‹ Les œuvres poétiquesChapitre 18 sur 47 · AHASSR · texte numérisé non relu

AHASSR

Il les punit 9 mais c'est quand il le veut.

Et les punir autre que luy ne peut.

Bien, ie le veux, leur Dieu est invincible , Les luifs bien forts, leur nuire il n'est possible, Aman tout seul est foible et ne peut rien, Et a perdu son crédit et moyen :

Si verrés-vous mille charoignes tiedes Grouiller encor' de ces personnes laides De Palœstine, et tost par l'effort mien Bien descbiré l'orgueil Semelen.

TRA6BDIB 8AINGTB. M

LA TROVPE, SIMEON, luif.

LA TROVPE.

Vous estes donc de ceux qui au pals restèrent Du temps de la ruine, et seulets demeurèrent En leurs vides maisons, quand les Gers Gbaldeens Prindrent de nos ayeux, ou bruslerent les biens. On nous a tant conté qu'vn Esdre et Nehemie Ont la saincte Cité remis presque demie :

Dictes-nous qu'il en est.

SUŒON.

Us ont fait grand deuoir, Hais leur désir excède leur pouuoir :

Leur entreprise a Qsté renuersee Cent mille fois, et Tœuure retracée; Car ceux qui ont sur eux gouûernement De par le Roy, ont quelque mandement De iour à autre à leur dessein contraire, Ont-ils tout fait , c'est tousiours i refaire, le tay le ioug , la crainte et cruauté Dont tous les iours le peuple est tourmenté.

On nous disoit que le Roy Assuere Est beaucoup plus que ses gens débonnaire ; Or, en fulant l'iniustice des siens Auecque vous soubs luy rendre me viens ; Car ie ne peux endurer dauantage Que i'ay souffert de la cruelle rage

De ses Prœuostz.

LA TROVPE.

Amy, ie vous plain bien , Car Yostre long labeur ne vous seruira rien.

Vous tombez d'vn escueil dangereux en vn pire , Car le meschant Aman qui gouuerne Tempire Nostre race destrult-^ mais dictes-nous pourquoy Plutost n'auez cerché la présence du Roy ?

SIHEON.

Pour ce qu'au temps du gratieux roi Daire , Le gouuerneur n'estoit pas si contraire, le vous suppli, mes Dames, dictes-moy Pourquoy Aman hait si fort nostre loy?

LA TROVPE.

Le discours est bien long , bien fort longue Tiniure

Pour laquelle ces maux le pajaure peuple endure :

Vous entendrez pourtant depuis le premier trait

Pour quelle cause Aman nous persécute et hait.

AssvERE donnait vn banquet magniflque

A tous les Princes grans de la terre Persique :

La cour de son palais, à quatre rancs entiers,

Estoit bordée autour de forts grans piliers,

L'estofTe d'or massif, et la façon antique

Dont iadis abondoit le Temple ludalque :

Au sommet cent tapis, pleins d'autant de couleurs

Qu'au printemps les verds prés nous descouurent de fleurs^

La rose, ni le lis, ni la fleur immortelle,

La pourpre, le coural, ni l'arc qui nous decelle

L'ordonnance du Ciel, ni Toyseau excellent

TRAGEDIE 8A1NGTE. lOT

Qui vente à sa compagne un pannacbe brillant, Portent couleur en eux dont les tentes polies Incomparablement ne feussent embellies; L'artifice de loing nature deuanceoit, Et en quelques endroits soy-mesme surpassoit; Tout autour paroissoit vne peinture vifue , Et enseignoit comment nostre gent fut captiue. Là, par rAssyrien nostre malheureux Roy Voyoit égorgeter ses enfans deuant soy ; - Le Chaldœen , soldat d'une dextre sanglante , Bouillant, écarteloit mainte teste innocente. Quelqu'vn pilloit le Temple et l'autre le chasteau » Tel geinoit vne femme et l'autre vn enfant beau. C'est assés de cela dont triste est la mémoire : D'autre part se lisoitdes Rois Persans la gloire , Cyrus tetoit la louue , et Harpacte esprouueoit Le fiel d'vn Astyaga et ses enfans mangeoit, Et reuenchoit après la vengeance félonne Faisant iustement perdre à son Roy la couronne : Là, Gyrus se haussoit, sur mille Roys, vainqueur! Mais du fait de sa mort l'ouurier estoit menteur^ Par l'ignorée mort du désastreux Cambyse La seigneurie estoit à vn vilain acquise.

Soudain par son bon sens Daire la saisissoit, Et premier au soleil son cheual hennissoit; On l'aperceuoit bien en vne œuure muette , La ruse estoit pourtant clairement descouuerte. Xerxe sur terre ferme vne grand mer creusoit, Et ailleurs de la mer vn lieu ferme faisoit ; Mais la fuite estoit teue, et sa bonté étemdle, Et celle tant de fois mal vengée querelle,

Àmy, ie ne sçauroy aconsuiure en parlant

La merueiiie et beauté de cest ouurage grand.

Sur vn paué de marbre et d'iuoire et porphire

Estoient des lits d'argent; qu'est-il besoin de dire

La grandeur du seruice et le riche appareil,

L'abondance des mets et l'ordre nompareil ?

Là , le Roy plein de vin, prins d'vn désir infâme ,

Veut à tous faire voir l'Ëmperiere sa femme.

Gomme l'homme iamais n'estime vn bien parfait ,

Si qu'il a ce bien-là tout le monde ne sçait,

La Roy ne Vasthe estoit en vertu sans seconde,

Et bien au demeurant la plus belle du monde :

Or, voulant à la loy des Perses se renger

(Que la femme d'autruy ne voye Festranger)

Refuse son mary, qui des l'heure la laisse ,

Suiuant le dur arrest des vieux sages de Perse.

Combien de fois pourtant luy vint la larme à l'œil

Pour auoir de Nochee approuué le conseil !

Or l'exécution du conseil de Nochee

Feit la nièce espouser au Roy, de Mardochee,

Qui surpasse de loing ceste autre en saincteté

Et ne luy cède point en parfaite beauté.

Fort peu de temps après , quand Thare et Bagatbee

Eurent la mort du Prince ensemble complotée,

Mardochee descouurit leur coniuration ,

Et souffrirent les deux griefue punition.

Aman, qui n'ignoroit la trame encommencee

Et qui portoit les gens de la Royne laissée ,

De ceste heure conceut vn mortel maltalent

Encontre Mardochee et toute notre gent.

Or, se voyant en Cour fortune si prospère ,

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