‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 73 sur 155 · LXXXIV LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC · texte numérisé non relu

LXXXIV LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC

A un mauvais Poëte burlesque.

Tes amis et tes envieux.

Ouvrant ton livre glorieux N'ouvrent la bouche que pour rire, Et confessent esgalement, Soucidas quon ne peut escrire Des vers plus ridiculement.

Les amis de nos amis étant généralement nos amis, comment expliquer cette attaque de Royer, si ce n'est par l'hypothèse que Cyrano avait rompu avec VEmpereur du Burlesque au lendemain de l'envoi de son madrigal sur La Métamorphose des Dieux ?

Il faudrait chercher, si on s'en rapporte à Dassoucy, l'origine de l'animosité subite de Cyrano contre « Soucidas » (1) dans l'affaire du Chapon :

« Feu B. avoit raison de me vouloir luer, puisque, dans son plus famélique accès, je fus assez humain pour soustraire à sa nécessité un chappon du Mans, qu'en vain au sortir de la broche je fis cacher sous mon lit, puisque la fumée qui, en mesme temps, luy ouvrit l'appétit et luy serra le cœur, luy fit assez connoistre qu'il n'avoit plus en moy qu'un cruel et barbare amy. » (2)

Un grief moins puéril — et même grave — justifierait-il les grossières injures dont Cyrano accable son ami de la veille ?

« Le Viédaze ; Hé, par la mort, je trouve que vous estes bien impudent de demeurer en vie après m'avoir offensé. Vous qui ne tenez lieu de rien au monde ou qui n'estes, au plus, qu'une ga/e aux fesses de la Nature, vous qui tomberez si bas, si je cesse de vous soutenir, qu'une puce en laischant la terre ne vous distinguera pas du pavé, vous enfin si sale et

(1) Œut'ies Diverses, IGUU, p. 128. La lettre << Contre Soucidas » est bien do 1G50, puisqu'elle figure dans le manuscrit de la Bibliothèque Nationale, qui est daté de 1651.

(2) Les Aventures de Monsieur d'Assoucy, Paris. 1077, tome second, p. 137. Un peu plus loin, il est encore question de Cyrano : « Mais vous ne sçavez pas non i)lus que le feu sieur D. U. (de Berg'erac), fikclié de m'avoir fiXché, venant en mon logis pour se repatrier avec moy, lu peur que j'eus d'un fourreau de jjistolel qu'il porloit racommoder chez un guaignier, me fil fuir de France en Italie et qu'après sa mort, allant de Paris à Thurin, et voyageant au clair de la Lune, la peur que j'eus de mon ombre nie fit jetter dans une rivière, croyant que ce fust l'ombre vengeresse de ce furieux soldat, la terreur des vivres et l'épouvantail des braves, qui j)our se venger de l'affuire du chapon, estoit encore à mes trousses. »

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