‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 132 sur 162 · SERMON DU CURÉ DE COLIGNA.C · texte numérisé non relu

SERMON DU CURÉ DE COLIGNA.C

Seigneur ne revient plus au monde, je m'en vais mettre mes deux oreilles, que c'est à cause de ces Parpaillots qui se mocquent de nos Reliques. Cependant vous sçavez qu'elles ne sont pas comme celles du Curé de Torigneux, qui a fait le bras de Saint-Etienne d'un os de Porcfrais. Dans les nôtres on y voit les plus belles choses du monde : Il y a une dent de la vraie Croix, deux Soupirs de Saint-Jean Baptiste, la lanterne de Judas, du lait des onze mille Vierges, du Han de Saint-Joseph, de la Sueur de Saint-Christophe, et un petit bout de la Corde avec laquelle Judas s'est étranglé, et mille autres beautés.

Cependant mademoiselle la Begueulle s'en moque : Hé bien, Migorée au Diable, moque-t-en situ veux, le Seigneur se moquera de toi. Oui, l'autre jour encore, pendant les Vêpres elle jouoit aux quilles avec ces Garçons. Ah ! que ne me trouvois-je là en ce temps ! Je pense que je l'aurois bien quillée, aussi bien que les autres qui veulent faire les demoiselles. Elles aiment mieux dormir la grasse matinée que de venir seulement au Prône ; elles disent qu'il est trop long. Vraiment, si j'étois là, je vous ferois bien lever le cul. Comment, vous êtes dans votre lit, les jambes étendues à faire les paresseuses, pendant que je suis dans la Chaire de vérité à faire le fol une heure d'horloge : et de tout cela vous croyez en être quitte à si bon marché : c'est pour votre chien de nez. Quoi I vous avez peur de vous écorcher les genoux à trop prier Dieu, mais Dieu vous en fera de même. Vous ne sçauriez donner dix sols pour une Messe avec ses fournitures, mais Notre Seigneur, qui voit votre vilainie encore qu'il n'en dit mot, il n'en pense pas moins, il vous attend au trébuchet et vous répondra, quand vous lui demanderez quelque chose : Compère le Riche, à vilain, vilain et demi. Voilà par exemple, Jeanne le Noir ne devroit-elle pas fournir tous les jours des prières à cause de ce gros mariage ; et de plus ne devroit-elle pas dire tous les jours dans ses prières : Seigneur, vous sçavez que ma fille est fiancée à Guillaume le Riche, mais il ne l'aime guère. Ha, si vous sçaviez comme Notre Seigneur aime les prières dévotes et judicieuses, vous en seriez tout ébahis.

Or sus, mes chères Ouailles, voilà tout ce que je vous sçaurois dire, si après tout le soin que je prends à vous faire payer vos Dîmes pour la décharge de ma conscience et pour votre Salut, vous croyez que je ne fasse pas assez bien mon devoir, priez pour moi le Pasteur de l'Eglise, je veux dire Saint-Pierre, notre Patron ; dites-lui le plus haut que vous pourrez : Ecoutez notre Pasteur, Monsieur Saint-Pierre, maître Jean est bonne personne, de soi il n'y a rien de meilleur, si les envieux en médisent, ne les croyez point et n'y prenez pas garde. Dame, il est vrai que nous ne sommes que de petites lumières qui ne sont guères lumineuses ; mais, notre Patron, prenez que nous ne sommes tous que des chandelles de deux liards, et vous que vous soyez un gros falot, c'est tout de même. Dame, voilà comme vous devriez m'excuser, je n'en ferois pas moins pour vous : il ne faut pas être honteux de s'aider l'un l'autre, l'on ne se hazarde

pas trop à se fourrer entre les jambes de Saint-Pierre, car la porte du Royaume des Cieux est si étroite que l'on est contraint de se racroupir tout d'un coup en un petit tampon. Je m'en rapporte à Saint-Paul, si beau et grand Hallebardier qu'il étoit, on ne le fit pas dégringoler de son cheval, encore fut-il trouvé trop grand de toute la tête.

Or, sus, je n'ai plus rien à vous dire, le temps passe, sinon que je recommande à vos prières les Bienfaiteurs de cette Eglise, et nos Parens et amis trépassez, et Monsieur et Mademoiselle de Colignac, encore pour ceux-là c'est dévotion : mais je vous recommande principalement et pardessus tout à vos bonnes prières la femme de Salomon le Balafré ; elle m'apporta hier au soir tout tard un coin de beurre, et que je meure à la fin de mes jours, si ce n'est le plus beau coin de beurre que j'ai vu de l'année ; n'oubliez donc pas de prier Dieu pour elle, ou de mériter par la même action , afin que je fasse prier Dieu pour vous ; car comme vous le sçavez, la Foi sans les œuvres est morte. Et si vous pensez de reposer votre salut sur la Foi de la femme de Salomon, elle iroit toute seule en Paradis, et vous autres iriez tous de compagnie à tous les Diables ; à quoi sert de tant hésiter à vous le dire, je ne sçaurois trahir mon sentiment. Mais il me semble que voilà l'heure qui sonne, Dieu vous en fasse à tous la grâce.

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