LXXIV LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC
Mazarin ait eu des hommes pour faire valoir ses crimes ; puisque les Busires et les Nérons ont trouvé des Apologistes, et que des peuples entiers ont déifié des crapauts et des crocodiles. Il n'est point de siècle qui n'ait porté des aveugles et des ladres, et tant qu'il y aura des pauvres et des mercenaires, il y aura tousjours et des flatteurs et des lasches. Cette bassesse n'a pas eu de grands succez ; ces illusions pompeuses n'ont pas mesme gaigné les plus foibles et les plus crédules, et ceux qui ont eu quelque espèce de créance pour les Fables n'en ont pas eu pour ces impostures...
«... Après avoir espuisé toutes les finances de l'Estat, après avoir fait autant de pauvres qu'il y a de sujets dans ce royaume, il semble qu'il [Mazarin] ait eu dessein de se jouer mesme de Dieu. Il a fait venir de nouveaux religieux qui ont fait une foire Sainct-Germain de leur Eglise, un théâtre de leur autel, qui ont introduit des marionettes. pour des saints et qui commençoient à faire une farce de nos plus augustes mystères, dans la créance qu'ils ont eue qu'ils ne pouvoient luy plaire plus avantageusement qu'en changeant la religion en comédienne. Il les avoit desjà logez de ses impiétez et de ses larcins, et consacroit à Dieu un temple de ses saletez et de ses crimes, comme ces malheureuses Phéniciennes qui se prostituaient devant leurs Idoles et qui leur dédioient le prix de leurs paillardises et de leurs ordures... »
Cette plaquette se termine par un remarquable sonnet :
Effroyables Autheurs de nos calamitez, Ennemis de la paix qu'on nous faisoit attendre, Superbes criminels qu'on ne peut plus defFendre Des maux que nous soufïrons, et que vous méritez.
Quels désordres nouveaux aviez-vous méditez ? Quels biens dans nos maisons vous restoit-il à prendre? Et voulez-vous enfin mettre l'Estat en cendre, Après l'avoir saigné presque de tous costez ?
Ne vous flattez plus tant, misérables impies, Ne vous déguisez plus, dangereuses Harpies, La Fortune pour vous n'aura plus rien de beau.
La Justice après vous jour et nuit occupée
Pour vous mieux reconnoistre a rompu son bandeau.
Et pour vous mieux punir a repris son épée I
Le Conseiller fidèle (1) marque un recul dans l'injure. Le ton s'élève dans Les Remonstrances des Trois Estais à la Reyne
(1) Le Conseiller Fidèle. Paris, Jean Urunet, 16^9, in-4° de 12 pp., sig. D. B.