LXXXVIII LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC
rabattre sur un noble personnage vaniteux, riche et... brave, sans plus. Il jeta, avec raison, son dévolu sur le duc d'Arpajon. Louis, vicomte, puis duc d'Arpajon, marquis de Séverac, Montclar et autres lieux, grand soldat et honnête homme au sens de ce mot au xvii^ siècle, d'une culture intellectuelle médiocre, se bornait à retenir les titres des ouvrages réputés qu'il n'avait pas lus, de façon à laisser quelques illusions aux écrivains. Tallemant le raille d'avoir voulu « cajoler Sarazin ».
— Ah! monsieur, lui dit-il, que j'aime vostre Printemps !
— Je ne l'ai point fait, dit Sarazin ; c'est une pièce de Montplaisir.
— Ah ! vostre Temple de la Mort est admirable !
— C'est de Habert... »
Saint-Simon l'appelle un « bonhomme ».
Ce « bonhomme » avait fait la guerre en Turquie d'une manière si remarquable que l'Ordre de Malte lui conféra la distinction sans précédent de chevalier grand-croix perpétuel et héréditaire.
Ayant été agréé du duc d'Arpajon, dans les derniers mois de 1652, Cyrano assiste en spectateur, très effacé d'ailleurs, aux fêtes qu'il donne dans son magnifique hôtel du Marais ; Loret, dans sa Muse historique, parle de la réception du 7 février 1654 :
Jeudy, quantité de bouteilles.
Contenant des boissons vermeilles Firent joyeusement glouglou En l hôtel du duc d'Arpajou, Qui, d'une chère sans seconde Traita quantité de beau monde.
Tout y fut assez jovial.
Car la comédie et le bal Qui suivirent cette abondance Divertirent fort l'assistance.
Se sentant dépaysé au milieu de ce luxe, presque exilé dans cette atmosphère d'ordre et de respect, bien différente de celle de la modeste chambre qui avait vu l'éclosion de ses rêveries anarchiques ou de l'ambiance des cabarets dans lesquels il avait sacrifié sa jeunesse, sa santé et, grâce au jeu, l'héritage paternel, notre libertin hésita, jusqu'en novembre 1653, à dédier au noble duc La Mort d'Agrippine et ses (Euvres diverses.