‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 67 sur 162 · TIBERE, AGRIPPINE, CORNÉLIE , TROUPE DE GARDES · texte numérisé non relu

TIBERE, AGRIPPINE, CORNÉLIE , TROUPE DE GARDES

tibère, la surprenant.

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AGRIPPINB

Quoy, Seigneur ?

TIBÈRB

Le propos détestable Où je vous ay surprise.

LA. MORT d'aGRIPPINE, TRAGEDIE 125

AGRIPPÏNE

Ah ! ce propos damnable D'une si grande horreur tous mes sens travailla, Que l'objet du fantosme en sursaut m'esveilla.

TIBÈRE

Quoy I cela n'est qu'un songe, et l'horrible blasphème Qui chocque des Césars la Majesté suprême Ne fut dit qu'en dormant ?

AGRIPPÏNE

Non, César, qu'en dormant ; Mais les Dieux qui, pour lors, nous parlent clairement, Par de certains effets, dont ils meuvent les causes, En nous fermant les yeux nous font voir toutes choses ; Escoute donc, Seigneur, le songe que j'ay fait, Afin que le récit en détourne l'effet :

Je réclamois des Dieux la sagesse profonde De régir par tes mains les affaires du monde, Quand les sacrez Pavots qui nous tombent des Cieux, D'un sommeil prophétique ont attaché mes yeux. Après mille embarras d'espèces mal formées Que la chaleur vitale entretient de fumées, Je ne sçay quoy de blesme et qui marchoit vers moy, A crié par trois fois : « César, prens garde à toy ! »

Un grand bruict aussi-tost m'a fait tourner visage, Et j'ay veu de César la pâlissante Image, Qui couroit hors d'haleine en me tendant les bras... Oùy, César, je t'ay veu menacé du trespas. Mais comme à ton secours je vollois, ce me semble, Nombre de meurtriers qui couroient tous ensemble T'ont percé sur mon sein ; Brutus les conduisoit, Qui loing de s'estonner du grand coup qu'il osoit, « Sur son Thrône, a-t-il dit, hérissé d'halebardes, Je veux, le massacrant au milieu de ses Gardes, Voir couler par ruisseaux de son cœur expirant Tout le sang corrompu dont se forme un Tyran ! » J'en estois là, Seigneur, quand tu m'as entendue.

TIBÈRE

La réponse est d'esprit et n'est pas mal conceuë.

AGRIPPÏNE

Ha! César, il n'est plus d'azyle en ta maison. Quoy ! tu tiens pour suspects de fer et de poison Jusques à tes parens, avec qui la Nature

T'attache par des nœuds d'immortelle tissure ;

Connois mieux Agrippine, et cesse d'opprimer,

Avec ceux que ton sang oblige de t'aymer

Ceux que soustient ton rang... Séjanus par exemple,

Superbe, sanguinaire, homme à brusler un Temple,

Mais qui pour ton salut accepteroit la mort,

Ne peut estre accusé ny soupçonné qu'à tort !

Et cependant, César, un fourbe, un lasche, un traistre,

Pour gaigner en dateur l'oreille de son Maistre,

Peut te dire aujourd'huy

(Séjanus entre sans estre veu d' Agrippine ny de Tibère.)

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