CONTRE LE GRAS MONTFLEURY, MAUVAIS AUTEUR ET COMÉDIEN
Gras Montfleury K Enfin, je vous ay vu. Mes prunelles ont achevé sur vous de grands voyages ; et le jour que vous éboulâtes corporellement jusqu'à moy, j'eus le temps de parcourir vostre hémisphère, ou pour parler plus véritablement, d'en découvrir quelques cantons. Mais comme je ne suis pas tout seul les yeux de tout le monde, permettez que je donne vostre portraict à la postérité, qui sera sans doute k bien-aise de sçavoir un jour comment vous estiez fait. On sçaura donc, en premier lieu, que la Nature qui vous ficha une teste sur la poitrine ne voulut pas expressément y mettre de col, afin de le dérober aux malignitez de vostre horoscope ; que
a) 1654 : vostre Faux-bourg. — b) d'arbre. — c) fertile. — d) mais je sçay bien que ces sortes d'injures passent fort loin de vous, et que vos calomniateurs. — e) tant d'injures. — /) brette. — g) accusé comme aujourd'huy. — /<) parce que ces Messieurs qui vous méprisent fort, et dont je fais beaucoup d'estime, penseroient que je suis le. — i) tambourineux (3). — j) Enfin, gros homme. — k) un jour.
(1) Le valet, qui est la troisième figure. — (2) Contes ridicules. — (3) C'est-à-dire de la plus misérable condition. Le tambourineux c'était le crieur public qui tembourinait le» objets perdus. — (4) Ms. f. 127. — Dans les Œuvres diverses, 165b : Lettre satyrique, X (IX par erreur) p. 153. Contre un gros homme. Il s'agit de Zacharie Jacob, dit Montfleury, comédien et auteur dramatique, né en 1000, mort en décembre 1667. M. P. Brun a cru qu'il s'agissait de son fils, Antoine Jacob, dit Montfleury, et cependant aucune équivoque n'est possible, puisque le texte du Ms. de la Bibl. nat. cite La Mort d'Asdrubat, tragédie de Zacharie Jacob, publiée en 1647. La même erreur a été commise par P. Lacroix.
vostre âme est si grosse, qu'elle serviroit bien de corps à une personne un peu déliée ; que vous avez ce qu'aux hommes on appelle la face, si fort au-dessous des espaules, et ce qu'on appelle les espaules si fort au-dessus de la face, que vous semblez un sainct Denys portant son chef entre ses mains. Encore je ne dis que la moitié de ce que je voy, car si je descends mes regards jusqu'à vostre bedaine, je m'imagine voir aux Limbes tous les Fidèles dans le sein d'Abraham, Saincte Ursule qui porte les unze mille Vierges enveloppées dans son manteau, ou le cheval de Troye farcy de quarante mille hommes. Mais je me trompe, vous paroissez* quelque chose encore de plus gros et de plus vilain, ma raison trouve bien plus d'apparence à croire que vous estes une apostume b de la Nature qui rend la Terre jumelle. Hé ! quoy, vous n'ouvrez jamais la bouche qu'on ne se souvienne de la fable de Phaëton où le Globe de la Terre parle ' ; oûy, le Globe de la Terre. Et si la Terre est un animal, vous voyant (comme asseurent quelques Philosophes) aussi rond et aussi large qu'elle, je soustiens que vous estes son masle, et qu'elle a depuis peu accouché de l'Amérique, dont vous l'avez engrossée. Hé ! bien, qu'en dites-vous, le portraict est-il ressemblant, pour n'y avoir donné qu'une touche ? Par l'expression de vostre rontondité vénérable, riay-je pas adroictement fait connoistre que l'interposition d'un Globe si grand et si opaque doit faire éclipser les Soleils dont toutes vos Comédies sont éclairées. N'ay-je pas en arrondissant l'espaisseur de vostre masse c appris à nos nepveux que vous n'estes point fourbe, puis que vous marchez rondement ? Pouvois-je mieux convaincre de mensonge ceux qui vous menassent de pauvreté, qu'en leur faisant voir à l'oeil que vous roulerez tousjours. Et enfin estoit-il possible d'enseigner plus intelligiblement que vous estes un miracle, puisque l'embonpoint de vostre chair inanimée d vous fait prendre par vos spectateurs pour une longe de veau qui se promène sur ses lardons ? Je me doute bien que vous m'objecterez qu'une Boule, qu'un Globe, ny qu'un morceau de chair ne font pas des ouvrages de théâtre et que le grand Asdrubal2 est sorti de vos mains6. Mais entre vous et moy, vous en connoissez l'encloûeure ; il n'y a personne en France ' qui ne sçache que cette tragédie est la Corneille d'Esope, qu'elle a esté construite d'un impôt par vous establi sur tous les poètes de ce temps, que vous l'avez sceuë par cœur auparavant que de l'avoir imaginée
a) 1654 : estes. — b) une loupe aux entrailles. — c) par la description de vostre sphère de chair, dont tous les membres sont si ronds, que chacun fait un cercle, et par l'arondissement universel de vostre espaisse masse, n'ay-je pas. — d) vostre gras embonpoint. — e) et que la belle Sidon vous a fait triompher sur les Théâtres de Venise (3). — /} en Italie.
(1) Ovide, dans ses Métamorphoses. — (2) La mort d'Asdrubal, tragédie du sieur de Montfleury, comédien de la troupe royale. A Paris, chez Toussaint Quinet, au Palais, sous la montée de la Cour des Aydes, fS47, in-4 (avec le portrait de Montfleury). — (3) Voir T. I, p. LI, note 1. L Ambiga comique, ou les Amours de Didon et d'&née, 1673, in-12, tel est le titre de la pièce du fils de Montfleury, auquel Cyrano aurait fait allusion, suivant P. Lacroix ; or Antoine Jacob était né en 1640 !
qu'estant tirée de toutes les autres', on la peut appeller la Pièce des pièces, et que vous seriez non seulement un Globe, une Boule et un morceau de chair, mais encore un miroir qui prend tout ce qu'on luy montre, n'estoit que vous représentez trop mal b. Confessez donc la dette % je n'en parleray point ; au contraire, pour vous excuser, je diray à tout le monde que vostre Reyne de Carthage doit estre un corps composé de toutes les natures, parce qu'estant d'Afrique, c'est de là que viennent les Monstres. Et j'adjoûteray mesme que cette pièce fut trouvée si belle, qu'à mesure que vous la Jouiez* tout le monde lajoiioit. Quelques ignorans peut-estre conclueront, à cause de la stérilité de pensées qu'on y trouve, que vous ne pensiez à rien quand vous la fistes ; mais tous les habiles sçavent qu'afin d'éviter l'obscurité, vous y avez mis les bonnes choses fort claires, et quand mesme ils auroient prouvé que depuis l'ortie jusqu'au sapin, c'est-à-dire depuis Scarron e jusqu'à Corneille, tous les Poètes ont accouché de vostre enfant, ils ne pourroient rien inférer, sinon qu'une âme ordinaire n'estant pas assez grande pour vivifier vostçe masse de bout en bout, vous fustes animé de celle du monde, et qu'aujourd'huy c'est ce qui est cause que vous imaginez par le cerveau de tous les hommes. Mais encore ces stupides* sont bien esloignez d'avouer que vous imaginez ; ils soustiennent mesme qu'il n'est pas possible que vous puissiez parler, ou que, si vous parlez, c'est comme jadis l'Antre de la Sibille, qui parloit sans le sçavoir. Hier, pourtant je les contraignis de confesser, malgré i assoupissement de vostre âme qu'ils m'alléguèrent que vous estes donc au moins6 la Caverne des Sept Dormans, qui ronflent par vostre bouche. Mais, bons Dieux ! qu'est-ce qne je voy ? Montfleury h plus enflé qu'à l'ordinaire ! Est-ce donc le couroux qui vous sert de Seringue ? Desjà vos jambes et vostre teste se sont [tellement] unies par leur extension à la circonférence de vostre Globe, [que] vous n'estes plus qu'un balon ; c'est pourquoi/ je vous prie de ne pas approcher de mes pointes, de peur que je ne vous crève. Vous vous figurez peutestre que je me mocque ; par ma foy, vous avez deviné ; aussi l le miracle n'est pas grand qu'une boule ait frapé au but. Je vous puis mesme asseurer que si les coups de baston s'envoyoient par escrit, vous liriez ma Lettre des espaules. Et ne vous estonnez pas de mon procédé, car la vaste estenduë de vostre rondeur me fait croire si fermement que vous estes une terre, que je veux planter ■>' du bois sur vous pour voir comment il s'y porteroit 1 Pensez-vous donc, à cause qu'un homme ne vous sçauroit battre
a) 1654 : inventée, estant tirée de l'Aminle, du Pastor Fido de Guarini, du cavu» lier Marin (1), et de cent autres. — b) la dette. — c) Sus donc, confessez. — cl) parut si belle aux Nobles de cette République, qu'à l'exemple des Acteurs qui la joùoient. — e) Le Tasse. — /) ils. — g) Mais encore que les fumées qui sortent de vostre bouche, je voulois dire de vostre bondon, soient aussi capables d'enyvrer que celles qui s'exhaloient de cette grote, je n'y voy rien d'aussi prophétique ; c'est pourquoy j'estime quevous n'estes au plus que. — h) vous me semblez encore. — i) et. — j) que de bon cœur je planterois.
(1) L'Aminte du Tasse ; Le Coloandrc fidèle, de Mariai, traduit par Scudéry.
tout entier en vingt-quatre heures, et qu'il ne sçauroit en un jour eschigner qu'une de vqs omoplates, que je me veuille reposer de vostre mort sur le Bourreau ? Non, non, je seray moy-mesme vostre Parque, et/e vous eusse dès l'autrefois escrasé sur vostre Théâtre, si je n'eusse appréhendé d'aller contre vos règles, qui deffendent d'ensanglanter la scène. Adjoustez à cela que je ne suis pas encore * bien délivré d'un mal de rate pour la guérison duquel les Médecins m'ont ordonné encore quatre ou cinq prises de vos impertinences ; mais si-tost que j'auray fait banqueroute aux divertissemens et que je seray saoul b de rire, tenez par tout asseuré que je vous envoyeray deffendre de vous compter entre les choses qui vivent. Adieu, c'est fait. J'eusse bien finy ma Lettre à l'ordinaire, mais vous n'eussiez pas crû pour cela que je fusse vostre très humble, très obéissant et très affectionné. C'est pourquoy, Montfleury % Serviteur à la paillasse.
POUR SOUGIDAS (DASSOUCY), CONTRE UN PARTISAN QUI AVOIT REFUSÉ DE LUY PRESTER DE L'ARGENT (1)
Monsieur. Vous me le deviez l'argent que je vous demandois ; car ne pensez pas qu'à moins de quarante pistoles j'eusse voulu salir ma réputation en prostituant ma compagnie à vos promenades, et que je me fusse tant de fois donné la peine de protester, contre ma conscience, que vous estiez le plus honneste Homme du Monde. Enfin, je n'eusse pas risqué sans cela, comme j'ay fait, les avives ou le farcin2. Je voy bien maintenant que le symptôme de toutes les fièvres n'est pas semblable, puisque devant ny après celle de Saint-Mathurin 3 on ne baille pas. Mais ce que je trouve de plus pernicieux en vos émotions c'est que, pour un Homme qui n'est pas fort en garde, vous estes un peu trop bilieux. Si le jour que je receus vostre Lettre je n'eusse pris de la rhubarbe, possible aurois-je fait ma plume d'un baston, mais la République est trop intéressée à vostre conservation, car on ne sçauroit vous entamer sans répandre le sang du Peuple dont vous estes plein. Observez toutefois doresnavant un procédé moins furieux. Je me figurois jadis (parce que, vostre Père et vous aviez fait dégénérer la chaude-pisse de nos bourses en gonorrhée) que chaque coffre de vostre Maison fût une aposthume d'or ; mais je connois aujourd'huy que de vos pièces la plus pesante est vostre teste. Volez donc mieux désormais, si vous me croyez, car si vous ne prenez l'essor un peu plus haut, vous courez hazard d'estre arrêté à quatre pieds de terre ; et à vostre physionomie, je connois que la filasse est plus antipathique à vostre tempérament que l'arsenic. Si donc vous avez peur d'estre léger, évitez au moins de vous faire peser en Grève, c'est l'advis seul que peut donner à vos maux de rate, Vostre Médecin...
a) 1054 : ce seroit desjà fait de vous, si j'estois. — b) las. — c) Gros Grevé.
(1) Ms., f. 176. — Nouvelles œuvres, 1662, p. 19. — (2) Deux maladies du cheval. — (3) La folie dont Saint-Mathurin guérissoit.
SATIRE CONTRE SOUCIDAS (DASSOUGY) (1)
Monsieur le Viédaze', Hé ! par la mort, je trouve que vous estes bien impudent de demeurer en vie, après m'avoir offensé I Vous qui ne tenez lieu de rien au monde ou qui n'estes, au plus, qu'une galeb aux fesses de la Nature ; vous qui tomberez si bas, si je cesse de vous soustenir, qu'une puce en laischant la terre ne vous distinguera pas du pavé ; vous enfin, si sale et si bougre ° qu'on doute (en vous voyant) si vostre mère n'a point accouché de vous par le culd ; encores si vous m'eussiez envoyé demander permission de vivre, je vous eusse permis peut-estre de pleurer en mourant'. Mais sans vous enquester si je trouve bon que voyez encore demain, ou que vous mouriez dès aujourd'huy, vous avez l'impudence de boire et de manger comme si vous n'estiez pas mort. Ha ! je vous proteste de renverser sur vous un si long anéantissement, que vous n'aurez pas mesme 'jamais vécu. Vous espérez sans doute m'atlendrir par la dédicasse de quelque nouveau g Burlesque. Point, point, je suis inexorable, je veux que vous mouriez tout présentement, puis selon que mon tempérament u me rendra miséricordieux, je vous ressusciteray pour lire ma Lettre. J'avois néanmoins quasi résolu d'attendre l'offrande de vos plaisons vers, sçac liant par vous'' que tout ce qui estoit ' sot ne faisoit pas rire. Toutefois j'ay songé depuis k que pour faire quelque chose de bien ridicule, vous n'aviez1 qu'à parler sérieusement, c'est pourquoi/ je n'ay pas voulu risquer le choc. Avez-vous, en effet, jamais rien achevé de tolérable que vostre poème burlesque ? Cependant, ny les vers ny la conduite ne vous ont guères fait brasier de chandelle, et selon ma pensée, vous deviez l'intituler « Le Jugement de Paris et de Blandin' »,^car si vous l'avez transcrit, vous savez bien qui l'a composé. J'entendois l'autre jour le libraire se plaindre de ce qu'il n'avoit pas de débit, mais il se consola quand je luy répondis que Soucidas estoit un juge incorruptible, de qui on ne sçauroit acheter le jugement ; ce n'est point de luym seul que j'ay appris que vous rimassiez. Je m'en doutois déjà bien, parce que c'eût esté un grand miracle si les vers ne s'estoient
a) 1654 : — Monsieur le Coquin. — b) qu'un clou. — c) puant. — d) derrière. —
e) le temps d'un « Peccavi ! ». — /) qu'il ne sera pas vray de dire que vous ayez. — g) ennuyeux. — h) ma belle humeur. — i) aussi bien quand pour regagner mes bonnes grâces, vous me dédieriez une Fai'ce, je sçay. — j) est. — À) Et qu'encore. —
f) n'ayez. — m) vostre Poésie est trop des Halles ; et je pense que c'est la raison pourquoy vostre « Jugement de Paris » n'a point de débit : Donc, si vous m'en croyez, sauvez-vous au Barreau des ruades de Pégase, vous y serez sans doute un Juge incorruptible, puisque vostre jugement ne se peut achepter. Au reste, ce n'est point de vostre libraire.
(1) Ms., f. 157. — Œuvres diverses, ISbk. Lettres satyriques, V, contre Soucidas, p. 128. — Cette lettre doit avoir été écrite dans le second semestre de 1650 après sa rupture avec Dassoucy. — (2) Blandin doit être un nom forgé par Cyrano, car nous n'avons pas trouvé trace de cet écrivain. — 11 ne faut pas oublier que Cyrano est l'auteur de l'épitre burlesque « Au sot lecteur et uod au sage » placée en tête du Jugement de Paris et qu'il a signée : de Bergerac.
pas mis dans un homme si corrompu. Vostre haleine seule suffit à faire croire que vous estes d'intelligence avec la Mort pour ne respirer que la peste, et les muscadins ' ne sçauroient empescher que vous ne soyez par tout le monde en fort mauvaise odeur. Je ne m'irrite point contre cette putréfaction, c'est un crime de vos pères [ladres] mêlé au sang de qui vous trempez innocemment. Vostre chair mesme n'est autre chose que de la terre crevassée par le Soleil, et tellement fumée que, si tout ce qu'on y a semé avoit pris racine, vous auriez maintenant sur les espaules un grand bois de haute fustaye. Après cela, je ne m'estonne plus de ce que vous prônez qu'on ne vous a point encore connu. Il s'en faut, en effet, plus de quatre pieds de crote qu'on ne vous puisse voir. Vous estes ensevely sous le fumier avec tant de grâce que, s'il ne vous manquoit un pot cassé pour vous grater, vous seriez un Job acomply. Ma foy, vous donnez un beau démenty à ces Philosophes qui se mocquent de la Création. S'il s'en trouve encore, je souhaitte qu'ils vous voyent, car je m'asseure que le plus aheurtè d'entre eux vous ayant contemplé ne doutera point que l'Homme puisse ■ avoir esté fait de boue. Ils vous prescheront et se serviront de vousmesme pour vous retirer de ce malheureux Athéisme où vous croupissez. Vous sçavez que je ne parle point par cœur : combien de fois vous a-t-on h entendu prier Dieu qu'il vous fit la grâce de ne point croire en luy ' ! Il n'oseroit' avoir laissé fermer une porte quand vous fuyez le baston, qu'il ne soit par vous anéanty, et vous ne le reproduisez d que pour avoir contre qui jurer si le dé rafle \ostre magot6. J'advouë que vostre sort n'est pas de ceux qui sçavent patiemment porter les pertes, car vous n'avez presque rien { et à peine le chaos entier suffiroit-il à vous rassasier : c'est ce qui vous a obligé d'affronter tant de monde. Il n'y a plus [de] moyen que vous trouviez pour marcher en cette Ville une rue non créancière, à moins que le Roy fasse bâtir un Paris en l'air. L'autre jour, au Conseil de guerre, on donna avis à Monsieur le Prince s 3 de vous mettre dans un mortier pour vous faire sauter comme une bombe dans les villes de Flandres, parce qu'en moins de trois jours la faim contraindroit h les habitants de se rendre. Je pense pour moy ' que ce stratagesme-là eût réussi', puisque vostre nez, qui n'a pas l'usage de raison, ce pauvre nez, le reposoir et le paradis des
a) 1654 : rencontrent, car je suis asseuré qu'après vostre veuë, ils croiront aisément que l'Homme peut. — b) et que je ne suis pas le seul qui vous a. — c) Comment, petit Impie, Dieu n'oseroit. — d) commencez à le recroire. — e) quand vos dés escamotez répondent mal à vostre avarice. — /) la perte, car vous estes gueux comme un Diogène. — g) de Turenne. — h) saincte Menehou (4) pour contraindre en moins de trois jours, par la faim. — ï) en vérité. — j) réussiroit.
(1) Bonbons musqués pour parfumer l'haleine (P. L.). — (2) Point n'est besoin d'insister sur l'odieux d'une pareille insinuation au xvn° siècle. — (3) Le prince de Condé, on voit que dans l'imprimé de 1654, Cyrano a mis Turenne. Ce changement tient simplement à ce que, dans l'intervalle, il avait retourné sa veste : de frondeur, il était passé mazarin. — (4) Sainte-Menehould, dont les espagnols s'étaient emparés en 1652, fut prise d'assaut le 27 novembre 1653 par Turenne. On voit que Cyrano a corrigé cette lettre à la fin de l'année 1653 en vue de son impression.
Chiquenaudes, semble ne s'estre retroussé que pour s'esloigner de vostre bouche affamée. Vos dents ? mais bons Dieux ! où m'ernbarrassay-je, elles sont plus à craindre qne vos bras. Je leur crie merci', aussi bien quelqu'un me reprochera que c'est trop berner un homme qui m'aime comme son à me b, Donc, ô brave Soucidas0 [ô Marionnette incarnée], cela seroit-il possible ; ma foy, je pense que si je suis vostre cœur, c'est à cause que vous n'en avez point ; de mesme que Chapelle est vostre mémoire, Blandin vostre imagination, et Tristan (L' H ermite) vostre jugement. Mais je ne blasme point cette industrie, car puisque la Nature et la Fortune ne vous ont filé qu'une trame de gueux, il estoit bien raisonnable que chacun se cotisast pour subvenir à vostre nécessité. Vous vous plaindrez, possible, que je vous traite à la rigueur de vous faire perdre l'esprit. Hélas ! bon Dieu, comment vous octroyer ce que vous n'eustes jamais ? Demandez pour voirA ce que vous estes à tout le monde, et vous verrez si tout le monde ne dit pas que vous n'avez rien d'homme que la ressemblance de Singe6. Ce n'est pas pourtant (quoy que je vous compare à un Singe* ') que je pense que vous raisonnez 6. Quand je vous contemple si descharné, je m'imagine que vos nerfs sont assez secs et assez préparez pour exciter, en vous remuant, ce bruit que vous appelez langage* ; c'est infailliblement ce qui est cause que vous jazez et frétillez sans intervalle. Mais puisque parler y a, apprenez-moy donc, de grâce, si vous parlez à force de remuer, ou si vous remuez à force de parler ? Ce qui fait soupçonner que tout le tintamarre que vous faites ne vient pas de vostre langue, c'est qu'une langue seule ne sçauroit dire le quart de ce que vous dites, et que la pluspart de vos discours sont tellement esloignez de la raison, qu'on void bien que vous parlez par un endroit qui n'est pas fort près du cerveau. Enfin, mon petit Monsieur '', il est si vray que vous estes tout langue, que s'il n'y avoit point d'impiété d'adapter les choses sainctes aux prophanes, je croirois que Sainct-Jean prophétisoit de vous, quand il écrivit que la parole s'estoit faite chair. Et en effet, s'il me falloit écrire autant que vous parlez, j'aurois besoin de devenir plume; mais puis que cela ne se peut, vous me permettrez de vous dire adieu. Adieu donc, mon camarade, sans compliment ; aussi bien seriez-vous trop mal obéy si vous aviez pour' vostre serviteur
De Bergerac.
a) 1654 : Leur chancre et leur longueur m'épouvante. — b) dit m'estimer beauconp. — c) plaisant petit Singe. — d) mais je voy que vous vous cabrez de ce glorieux sobriquet ! Hélas demandez. — e) d'un Magot. — /) ce petit homme à quatre pattes, ny. — g) raisonniez aussi bien qu'un Singe ? Non, non, messer Gambade; car. — h) parole. — i) gentil Godenot (2). — j) j'estois.
(1) Quand Dassoucy a eu connaissance de cette lettre, en 1654 (?) seulement, avait-il composé l'aventure du singe Fagotin, son combat avec Cyrano ? Si oui, ce récit aurait été inventé de toutes pièces. Ce serait la vengeance de Dassoucy. — (2) Marmouset, grotesque, dans le sens de Priape Phallus (P. L.).