ÉPITRE DÉDICATOIRE ET PRIVILEGE
verain, quoy qu'elle n'ait poursuivy la mort de Tibère que pour vanger celle de Gerraanicus, et n'ait esté infidelle Sujette, que pour estre fidelle à son Espoux : mais en faveur de sa vertu, elle espère cette grâce de vostre bonté, dont elle ne sera pas ingrate ; car elle m'a promis que sa reconnoissance publiera par tout les merveilleux éloges de vostre vertu, qui donne plus d'éclat à vostre sang (1) qu'elle n'en a receu de luy, encore que la source en soit Royalle. Ceux de vostre prudence dans les négotiations les plus importantes de l'Estat, que l'on nous propose comme un portrait achevé de la Sagesse : Ceux de vostre valeur dans les combats dont elle règle les événements, au préjudice du pouvoir absolu que la Fortune s'en est réservé ; et ceux enfin, Monseigneur, de vostre courage qui n'a jamais veu de péril qu'au dessous de luy. Ces considérations me font espérer que la généreuse Agrippine ayant esté présente à toutes les victoires de son Héros, elle n'ignore pas en quels termes elle doit parler des vostres, et je suis mesme certain qu'elle leur rendra justice, sans qu'on l'accuse de flaterie ; car si vous estes d'un mérite à ne pouvoir estre flaté, elle est aussi d'un rang à ne pouvoir flater. Mais, Monseigneur, que pourroit-elle dire qui ne soit connu de toute la Terre ; vous l'avez veuë presqu'entière en victorieux (2), et par un prodige inouy vostre visage mesme n'y est guères moins connu que son nom. Souffrez donc que je vous offre cette Princesse, sans vous rien promettre d'elle que cet adveu public qu'elle vient vous faire, qu'enfin elle a trouvé un Héros plus grand que Gerraanicus. Au reste, elle cessera de déplorer ses malheurs, si par le tableau de sa pitoyable avanture, elle vous donne au moins quelque estime de sa constance, et moy je me croiray trop bien récompensé du présent que je luy fais de cette seconde vie si, n'estant plus que mémoire, elle vous fait souvenir que je suis,
Monseigneur,
Vostre très-humble, très-obéyssant et très-passionné serviteur,
De Cyrano Bergerac.
Privilège du Roy.
Louis par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre : A nos amez et féaux Conseillers les Gens tenans nos Cours de Parlement, Maistres des Requestes ordinaires de nostre Hostel, Baillifs, Seneschaux, Prevosts, leurs Lieutenans, et à tous autres nos Justiciers et Officiers qu'il appartiendra, Salut. Nostre cher et bien amé le Sieur de Bergerac nous a fait remonstrer qu'il a composé une Pièce de Théâtre intitulée La Mort
(1) En marge : Les Roy d'Arragon et les Comtes de Thoulouze, dont quelquesuns ont régné en Jérusalem.
(2) En marge : Monseigneur L. D. d'Arpajon a commandé en France, en Alsace, Flandres, Lorraine, Italie, Roussillon, Malthe, Venise, Pologne, etc.