C HISTOIRE POSTHUME
et Empires de la Lune^ le paragraphe suivant, qui se lit dans les trois éditions précédentes ?
« Lorsque j'ay depuis reflechy sur cette miraculeuse invention de faire des Livres, je ne m'estonne plus de voir que les jeunes hommes de ce pays-là possédoient plus de connoissance à seize et dix-huit ans, que les barbes grises du nostre ; car sçachant lire aussitost que parler, ils ne sont jamais sans lecture ; à la chambre, à la promenade, en ville, en voyage, ils peuvent avoir dans la poche, ou pendus à la ceinture, une trentaine de ces Livres dont ils n'ont qu'à bander un ressort pour en ouïr un chapitre seulement, ou bien plusieurs, s'ils sont en humeur d'écouler tout un Livre. Ainsi, vous avez éternellement autour de vous tous les grands Hommes et morts et vivans qui vous entretiennent de vives voix. Ce présent m'occupa plus d'une heure, et enfin me les estant attachez en forme de pendans d'oreille, je sortis pour me promener ; mais je ne fus pas plustost au bout de la rue, que je rencontray une trouppe assez nombreuse de personnes tristes. »
Est-ce à cause de l'impertinence « envers les barbes grises » ? Quoi qu'il en soit, les réimpressions faites désormais à Paris, et sous la rubrique inexacte d'Amsterdam (Trévoux et Paris ?), seront toutes amputées de ce passage.
Un de nos premiers critiques, Charles Sorel, dans sa Bibliothèque Françoise (1664), parle de Cyrano avec équité ; il le cite dans deux chapitres :
« Pour les Lettres de Bergerac Cyrano, on les peut considérer comme estant d'un style particulier dont elles sont l'exemple, qui est d'avoir la pluspart de leurs pointes sur les mots par équivoque, et sous une double signification ; ce qui n'est fait que pour une matière de raillerie, la pluspart de l'ouvrage estant d'un style comique ou burlesque, à quoy cet Autheur se plaisoit principalement.
« On peut y joindre les Œuvres du sieur de Bergerac Cyrano, contenant ses Lettres qui sont fort divertissantes, son Pédant Joué, comédie en prose, et son Histoire Comique des Estats et Empires de la Lune. On avoit veu, il y avoit quehjue temps, la traduction d'un Livre qui traitoit du Monde de la Lune, où un Espagnol disoit avoir esté transporté dans une Machine par de certains oyseaux ; mais nostre autheur françois prétend y avoir esté enlevé par des bouteilles pleines de rosée, et qu'il y avoit veu cet Espagnol, lequel il contredit en de certaines choses, comme n'ayant pas bien observé ce qui se irouvoit en ce païs-là. C'estoit là enchérir sur le Songe de Kepler grand Astrologue, qui a décrit toutes les apparences de la Lune et sur le livre d'un {>hilosophe moderne appelé Là Monde dans la Lune, et sur les cartes qu'on a fait de cet Astre, où toutes les taches sont prises pour des