Sédécie» encor durent tes vices
Et le malheur que tu as pourchassé
Au peuple Hebrieu, ton temps est bien passé;
Mais ton mal non , ta race est abolie ;
Mais nous sentons encores ta folie,
meschant Roy, quelle succession
Âs-tu laissé au peuple de Sion y
Quel patrimoine , hé Dieu quel héritage
Ont eu de toy tes suiets en partage?
La poureté, la faim, le déshonneur,
L'exil, la mort, la prison , le malheur,
Et par sur tout la diuine vengeance
Qui persécute en eux tous ton offence
De si long temps, sans que nostre tourment
Espère après vn meilleur traitement.
le suis des vieux de la terre luifue,
Issu de tel qui veit mener captiue
Ma panure gent, et qui fust lors sauné
Pour estre panure et sans force trouué ,
Vn moindre mal , d'vn mal plus importable
Le feit exempt , pour estre mesprisable
Il fut laissé, et sa condition
Le feit rester au païs de Sion.
« Tousiours les vens d'vne ame tonnerreuse
« SouQent des mons la cime courageuse,
« Et pardonnant aux humbles aubespins
« Renuersent bas l'orgueil des plus hauts pins.
<( Tousiours la foudre à sa cheute ruyne
« D'un Ger palais la superbe machine. »
TRAGEDIE SAINGTE. 73
Or pensoy-ie estre heureux perfaitement,
Fuyant la mort et le bannissement »
Mais en viuant, ma vie estoit tentée
Par yne mort mille fois souhaitée,
Pour le regret de tant d'hommes amis
D'yn peuple cher au fil des glaiues mis ;
Mais par sur tout des tres-saincts sacrifices
La dure perte et les diuins seruices
M'a sans plaisir, sans honneur et sans loy,
Fait viuoter soubs maint iniuste Roy,
Et eust esté ma fortune meilleure
Si mort long temps ie feusse auant ceste heure.
le ne puis plus au paîs demeurer
Où ie suis né , où i'ay veu enterrer
Mes frères chers , dont les pleines bossues
Restent encor des charoignes receues.
le n'y vay plus, car, s'il me faut souffrir,
Faime trop mieux auec l^s miens mourir
Que viure ailleurs, TEdit du Roy nous trouble,
Et cest Aman notre malheur redouble.