SCENE II NERVA, TIBERE, LIVILLA
NERVA
Seigneur, il est jugé ; quand on a leu ta lettre,
Sans que pour luy personne ayt osé s'entremettre,
Comme si son mal-heur estoit contagieux,
Chacun de son visage a détourné les yeux ;
Ce puissant Séjanus, si grand, si craint n'aguière,
Cette Divinité du noble et du vulgaire,
A qui le peuple au Temple appendoit des Tableaux,
A qui l'on décernoit des triomphes nouveaux,
Qu'on regardoit au Thrône avec idolâtrie,
Nommé par le Sénat, Père de la Patrie,
Dans un Corps où pour tel chacun l'avoit tenu,
Va pas trouvé d'enfans qui l'ayent reconnu ;
Ils l'ont condamné tous d'une voix unanime,
Au supplice du roc pour expier son crime :
Ce coupable est desjà dans la court descendu,
Où par l'Exécuteur ton ordre est attendu.
LIVILLA
César, au nom des Dieux, commande qu'on l'ameine Il importe à ta vie, il importe à ma haine, Qu'avant le coup fatal nous puissions nous parler ; Car j'ay d'autres secrets encor à révêler
TIBÈRE
Fais qu'il monte, Nerva.
(1) Les officiers du souverain étaient pensionnés ou payés sur son épargne, ou sur ses revenus particuliers. Il y avait alors, en France, des Trésoriers de l'Epargne du roi. (P. L )
LA MORT d'aGRIPPINE, TRAGEDIE 145