A NOTE SUR L AUTRE MONDE
nuations insuffisantes ; il n'a pas voulu assumer la responsabilité de sa publication intégrale. En éditeur loyal, il a indiqué par des points le commencement des passages qu'il a supprimés (1). Une seule question douteuse est celle du titre : Cyrano avait-il choisi celui d'Histoire Comique ? Nous hésitons à le croire.
La comparaison des manuscrits et de l'imprimé de 1657 s'impose donc ; elle permet de combler les lacunes de l'édition originale et de relever les corrections de style dues à Cyrano lui-même. Quant aux remaniements opérés par notre parisien, ils devaient être importants, si on en juge par ceux qu'il a fait jubir à ses Lettres (2).
Sur le terrain scientifique, dans Les Estais et Empires du Soleil (comme dans son Fragment de Physique), Cyrano a suivi le cartésien Jacques Rohault. Ayant fait sa connaissance vers 1648, il a retenu tout l'essentiel de ses leçons, si bien que le Traité de Physique de Rohault publié en 1671 ne fait que développer le résumé qu'est le Fragment de Physique (3). Le contraste, à ce point de vue, est tel entre Les Estais et Empires de la Lune et Les Estais et Empires du Soleil qu'on peut douter que ces ouvrages appartiennent au même auteur. L'explication est pourtant des plus simples : Cyrano a réalisé pour Rohault ce qu'il avait tenté pour Gassendi. Il a vulgarisé ses théories avant même que celui-ci ait pris soin de les faire imprimer ; mais, bien entendu, il s'est gardé de lui en attribuer la paternité.
On ne connaît aucun manuscrit des Estais et Empires du Soleil. Nous avons reproduit l'édition originale de 1662.
(1) Voici ce que dit Le Brct dans la <( Préface « de 1G57 : « .... le Critique me
rendra caution de l'événement de ce livre, sous ombre que je me suis donné le soin de son impression... J'ay appréhendé d'y mettre ou de la confusion ou de la diiïormité si j'entreprenois d'en changer l'ordre, ou de suppléer à quelques /acuités jiar le nieslange de mon style au sien, dont ma mélancolie ne me permet pas d'imiter la gayeté, ni de suivre les heaux cnii)ortemens de son imagination, la mienne, à cause de la froideur, estant beaucoup plus stérile... »
(2) On jugera de l'importance des corrections subies par les LeUies au T. II, où nous donnons le texte du Aïs. de la Bibl. Nat., avec en note celui de l'imprimé de 1654.
(3) La \" p. du Fragment correspond aux 111° et IV' p. du Traité de Pliysique ; lu 11* p. aux douze j)remiers cha]>itrcs du ilit Traité.