XXXTI LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC
Beauvais, Gomment Cyrano fit-il sa connaissance et celle de Gassendi? Faut-il croire Nicéron (1), affirmant que notre parisien força la porte de Gassendi en intimidant par ses menaces le maître et les élèves : Ghapelle, La Mothe Le Vayer fils, Molière, Dernier (2) ? Le procédé serait un peu vif. Faut-il supposer que Cyrano rencontra Chapelle à l'Hôtel de Bourgogne ou chez un ami commun, d'où ses visites à Gassendi ? Nous l'ignorons.
M. Mesnard (3) est assez enclin à admettre que Cyrano de Bergerac et notre grand comique se seraient liés chez l'archiprôtre de Digne (4). A l'appui de cette hypothèse, il a groupé certaines présomptions ; la première seule vise Cyrano. Molière aurait alors entendu Cyrano lire Le Pédant Joué ; deux scènes du Mariage Forcé trahissent un auteur fort au courant des disputes philosophiques ; dans Les Femmes Savantes^ quelques traits, justes toujours, suffisent à caractériser les différentes sectes : Platonisme, Péripatétisme, Descartes et sa matière subtile, etc. (5) ; enfin la traduction perdue de Lucrèce s'expliquerait difficilement sans les entretiens de Molière avec Gassendi. Pour nous, à moins de ramener la composition du Pédant Joué par notre libertin à l'époque de son séjour au collège de Beauvais, — et rien ne le prouve — , il n'a eu ni le désir ni le loisir de se livrer à des travaux purement littéraires de longue haleine entre 1638 a 1642. L'écrivain qui sommeillait en lui n'était pas encore éveillé.
Tristan L'Hermite aurait-il été aussi un des auditeurs de Gassendi ? Oui, si on considère la nature des éloges dont Cyrano l'accable : « C'est une honte aux Grands de la France,
être — de Hector Musnier, seijjneur de Saint-Laurans, conseiller du roi et receveur général des finances de la Généralité d'Auvergne. Brossettc rapporte, sous la date de 1702 : « M. Despréaux m'a dit que M. de La Ghapelle, son ami, était fils bûtard de M. Luillier, qui le mit chez M. Gassendi pour l'élever et en avoir soin. »
(1) Mémoires pour servir à l'Histoire de la République des Lettres, notice sur Cyrano.
(2) Bernier, d'après Boileau, était chez M. Gassendi comme une espèce de secrétaire et de valet (valet dans le sens de répétiteur).
(3) Notice sur Molière. T. X de l'édition de la « Collection des Grands Ecrivains de la France ».
(4) Brossetle rapporte cette parole de Boileau : « Molière aimait Cyrano » ; mais cette affirmation n implique nullement que Molière ait été en rapport avec l'auteur du Pédant Joué, chez Gassendi.
(5) Armande : Epicure me plaît, et ses dogmes sont forts. — Bélise : Je m'accummodc assez, pour moi, des petits corps ;[Mais le vide à souffrir me semble difficile. [El je goUte mieux la matière subtile (Acte III, scène 2).