SCÈNE III SÉJANUS, AGRIPPINE, TÉRENTIUS
SÉJANUS
Lors que contre soy-mesme avec nous il conspire. Quelle raison vous meut à refuser l'Empire ?
LA MORT d'aGRIPPINE, TRAGEDIE 117
AGRIPPINE
Alors que dans ton sein mon Portraict fut tracé,
Le Portraict de Tibère en fût-il effacé ?
Ou des-accoustumé du visage d'un Traistre,
L'as-tu veu sans le voir et sans le reconnoistre ?
Je t'excuse pourtant! Non, tu ne l'as point veu,
Il estoit trop masqué pour estre reconnu !
Un homme franc, ouvert, sans haine, sans colère,
Incapable de peur, ce n'est point là Tibère ;
Dans tout ce qu'il paroist, Tibère n'est point là :
Mais Tibère est caché derrière tout cela ;
De monter à son Thrône il ne m'a poursuivie
Qu'à dessein d'espier s'il me faisoit envie;
Et pour peu qu'à son offre il m'eût veu balancer,
Conclure aveuglement que je l'en veus chasser :
Mais quand il agiroit d'une amitié sincère,
Quand le ressentiment des bienfaits de mon Père,
Ou quand son repentir eust mon chois appelle
A la possession du bien qu'il m'a voilé,
Sçache que je préfère à l'or d'une Couronne
Le plaisir furieux que la vengeance donne ;
Point de Sceptre aux despens d'un si noble courroux,
Et du vœu qui me lie à venger mon Espoux.
Mais bien loin qu'acceptant la suprême Puissance Je perde le motif d'une juste vengeance : Je veux qu'il la retienne, afin de maintenir Agrippine et sa race au droict de le punir ; Si je l'eusse accepté, ma vengeance assouvie N'auroit peu sans reproche attenter sur sa vie, Et je veux que le rang qu'il me retient à tort Me conserve tousjours un motif pour sa mort.
D'ailleurs, c'est à mon Fils qu'il remettoit l'Empire ; Est-ce au nom de sujet où ton grand cœur aspire ? Penses-y meurement ; quel que soit ton dessein, Tu ne m'espouseras que le Sceptre à la main.
Mais adieu. Va sonder où tend tout ce mystère, Et confirme tousjours mon refus à Tibère.