‹ Les œuvres libertines. Précédées d'une notice biographiqueChapitre 79 sur 155 · LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC XCI · texte numérisé non relu

LA VIE DE CYRANO DE BERGERAC XCI

meure. Un accident banal, une poutre qu'il avait heurtée ou (|ui lui était tombée sur la tête quelque temps auparavant (1), forçait Cyrano à garder la chambre. Le duc lui fit sentir que sa présence lui déplaisait. Sa sœur Catherine de Cyrano, prieure du couvent des Filles de la Croix, la mère Marguerite de Jésus (2), son ami Le Bret, lui trouvèrent, en juin 1654, un asile dans la maison de messire Tanneguy Renault des Bois Clairs, chevalier, conseiller du roi en ses conseils. ISIalgré les soins prodigués au malade pendant quatorze mois par son nouveau Mécène(3), son état ne fit qu'empirer. Se sentant mourir, Cyrano demanda à être transporté dans la maison que son cousin, Pierre de Cyrano, sieur de Cassan, possédait à Sannois. C'était un grand corps de logis ayant dix à douze toises de face de plain-pied, consistant en une salle basse et autres lieux, au-dessus desquels il y avait quatre chambres et antichambres de plain-pied, autres chambres et grenier (4), construit par Samuel de Cyrano, en 1633, dans un vaste terrain placé entre la rue allant de l'église à la grande route de Paris, la rue du Puits-Miville et la rue du Jardin-Regnard. Notre libertin y expira le 28 juillet 1655.

Est-ce aux suites de son accident arrivé à l'hôtel d'Arpajon que la mort de Cyrano doit être attribuée? C'est peu probable. Les blessures de la tête sont généralement mortelles à bref délai ou sans gravité. L'affection dont il a souffert, et qui l'a conduit au tombeau, après quatorze mois, a chance d'avoir été la dernière phase de sa maladie de 1645 : la syphilis s'était portée au cerveau.

(1) Les historiens de Cyrano ont disserté à perte de vue sui" cette malencontreuse poutre ; les uns, comme P. Lacroix et Jacq. Denis, atteints de la phobie des Jésuites, ont voulu y voir un attentat contre un impie ; les autres, plus raisonnables, comme Pierre Brun, se sont rangés, après discussion, à Ihypothèse d'un vulgaire accident.

(2) Marie de Senaux mourut en odeur de sainteté, à Paris, le 7 juin 1657.

(3) « ... Mais Monsieur des Boisclairs qui jusques dans ses moindres actions n'ayant rien que d'héroïque, crût trouver en Monsieur de Bergerac une trop belle occasion de satisfaire sa générosité pour en laisser la gloire aux jiutres, qu'il résolut de prévenir, et qu'il prévint en effet dans une conjoncture d'autant plus utile à son amy, que l'ennuy de sa longue captivité le menaçoit d'une j>rompte mort, dont une violente fièvre avoit mesme desjà commencé le triste prélude : Mais cet amy sans pair l'interrompit par un intervale de quatorze mois qu'il le garda chez luy, et il eust eu avec la gloire que méritent tant de grands soins et tant de bons traittemens qu'il luy fit, celle de luy avoir conservé la vie... » [Préface de Le Bret.)

Le Bret a dédié L'Histoire comique à Messire Tanneguy Renault des Boisclairs, grand Prévost de Bourgogne et de Bresse.

(4) Cette description se lit dans le procès-verbal de saisie de cet immeuble en 1659, à la requête de plusieurs créanciers de Pierre de Cyrano, fils de Samuel II {Arch. nat., V4 1363).

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