SCÈNE IV GRANGER, PAQUIER, GENEVOTE, CORBINELI
GRANGBR
Au feu ! au feu !
GENEVOTE
Où est-ce ? Où est-ce ?
GRANGER
Dans la plus haute région de l'air, selon l'opinion des Péripatéticiens. Hé bien, Mademoiselle, [ne] suis-je pas habile à la riposte ? Mais j'ay '
a) 1654 : pourtant. — b) de quelque. — c) l'esprit. — d) La corde. — e) Ouy, mais j'en avois plus d'une. Je vais engager. — /) N'ay-je pas.
(1) Cette réplique de Genevule commence la scène IV dans l'éd. orig. de 1654. — (2) Cette réplique de Corbineli finit la scène IV dans l'imprimé, la scène V suit naturellement alors qu'elle est la IV* dans le Ms., cette différence, apparente seulement, d'une scène, en faveur de l'imprimé, se maintiendra jusqu'à la fin du V* acte.
guéry le mal aussi-tost que je l'ay [eu] fait ? Ma langue est une Vipère, qui porta le venin et le Tériaque tout ensemble, c'est la pique d'Achille, qui seule peut guérir les blessures qu'elle a faites ; et, bien loin de ressembler 'aux Boureaux de la Faculté de Médecine, qui d'une égratignure font une grande playe, d'une grande playe je fais moins qu'une égratignure.
Nous perdons autant de temps que si nous ne devions pas aujourd'huy faire la Comédie. Je m'en vais instruire ces gens icy de ce qu'ils auront à dire ; cependant gardez bien la porte de chez vous, je vous donnerois des préceptes mais vous n'aurez a pas le temps d'étudier une longue préparation b. Je prendray soin, me tenant derrière vous', de vousd souffler ce que vous aurez à faire e. Vous, Monsieur, vous paroistrez durant toute la pièce, et quoy que d'abord vostre personnage semble sérieux, il n'y en a pas un si bouffon.
ORANGER
Qu'est-ce cy ? Vous m'engagez à soustenir des roolles en vos Bâtelages, et vous ne m'en racontez pas seulement le sujet !
CORBINELI
Je vous en cache la conduite pour cause ' ; si je vous l'expliquois à cette heure, vous auriez bien le plaisir maintenant de voir un beau demeslement, mais non pas celuy d'estre surpris. En vérité, je vous jure que lors [que] vous verrez tantost la péripétie d'un intrigue si bien démeslé, vous confesserez vous-mesme que nous aurions esté des idiots, si nous vous l'avions découvert. Je veux toutefois vous en ébaucher un racourcy. Doncques ce que je désire vous représenter est une véritable histoire, et vous le connoistrez quand la Scène se fermera. Nous la posons à Constantinople, quoy qu'elle se passe autre part. Vous verrez un homme du tiers Estât, riche de deux enfans, et de force quarts d'escus : Le Fils restoit à pourvoir ; il s'affectionne d'une Damoiselle de qualité fort proche parente de son beau-frère ; il aime, il est aimé, mais son père s'oppose à l'achèvement mutuel de leurs desseins. II entre en désespoir, sa Maistrese de mesme. Enfin les voilà prests, en se tuant, de clore cette Pièce par une catastrophe. Mais ce Père, dont le naturel est bon, n'a pas la cruauté de souffrir à ses yeux une si tragique avanture ; il preste son consentement aux volontez du Ciel et fait les cérémonies du mariage, dont l'union parfaite5 de [ces] deux cœurs avoit déjà accompli^ le Sacrement.
GRANGER
Tu viens de rasseoir mon âme dans la chaire pacifique d'où l'avoient culbutée mille appréhensions cornues. Va paisiblement conférer avec tes
a) 1654 : Je te donnerois bien des préceptes, Paquier, mais tu n'aurois. — b) d'apprendre tant de choses par cœur. — c) toy. — d) te. — e) tu auras à dire. — /) parce que. — g) secrète. — h) commencé.
Acteurs ; je te déclare Plénipotentiaire de ce Traitté comique. Toy, Paquier, je te fais le Portier effroyable de l'introïte de mes Lares*. Aye cure de les propugner* contre les inondations de ce3 Fanfaron, du Bourgeois et du Page, qui, sçachant qu'on fait icy des jeux3, ne manqueront pas d'y transporter leurs ignares personnes. Je te mets là des monstres en teste qu'il te faut combattre diversement. Tu verras diverses sortes de visages. Les uns t'aborderont froidement, et, si tu les refuses, aussi-tost glaive en l'air, et forceront ta porte avec brutalité. Le moins de résistance que tu feras, c'est le meilleur. II t'en conviendra voir d'autres, la barbe faite en garde de poignard, aux moustaches rubantées, au crin poudré, au manteau galonné, qui, tout eschauffez, se présenteront à toy. Si tu t'opposes à leur torrent, ils te traitteront de fat, se formaliseront que tu ne les connois plus \ Dès qu'ils t'auront arraisonné de la sorte, juge qu'ils ont trop bonne mine pour estre bien meschans ; avale toutes leurs injures. Mais si la main entreprend d'officier pour la langue, sersc-toy de la règle « Mobile pro Fixo4 », c'est un baume aussi souverain contre les Rodomonts que Veau béniste contre les Diables. D'autres, pour s'introduire, demanderont à parler à quelque Acteur pour affaire d'importance et qui ne se peut remettre ; d'autres auront 'quelques hardes à leur porter. A tous ceux-là « Nescio vos ». D'autres, comme les Pages, environnez chacun d'un Clerc, d'un Escolier, d'un Courtaut et d'une Putain, viendront pour estre admis : Reçois-en la moitié, chasse l'autreà. Ce n'est pas que cette race de Pigmées puisse [de soy] rien effectuer de terrible ; mais elle iroit conglober un torrent de canailles armées qui déborderoit sur toy, comme un essein de guespes sur une poire molle « Vale, mi care » .