‹ Les œuvres poétiquesChapitre 14 sur 47 · Sédécie» encor durent tes vices · texte numérisé non relu

Sédécie» encor durent tes vices

Et le malheur que tu as pourchassé

Au peuple Hebrieu, ton temps est bien passé;

Mais ton mal non , ta race est abolie ;

Mais nous sentons encores ta folie,

meschant Roy, quelle succession

Âs-tu laissé au peuple de Sion y

Quel patrimoine , hé Dieu quel héritage

Ont eu de toy tes suiets en partage?

La poureté, la faim, le déshonneur,

L'exil, la mort, la prison , le malheur,

Et par sur tout la diuine vengeance

Qui persécute en eux tous ton offence

De si long temps, sans que nostre tourment

Espère après vn meilleur traitement.

le suis des vieux de la terre luifue,

Issu de tel qui veit mener captiue

Ma panure gent, et qui fust lors sauné

Pour estre panure et sans force trouué ,

Vn moindre mal , d'vn mal plus importable

Le feit exempt , pour estre mesprisable

Il fut laissé, et sa condition

Le feit rester au païs de Sion.

« Tousiours les vens d'vne ame tonnerreuse

« SouQent des mons la cime courageuse,

« Et pardonnant aux humbles aubespins

« Renuersent bas l'orgueil des plus hauts pins.

<( Tousiours la foudre à sa cheute ruyne

« D'un Ger palais la superbe machine. »

TRAGEDIE SAINGTE. 73

Or pensoy-ie estre heureux perfaitement,

Fuyant la mort et le bannissement »

Mais en viuant, ma vie estoit tentée

Par yne mort mille fois souhaitée,

Pour le regret de tant d'hommes amis

D'yn peuple cher au fil des glaiues mis ;

Mais par sur tout des tres-saincts sacrifices

La dure perte et les diuins seruices

M'a sans plaisir, sans honneur et sans loy,

Fait viuoter soubs maint iniuste Roy,

Et eust esté ma fortune meilleure

Si mort long temps ie feusse auant ceste heure.

le ne puis plus au paîs demeurer

Où ie suis né , où i'ay veu enterrer

Mes frères chers , dont les pleines bossues

Restent encor des charoignes receues.

le n'y vay plus, car, s'il me faut souffrir,

Faime trop mieux auec l^s miens mourir

Que viure ailleurs, TEdit du Roy nous trouble,

Et cest Aman notre malheur redouble.

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