‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 64 sur 155 · LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC LXXV · texte numérisé non relu

LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC LXXV

Régente pour la Paix {\) et atteint réloquence. Cyrano fait parler au Clergé, à la Noblesse et au Peuple, un langage digne de ces trois grands ordres. Voici le début de La Remonstrance du Peuple :

« Madame, quoy que nous soyons les derniers en ordre, nous ne devons pourtant pas l'estre en nature, puisque c'est en quelque sorte par nostre moyen que les Roys subsistent, et que leur grandeur, selon le Sage, ne peut estre mieux représentée que par celle de leurs peuples. Il n'est pas autrement d'un Estât que d'un édifice, où les appartemens les plus superbes ne sont pas tousjours les plus nécessaires, où les plus bas estages entretiennent les plus hauts, et dans lequel les pierres les moins remarquables servent de fondement et d'appuy à tout le reste

» Cependant, nous nous sommes espuisez pour la gloire et pour la grandeur de la Couronne, nous avons accordé au bien de l'Estat tout le fruit de nostre industrie et de nos veilles ; nous avons vendu jusques à nos héritages et à nos acquêts, et mesrae jusques à nos espérances ; et comme si c'eût esté trop peu pour noslre devoir et que la soumission l'eut enchéry sur l'amour et sur la nature, nous avons quitté nos femmes et sacrifié jusque à nos enfans, pour empescher qu'on ne nous puisse faire aucune demande, ny aucun reproche. Après les marques de cette obéyssance aveugle, et les ouvrages d'un zèle aussi grand que juste, nous ne sçaurions douter, madame, que Vostre Majesté n'ait pour nous quelque reconnoissance ou quelque pitié, et qu'elle ne nous conserve pour elle, quand mesme elle compteroit nostre pauvreté et nostre misère entre nos crimes... »

Pourquoi Cyrano se tait-il ? Pourquoi abandonne-t-il subitement la guerre contre le Mazarin ? Les Princes et madame de Chastillon ne lui ont pas marqué assez ostensiblement leur gratitude et il a jugé inutile de continuer à jouer le rôle de « gazetier désintéressé ». Disons à sa décharge que ses anciennes et bonnes relations avec les officiers du régiment de Conti l'obligeaient à se ranger sous la bannière des Princes ; il lui eût été impossible d'agir autrement.

XII. — LES EXÉCUTEURS TESTAMENTAIRES D'AKEL DE CYRANO RENDENT LEURS COMPTES. — MARIAGE D'ABEL II DE CYRANO (1" juillet 1649).

Le 2 mars 1649, les comptes définitifs de la succession de leur père sont approuvés par Savinien et Abel :

(1) Remonstrances des Trois Estais à la Rei/ ne Régente pour la Paix. Paris, Brunet, lGi9, iii-4«.

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