‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 75 sur 155 · LXXXVI LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC · texte numérisé non relu

LXXXVI LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC

Mazarin. A quel prix ? On ne le saura probablement jamais ; mais son factum éloquent Contre les Frondeurs (avril ou juin 1651), est un article commandé, c'est de la prose, de la bonne prose, à la ligne. Le principe d'autorité, même ce jour-là celui de l'autorité paternelle, est sacré pour Cyrano. Son indignation à l'endroit des ennemis du cardinal le sert pour accabler Scarron, l'auteur supposé de La Mazarinade (^1), et cela dans des termes si odieux qu'ils déconsidèrent celui qui, les ayant pensés, a osé les écrire. Disgracié lui-même de la Nature, Cyrano avait mille raisons de se taire sur les tares physiques du malheureux Scarron.

Dassoucy nous présente le Justicier 4e la sorte :

« Bergerac n'estoit ni de la nature des Lapons, ni de celle desGéans. Sa teste paraissoit presque veuve de cheveux ; on les eut comptez de dix pas... Ses jambes brouillées avec sa chair, figuroient des fuzeaux. Son œsophage pagotoit un peu. II n'est pas vrai qu'il fut malpropre, mais il est vrai que ses souliers aimoient fort la boue ; ils ne se quittoient presque jamais. » (2)

Ce que nous savons de la vie misérable de Cyrano, de 1645 à 1650, confirmerait assez ce dernier détail.

Maintenant, qu'on compare le croquis de Dassoucy à celui de Scarron crayonné par Cyrano :

« Peuple séditieux, accourez pour voir un spectacle digne de la Justice de Dieu ; c'est l'épouvantable Scarron qui vous est donné pour exemple, de la peine que souffriront aux Enfers les Ingrats, les Traistres et les calomniateurs de leurs princes. Considérez en luy de quelles verges le Ciel chastie la Calomnie, la Sédition et la Médisance. Venez, escrivains burlesques, voir un Hospital tout entier dans le corps de vostre Apollon ; confessez, en regardant les Escroiielles qui le mangent, qu'il n'est pas seulement le Malade de la Reyne, comme il se dit, mais encore le Malade du Boy. Il meurt chaque jour par quelque membre, et sa langue reste la dernière, afin que ses cris vous apprennent la douleur qu'il ressent. Vous le voyez, ce n'est pas un conte à plaisir ; depuis que je vous parle, il a peut-estre perdu le nez ou le menton. Un tel spectacle ne vous excite-t-il pas à la

(1) Suivant M. Moreau [Bibliographie des Mazarinadcs), La Mazarinade aurait paru en mars Kiivl. Pierre Brun date la Lettre contre tes Frondeurs de IG'i'J, et il met, en noie : une grande parlie de celte lettre est une réponse point par point aux attaques de La Mazarinade, de Scarron... D'ailleurs, le Ms. des Lettres de la Bibl. Nat., daté de 1051, ne contient pas la Lettre contre les Frondeurs.

(2) Combat de Cyrano de Bergerac ai^ec le Singe de Brioché, au bout du Ponl- JVeu/ (nOi).

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