NET. VA
Le Sceptre qu'en tes mains dispute son renom, Dans tes mains esbranlé ne tient plus qu'à ton nom ; Cours le prix d'une gloire en gloire sans seconde, Au bout de la carrière est le Thrùne du monde ; Mais encor qu'il puisse estre à tous deux destine, Qui l'atteindra plustost y sera couronné. En partant le premier devance donc sa course, Et coupe les ruisseaux du torrent dès la source :
(1) Les armées romaines décernaient souvent le titre d" ' imperator à leurs généraux (P. L.).
IA MORT d'aGRIPPIÎSE, TRAGÉDIE 113
Quoy? supporteras-tu, sans honte ou sans efïroy, Que l'Empire balance entre une femme et toy ? Pers, pers cette Orgueilleuse avant qu'elle connoisse De ton règne esbranlé la mortelle foiblesse. Un soupçon de révolte, à l'apparence joint, Est un crime d'Estat qu'on ne pardonne point : César, il la faut perdre.
Oiiy. Nerva, je la donne Sans rien examiner au bien de ma Couronne, Elle mourra !
NERVA
César...
TIBÈRE
Elle mourra... Mais Dieux !
Comment me desrober au peuple furieux ? Car si de ce combat j'emporte la victoire, Son sang pour la venger peut jaillir sur ma gloire ; C'est un foudre grondant, suspendu, prest à cheoir, Qu'au dessus de ma teste il ne faut pas mouvoir.
NERVA
Non, Seigneur, non, sa perte est et seure et facille.
TIBÈRE
Il faut donc l'engager à sortir de la ville...
NERVA
Elle iroit, la Superbe, en cent climats divers Promener la révolte au bout de l'Univers, Et jettant du discord la semence féconde, Armeroit contre toy les deux moytiez du Monde; Elle uniroit les bras de tout le Genre Humain, Joindroit les deux Soleils du Parthe et du Germain, Provoqueroit la Paix à te faire la guerre, Et sur toy seul enfin renverseroit la Terre.
TIBÈRE
Pour l'empescher d'agir, il faut la rasseurer ;
Si son crime paroist, feindre de l'ignorer;
Et puis, quand nous aurons le secours que j'espère,
La mienne à découvert bravera sa colère.
Mais la voici... N'importe ! il faut la régaler
D une offre dont l'esclat suffit pour l'aveugler.
114 LA MORT d'aGRIPPINE, TRAGÉDIE
Voy comme son front cache et montre sa vengeance, Et dans quelle fierté la Superbe s'avance ! Pour me tromper encor elle vient en ces lieux ; Mais escoute-nous feindre à qui feindra le mieux.