas le Rousseau, il ira, s'il lui plaît, gratter son cul au Soleil, et si encore je ne sai pas, quand nous ne fêterions ni l'un ni l'autre, il n'y auroit pas grand mal. Car Saint-Simon a la mine de ne valoir pas grand'chose, puisqu'il a pour compagnon un si méchant garnement. Jeudi nous aurons encore une Fête que je ne saurois nommer, c'est une Fête qui est faite comme un Dindon. . Ha ! ah ! si fait, je m'en souviens, c'est Sainte-Croix. Et puis il y a encore une autre Fête qu'il ne faut pas oublier, c'est le premier Dimanche du mois ; vous l'aurez, et si je ne me trompe, vendredi : chaumons bien celui-là, c'est un grand Saint, et même à cause qu'il arrive souvent. J'àvois envie de vous en parler, mais je n'ai point trouvé sa vie dans la Légende. Il y a aussi dans ce même mois la Fête des quatre Frères, qui vinrent Saints à force de jeûner, ce sont les Quatre Tems. Je ne sai si ce que je vais vous apprendre est vrai : mais j'ai autrefois appris d'un vieux masson de cette contrée qu'il y a parmi nos Reliques le petit doigt du plus jeune Frère des Quatre- Tems. Il marque encore un saint dans le Calendrier qui n'est pas encore usité : il se nomme Sol in Cancer ; si vous m'en croyez pourtant, vous le fêterez bien : il faut que ce soit un Martyr, car il est marqué en rouge. Voilà toutes les Fêtes qui vous empêcheront entre cy et un mois de vaquer à vos œuvres manuelles ; tout le reste de mon exhortation ne consistera qu'en quelques avertissemens que j'ai à vous faire.

Le premier est que vous soyez plus diligens à la Messe de Paroisse et au Prône ; ne faites pas comme Nicolas Garnaux, qui s'en moque. Il dit à tout le monde qu'il n'y vient point parce qu'il sait bien tout ce que je veux dire ; et comment Diable le sauroit-il, je ne le sai pas moi-même? Ne voilà-t-il pas le conte de ma Bible : J'endurcirai le cœur de Pharao ? Plus de remors, plus de vers de conscience, la mesure est au comble ; ce qui est une marque qu'ils sont réprouvés dès cette vie, comme dit saint Paul, c'est qu'ils médisent de leur Curé. Oûy, Jaqueline Lambert a dit à quelqu'un que je m'étois vanté de savoir de bonne part qne la grosse Périne avoit fait un enfant : mais elle en a menti, la Carogne qu'elle est, je n'en ai jamais parlé à personne, et puis je serois bien misérable, la pauvre Périne me l'a dit à confesse : et vous savez qu'il nous est expressément deffendu de révéler la Confession. Mais moi, si je voulois dire

qu'elle va toutes les nuits coucher avec le Vicaire de Bonne-Val. Cependant je n'ai garde, car la Coquine seroit assez sotte pour ne plus revenir à Confesse. Je le dis de bon cœur, que Saint-Pierre d'Alcantarame soit témoin, si je ne voudrois pour venger tous les bons Saints de Paradis avoir coèffe de cornes son Huguenot de Mari. C'est ce Satan-là qui lui apprend toutes les vilainies qu'elle fait ; par ma foi si j'avois été Pape, j'aurois permis aux Huguenots de se loger par tout où ils eussent voulu : mais je leur aurois défendu de se loger dans aucune Paroisse et j'aurois fait encore cent autres belles Loix. Cependant, quand il n'y en aura plus, je le pourrai bien être ; l'on en a élu un depuis peu. Je n'y ai pas été nommé, l'Eglise ne l'a point voulu, à son dam : Je vois bien toutefois que si mes Dîmes ne se payent d'une autre façon je serai contraint de me retirer hors du monde, prendre le peu de bien que j'ai et m'en aller à Rome me rendre Cardinal.

Mais revenons à nos moutons, il faut que je vous dise que Maturin Moigneux a cru me faire grand dépit de clabauder par tout que j'avois dit trois Messes en une matinée. Hé bien, quand cela seroit, si j'en dis une je fais bien, et si j'en dis trois je fais deux fois mieux ; et qu'en dépit du Maraut : Mais quoi ! ce sont des gens qui n'ont non plus de dévotion ni à l'Offrande, ni à la Dîme que des vrais Atéistes, aussi Dieu retirera ses grâces ; ils ne vont pas seulement à la Procession. A propos c'est demain celle d'alentour des Blez ; qu'on vienne de bonne heure. Dame écoutez, je me tiendrai sous la porte du Chapitre, et personne n'y viendra qu'il n'ait une bougie d'un double que je lui vendrai un sol : c'est bien le moins que sauroit valoir la bénédiction qu'un carolus. Cela sera beau de vous voir autour de vôtre Bannière les bras croisez ou branlans comme des sots. Ce carolus-là est sans préjudice du sou de Confesse que je prétends que vous me teniez compte.

Croyez-vous me tenir dans ma Chaire toute une journée pour vos beaux yeux ? Nenni, nenni, mes chères Ouailles, je ne suis pas si sot, de rien on ne fait rien ; quand on blanchit mes rabats, je donne deux liards de la pièce, et moi, quand j'aurai blanchi vos consciences plus blanches que ne sont mes rabats, vous croyez me payer d'un grand merci ; vous principalement qui ne dites non plus votre Pater Noster que des margajas ; vous, qui êtes cause par vos exécrables Dîmes et vos offrandes sacrilèges, que Notre Seigneur ne revient plus au monde. C'est un mystère à quoi je songeois l'autre jour en composant le Sermon d'aujourd'hui. Car en effet, puisqu'il y est déjà venu, il y viendroit bien encore ; Considérez cependant que s'il y venoit, mort de ma vie, les trois Rois logeroient chez moi, oui chez moi, et lui ne logeroit pas à vos maisons; car vous ne mangez que du lard, et les Juifs n'en mangent point. Il ne logeroit pas non plus au Château, car c'est la maison de Pilate. Où logeroit-il donc, sinon à mon Presbitère ? Toutefois, il est bon et sage, il en fera là-dessus comme il lui plaira, et ce qu'il jugera le plus à propos pour votre salut. Mais si Notre

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