‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographique (volume 2)Chapitre 97 sur 162 · CONTRE LA MOTHE, BRIGAND DE PENSÉES · texte numérisé non relu

CONTRE LA MOTHE, BRIGAND DE PENSÉES

Monsieur. Puisque nostre amy butine nos pensées, c'est une marque qu'il nous estime, il ne les prendroit pas s'il ne les croyoit bonnes, et nous avons tort de nous estomaquer que n'ayant point d'enfans, il adopte les nos- Ires. Ce qui me fasche, c'est ' qu'il attribue à son ingrate imagination les bons services que luy rend sa mémoire et qu'il se dise le Père de mille [hautes] conceptions dont il n'a esté au plus que la Sage-femme. Allons, [Monsieur], nous vanter après cela d'escrire mieux que luy, lors qu'il escrit tout comme nous, et faschons-nous J qu'à son âge il ait encore un Escrivain chez luy, puisque nos œuvres en seront u plus lisibles ; nous devrions, au contraire, recevoir les advertissemens moraux qu'il nous débite avec respect ' et n'en douter, non plus que de l'Evangile ; car on peut bien penser m que ce ne sont pas des choses inventées qu'il ait inventées. A la vérité, c'est entretenir une imprimerie à bon marché que d'avoir un amy de la sorte. Pour moy, je m'imagine, à la barbe" de tous ces beaux" manuscrits, que si quelque jour à l'agonie je fais restitution du bien d' autrui, nous trouverons après

a) 1654 : homme. — b) point du tout, il n'est rien moins qu'homme. — c) outre.

— d) ennuy. — e) main. — /) que. — g) par compagnie, tombe sur mon oreille. Ha !

— h) plus. — i) Pour moy, ce qui m'offense en mon particulier (car vous sçavez que j'ay un esprit vengeur de torts, et fort enclin à la justice distributive) c'est de voir.

— f) tournons en ridicule. — h) puisqu'il ne nous fait point en cela d'autre mal que de rendre nos œuvres. — l) avec respect tant de sages advertissemens moraux dont il tasebe de réprimer les emportemens de nostre jeunesse. Ouy, certes, nous devrions y adjouster plus de foy. — ni) tout le monde sçait. — n) en dépit. — 6) grands.

(1) Ms., f. 123'. — Œuvres diverses, 165k. Lettres satyriques, VII (pour VIII) : Contre un pilleur de pensées, p. 144. — Qui est ce La Motbe ? Ce serait son ami La Mothe Le Vayer, le fils du Philosophe. Il l'accuserait de plagiat comme il en a accusé Chapelle, Dassoucy, etc , et cela tout simplement pour se donner quelque relief! — Richelet dans son Recueil des plus belles lettres françaises [1698) a fait subir au texte de Cyrano plusieurs changements pour satisfaire son inimitié contre Dassoucy : « Vous avez tort, Monsieur, de vous estomaquer que le bon Dassoucy pille vos sentiments »

sa mort ' une bibliothèque de papier blanc. Je trouve pourtant qu'il prouve mal la noblesse b de ses pensées de n'en tirer l'antiquité que d'un homme qui vit encore ; mais possible veut-il par là conclure à la Métempsicose, et montrer que quaud il se serviroit des imaginations de Socrate, il ne les voleroit point pour ce qu'il a esté ce Socrate qui les imagina ; et puis n'at-il pas assez de mémoire pour estre riche de ce bien-là seul? Comment! il l'a si grande qu'il se souvient de ce qu'on a dit trente siècles auparavant qu'il fut au monde. Quant à moy qui suis un peu moins souffrant que les morts, obtenez de luy qu'il me permette de dater mes pensées, afin que ma postérité ne soit point douteuse. Il y eut jadis une Déesse Echo, mais je crois quil en est le Dieu, car c il ne dit comme elle d que ce que les autres ont dit et le répète si mot à mot, que transcrivant [l'autre jour] une de mes Lettres [il appelle cela composer], il a de la peine" de mettre vostre serviteur de La Mot/te', parce qu'il y void7- au bas, Vostre Serviteur, de Bergerac.

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